Communiqué de presse

Brésil. Les autorités doivent agir pour mettre un terme aux homicides perpétrés en Amazonie

Amnesty International est extrêmement préoccupée par les assassinats de plusieurs dirigeants ruraux perpétrés la semaine dernière.

Depuis mardi 24 mai, quatre personnes ont été abattues dans les États du Pará et de Rondônia, vraisemblablement victimes de tueurs à gages. Trois victimes sur quatre étaient des militants, qui avaient fait l’objet de menaces de mort. Alors que la question de la déforestation et du développement à grande échelle en Amazonie revient une nouvelle fois sur le devant de la scène, de très nombreux défenseurs de l’environnement sont en danger dans la région.

Mardi 24 mai, les défenseurs de l’environnement José Cláudio Ribeiro da Silva et sa femme Maria do Espírito Santo da Silva ont été abattus par deux hommes armés après avoir été pris dans une embuscade sur le pont de Nova Ipixuna, dans l’État du Pará. Selon des informations émanant d’organisations non gouvernementales (ONG) locales, l’un de ces hommes a coupé une oreille de José Cláudio Ribeiro da Silva pour prouver sa mort. Ces assassinats ont eu lieu dans une réserve extractive où 300 familles vivent de la récolte de noix du Brésil et de la culture de fruits tropicaux. Dirigeant associatif respecté, José Cláudio Ribeiro da Silva avait fréquemment dénoncé les incursions dans cette réserve de personnes pratiquant des coupes de bois illégales et d’éleveurs de bétail. Peu avant sa mort, il avait confié que son combat pour défendre la forêt lui valait de vivre en permanence avec la menace de recevoir « une balle dans la tête à tout moment ».

Vendredi 27 mai, le dirigeant rural Adelino Ramos a été abattu à Vista Alegre do Abunã, dans l’État de Rondônia. Militant du Mouvement des paysans de Corumbiara, Adelino Ramos avait lui aussi dénoncé l’exploitation forestière illégale et fait l’objet de menaces. À Manaus, en juillet 2010, il a confié au médiateur national pour les questions agraires (Ouvidor Agrário Nacional) et à la Commission de lutte contre les violences et les conflits ruraux (Comissão de Combate à Violência e Conflitos no Campo) qu’il craignait pour sa vie et leur a communiqué des renseignements sur les personnes qui proféraient des menaces à son encontre.

Samedi 28 mai, Erenilto Pereira dos Santos, paysan âgé de 25 ans appartenant à la même communauté que José Cláudio Ribeiro da Silva et son épouse, a été abattu. Il était un témoin potentiel dans leur affaire. Les policiers enquêtent maintenant afin d’établir si ces trois meurtres sont en effet liés.

Ces assassinats ont eu lieu alors que le Congrès a adopté des amendements aux lois de protection des forêts brésiliennes, une mesure largement perçue comme affaiblissant les contrôles environnementaux actuellement en place. Les ONG locales redoutent que ces changements n’engendrent de nouveaux conflits et de nouvelles violences dans les milieux ruraux, les petits propriétaires et les réserves extractives subissant des pressions croissantes de la part des éleveurs et des acteurs de l’exploitation forestière illégale.

Amnesty International salue les mesures prises initialement par le gouvernement fédéral, qui a mis sur pied un groupe de travail interministériel chargé d’analyser une liste de 125 personnes menacées, liste fournie par la Commission pastorale de la terre (Comissão Pastoral da Terra, CPT). Cependant, le gouvernement doit faire bien davantage pour éviter de nouvelles tragédies.

Il faut faire face à la situation persistante de non-droit et à l’impunité ancrée de longue date dans la région. Les autorités, notamment l’agence environnementale fédérale, l’Institut brésilien de l’environnement (IBAMA), la police fédérale, le médiateur national agricole, le programme national pour la protection des défenseurs des droits humains et les services de sécurité publique de l’État, doivent travailler ensemble, afin de mettre en commun leurs informations, d’enquêter sur toutes les menaces et de protéger les personnes en danger. Les responsables présumés de ces homicides, et ceux qui les ont ordonnés, doivent être déférés à la justice.

Complément d’information

Le sud de l’État du Pará est depuis longtemps une région marquée par les violences rurales ; les régions frontalières où les bûcherons illégaux et les éleveurs opèrent, dans les États de Maranhão, du Mato Grosso et de Rondônia, sont également le théâtre de violences et de conflits ruraux. En raison de l’absence d’État dans ces régions et de l’absence de volonté politique d’intervenir, les élites rurales peuvent faire usage de la force en toute impunité contre les défenseurs de l’environnement et les militants pour le droit à la terre.

L’impunité constitue un obstacle majeur. D’après la Commission pastorale de la terre, plus de 1 500 personnes ont été tuées dans le cadre de violences rurales depuis 1985, mais moins de 100 personnes ont été déclarées coupables. Une personne ayant ordonné un assassinat se trouve actuellement derrière les barreaux ; il s’agit de Vitalmiro Bastos de Moura, commanditaire du meurtre de sœur Dorothy. Plus de 1 800 militants ruraux ont reçu des menaces de mort au cours des 10 dernières années : 42 d’entre eux ont été tués, et 30 ont été la cible de tentatives de meurtre.

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