BOLIVIE : Seule la justice permettra de surmonter la crise

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

« Je n’en peux plus docteur, pour moi il n’y a pas de justice. »

Vicenta de Colque, mère d’Ana Colque, une infirmière tuée par balle le 13
février 2003 à La Paz (Bolivie)

Ces propos reflètent l’angoisse de milliers de Boliviens et de Boliviennes à
qui justice n’a toujours pas été rendue à ce jour, a déclaré aujourd’hui
Virginia Shoppée, chercheuse d’Amnesty International sur la Bolivie, lors de
la présentation d’un nouveau rapport concernant la crise des droits humains
qui a éclaté dans ce pays à la suite des manifestations de 2003.

Les affrontements entre les manifestants et les forces de sécurité pendant
les journées tragiques de février et d’octobre 2003 ont fait plus de cent
morts et des centaines de blessés.

« Les conflits sociaux de ces dernières années ont pour origine le
mécontentement de la population car le gouvernement n’a pas mis en œuvre les
accords liés aux revendications sociales et économiques du pays, a affirmé
Virginia Shoppée. Il est inacceptable que les autorités ne privilégient pas
la recherche de solutions se fondant sur le respect des droits fondamentaux
et ne parviennent pas à éviter l’usage disproportionné de la force. »

Le rapport d’Amnesty International souligne les déficiences des enquêtes
menées par les autorités boliviennes.

L’organisation de défense des droits humains a observé que les enquêtes
avançaient lentement, que des affaires impliquant la mort de civils étaient
confiées à la justice militaire et qu’il était prévu de mettre
éventuellement un terme aux instructions ouvertes dans le cadre de la
justice ordinaire.

« Les autorités ne doivent soutenir en aucune manière les lois et les
mesures empêchant que les auteurs des violations des droits humains soient
déférés à la justice, jugés et condamnés, car elles sont incompatibles avec
les obligations internationales contractées par l’État bolivien. »

La Cour interaméricaine des droits de l’homme a fait observer que
l’obligation d’enquêter devait être prise au sérieux et non comme une simple
formalité condamnée par avance à l’échec.

« Les événements de février et d’octobre ont détruit la vie de milliers de
familles. La seule manière d’éviter que l’impunité ne règne en Bolivie est
de diligenter des enquêtes indépendantes et approfondies dans le cadre de la
justice ordinaire, a expliqué Virginia Shoppée. L’État a l’obligation de
prévenir les violations des droits humains, d’enquêter à leur sujet, de
juger et de condamner leurs auteurs comme de réparer les dommages causés. »

Pour pouvoir répondre à la crise actuelle, il est essentiel que les
autorités boliviennes en reconnaissent l’origine, à savoir les violations
des droits économiques, sociaux et culturels dont ont été victimes certaines
catégories défavorisées de la population. De même, elles doivent prendre des
mesures afin que puisse s’établir un véritable dialogue permettant de
trouver des solutions durables aux situations critiques comme celles de l’an
dernier.

Le 17 octobre 2003, dans le discours prononcé à l’occasion de sa prise de
fonctions, le président Carlos Mesa Gisbert a déclaré que le respect de la
vie et des droits humains constituait « le bien et le don le plus précieux
de chaque citoyen ».

« Il est extrêmement important aujourd’hui que ces mots deviennent réalité
et que le président réaffirme son engagement en faveur des droits humains, a
ajouté Virginia Schoppée. Il est essentiel que son gouvernement adopte des
mesures et entreprenne des réformes permettant la promotion et la protection
des droits humains, afin de restaurer la confiance envers les institutions
nationales et d’éviter que ne se répètent les événements sanglants de 2003
qui ont endeuillé tant de foyers boliviens. ».

Complément d’information

Le document présente des informations recueillies par Amnesty International
lors de deux visites dans le pays, en mars et novembre 2003, ainsi qu’à
l’occasion d’entretiens réalisés par des représentants de l’organisation
avec divers groupes sociaux et de défense des droits humains comme avec des
proches des victimes et des fonctionnaires du gouvernement.

Vous pouvez consulter le rapport intitulé Bolivia : crisis y justicia -
jornadas de violencia en febrero y octubre de 2003, sur le site de
l’organisation à l’adresse suivante :
http://web.amnesty.org/library/index/ESLAMR180062004

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