Belgique-Chine — Visite du Président Chinois

Des militants d’Amnesty International ont déployé des banderoles pour dénoncer la répression contre le « Mouvement des Nouveaux Citoyens » et les atteintes à la liberté d’expression dans le pays

Ce lundi 31 mars, des militants d’Amnesty International ont déroulé des banderoles au-dessus des principaux tunnels de la petite Ceinture de Bruxelles.

Profitant de la visite du Président Chinois à Bruxelles, Amnesty dénonce la répression contre le « Mouvement des Nouveaux Citoyens » et les atteintes à la liberté d’expression dans le pays.

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Avec des slogans comme « Bienvenue au grand leader de la République populaire de Chine », « Ensemble, fêtons l’amitié entre les peuples chinois et européens », « China-EU : let’s celebrate our healthy economic partnership », l’organisation souhaite interpeller de façon humoristique le Président chinois sur les graves atteintes à la liberté d’expression dans son pays à l’heure où des militants du Mouvement des Nouveaux Citoyens – un réseau de plusieurs milliers de citoyens militants pour les droits de civils à travers le pays – sont maintenus en détention.

« Le Président chinois ne souhaitait visiblement pas voir de manifestants sur son parcours et notre demande d’autorisation a donc été rejetée. Ce qui en soit est déjà préoccupant », explique Philippe Hensmans, Directeur d’Amnesty International Belgique francophone. « Nous avons donc opté pour une approche plus humoristique qui consiste à glorifier les relations entre l’Union européenne et la Chine alors que les Etats européens sont réticents à mettre les droits humains au centre de leur dialogue avec le Président Xi Jinping. Mais non sans rappeler certains articles de la Déclaration universelle des droits de l’Homme inscrits en chinois sur les banderoles et demander la libération de l’activiste Xu Zhiyong du Mouvement des Nouveaux Citoyens. »

Amnesty rappelle en effet que les atteintes à la liberté de parole sont pratiques courantes en Chine. Les écrivains, journalistes et défenseurs des droits humains qui dénoncent les atteintes aux droits fondamentaux ou remettent en cause des pratiques jugées politiquement sensibles risquent d’être victimes de surveillance policière, de harcèlement et d’arrestations arbitraires.

Dans ce contexte, Amnesty milite pour la libération des activistes du Mouvement des Nouveaux Citoyens, et en particulier pour un de ses fondateurs, l’avocat Xu Zhiyong, sous les verrous depuis juillet 2013. Il a été condamné à quatre ans de prison le 26 janvier dernier par le tribunal de Pékin pour avoir « rassemblé une foule afin de perturber l’ordre dans un lieu public » : la réalité était qu’il animait ce mouvement social pacifique qui dénonce la corruption et promeut l’émergence d’une société civile, le débat libre, l’indépendance de la justice et la transparence au sein des pouvoirs publics.

La condamnation de Xu Zhiyong s’inscrit dans le cadre d’une répression plus large menée par les autorités chinoises contre le « Mouvement des Nouveaux Citoyens ». Plus de 65 personnes soupçonnées d’avoir un lien avec ce réseau informel de militants ont été placées en détention dans le cadre du système pénal ou soumises à une disparition forcée ; 37 ont été arrêtées officiellement, dont trois des associés de Xu Zhiyong, qui attendent d’être jugés.

« La Chine prétend vouloir établir un Etat de droit alors qu’elle réprime dans l’œuf toute tentative de faire vivre une véritable société civile. Toute initiative menée "hors du parti" est considérée comme une menace. Il suffit en effet de se réunir autour d’une table et discuter librement de problèmes de société pour risquer d’être inquiété. La répression frappant le Mouvement des Nouveaux Citoyens en est encore une triste illustration », remarque Philippe Givron, Coordinateur Chine pour Amnesty Belgique francophone.

Pour Amnesty, la liberté d’opinion et d’expression, y compris l’usage libre d’Internet, sont des droits fondamentaux que l’Etat doit garantir. Or on constate que les médias sociaux restent fortement contrôlés et sévèrement censurés, comme en témoigne par exemple l’arrestation le 9 mars dernier des journalistes Wang Jing, Liu Xuehong et Xing Jian travaillant pour un site Internet spécialisé sur les droits humains en Chine.

Rappelons que la Chine s’illustre encore dans bien des domaines en matière d’atteintes aux droits humains. Elle continue à pratiquer la torture de manière trop fréquente en dépit de l’interdiction officielle, et détient le record mondial des exécutions capitales au terme de procès souvent inéquitables, bien qu’elle tienne secrètes les statistiques officielles sur les exécutions. Parmi les plus graves problèmes, relevons aussi le non-respect des droits des minorités dans les régions autonomes du Tibet et du Xinjiang (musulmans ouïghours) ainsi que la persécution à très grande échelle des membres du mouvement pacifique et apolitique Fa Lun Gong.

L’Union européenne a déjà exprimé son inquiétude quant à ces violations massives des droits humains en Chine, mais de manière trop frileuse. La visite du Président chinois est donc une occasion inespérée pour les dirigeants de l’Union européenne de mettre ces atteintes aux droits humains réellement au cœur de leurs discussions avec la Chine.

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