Brésil : Nouvelle campagne en faveur des droits humains

· Amnesty International lance une nouvelle campagne pour défendre les droits humains au Brésil
· Les modifications proposées réduiraient les protections juridiques dont bénéficient les enfants, les femmes, les personnes LGBTI et les populations indigènes
· Un événement public organisé devant le Congrès national, le 31 juillet, marquera le lancement de la campagne Les droits humains ne sont pas à vendre

Le 31 juillet, Amnesty International lance une nouvelle campagne pour répondre à une série de modifications actuellement débattues par le Congrès qui pourraient réduire les protections juridiques dont bénéficient les groupes marginalisés, imposer l’interdiction totale de l’avortement, supprimer l’éducation en matière de sexualité et assouplir les lois régissant la détention d’armes.

« Les droits humains font l’objet d’une attaque sérieuse au Brésil. En réaction, Amnesty International monte au créneau, a déclaré Jurema Werneck, directrice exécutive d’Amnesty International Brésil.

« Cet ordre du jour législatif est soumis en hâte au Congrès en invoquant la crise politique et économique actuelle. S’il est adopté, cela mettra la vie et les droits de millions de personnes en péril – particulièrement celles qui sont déjà en butte aux discriminations et à la marginalisation. »

Recul sur la protection juridique des mineurs

Parmi les modifications proposées, figure une loi qui abaissera l’âge auquel les mineurs peuvent être jugés comme des adultes – en violation flagrante du droit international relatif aux droits humains, notamment de la Convention relative aux droits de l’enfant à laquelle le Brésil est partie. Actuellement, toute personne âgée de moins de 18 ans au moment des faits qui lui sont reprochés doit être traitée conformément aux règles de la justice pour mineurs.

« Si les mineurs peuvent être jugés comme des adultes et finir en prison, ils se retrouveront dans une situation extrêmement vulnérable où leurs droits fondamentaux seront mis en péril. Les prisons brésiliennes se caractérisent par une forte surpopulation et les conditions de détention sont effroyables à travers tout le pays, a déclaré Jurema Werneck.

« Les mineurs diffèrent des adultes au niveau de leur développement physique et psychologique et ce fait basique doit toujours être au coeur des procédures judiciaires engagées à leur encontre. »

Amnesty International demande au Congrès de rejeter toutes les modifications constitutionnelles susceptibles d’abaisser l’âge auquel des mineurs peuvent être jugés comme des adultes au-dessous de 18 ans.

La santé et les droits en matière de sexualité et de procréation menacés

La santé et les droits des femmes et des jeunes filles seraient gravement affectés par les amendements proposés qui demandent l’interdiction totale de l’avortement, y compris lorsque la grossesse résulte d’un viol ou présente des risques pour la vie de la mère.

En outre, le Congrès examine des propositions visant à supprimer toutes les informations relatives à la santé en matière de sexualité et de procréation du programme des écoles primaires et secondaires. Cette interdiction portera aussi sur l’éducation relative à l’identité de genre et à l’orientation sexuelle, compromettant les droits des personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres et intersexués). En 2016, le Brésil a recensé le plus grand nombre d’homicides de personnes transgenres au monde et les autorités doivent se mobiliser pour mettre en œuvre des politiques afin d’enrayer ces crimes.

« Le Brésil doit décider dans quel camp il se range. Soit il s’inscrit dans la tendance des pays des Amériques qui choisissent de protéger la santé et les droits en matière de sexualité et de procréation. Soit il rejoint le petit groupe de pays qui se servent de lois cruelles et draconiennes pour bafouer les droits des femmes et des jeunes filles de prendre des décisions libres au sujet de leur corps, de leur santé et de leur vie », a déclaré Jurema Werneck.

Assouplissement des lois sur les armes à feu

Amnesty International craint que certaines des mesures proposées, notamment l’abrogation de la Loi sur le désarmement, ne conduisent à une disponibilité nettement accrue des armes à feu. Selon les chiffres officiels, près de 60 000 homicides ont été recensés au Brésil en 2015, dont plus de 70 % ont été commis en utilisant des armes à feu.

« Dans un pays où le niveau de violence armée est incroyablement élevé, faciliter la détention d’armes à feu est des plus dangereux. Les autorités brésiliennes sont tenues de limiter et de prévenir la violence par armes à feu en vue de protéger des vies, et non de faire en sorte de faciliter la commission de ces crimes », a déclaré Jurema Werneck.

Entraves au droit à la terre des communautés indigènes et d’origine africaine

Les populations indigènes et les quilombolas (communautés composées d’anciens esclaves affranchis) pourraient voir leur droit à la terre entravé, car les modifications proposées que le Congrès prévoit d’adopter sur la délimitation et la propriété des terres privilégieraient les intérêts économiques au détriment des droits des peuples indigènes et tribaux garantis par la Constitution et le droit international.

Depuis des décennies, les défenseurs des droits humains travaillant sur des questions liées à la terre, au territoire et à l’environnement au Brésil sont menacés, persécutés et tués. En 2016, au moins 58 défenseurs des droits humains et dirigeants de communautés rurales ont été tués en raison de conflits liés à la terre – ce qui représente une forte augmentation par rapport à 2015, ce chiffre s’élevant alors à 47. Les lacunes dans la mise en œuvre du programme national pour la protection des défenseurs des droits humains, notamment l’absence de ressources adaptées, ne font qu’accroître les risques auxquels ils sont confrontés.

Restrictions de la liberté d’expression et de réunion pacifique

Si elles sont adoptées, les propositions soumises au Congrès auront un impact particulier sur les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique. Les modifications de la loi antiterroriste englobent des définitions vagues et générales qui pourraient être utilisées pour engager des poursuites arbitraires contre toute personne qui exprime ses opinions publiquement ou manifeste pacifiquement dans les rues.

« Manifester pacifiquement n’est pas un crime, mais un droit fondamental que les autorités doivent respecter et protéger, a déclaré Jurema Werneck. Au lieu d’imposer une nouvelle loi draconienne, les autorités devraient réglementer l’usage de la force par la police durant les contestations et manifestations, car il s’agit d’un problème récurrent, et souvent meurtrier, dans tout le pays. »

Action en ligne répondant à ces attaques contre les droits humains au Brésil

Amnesty International adresse un appel aux citoyens du monde entier pour se mobiliser de toute urgence et agir face à ces attaques contre les droits humains au Brésil. Vous pouvez signer la pétition ici : https://anistia.org.br/

« Il est grand temps de nous unir et de faire savoir haut et fort au Congrès que nous n’accepterons aucun recul s’agissant de la réalisation des droits humains et de lui rappeler qu’il est tenu de garantir les droits fondamentaux de tous  », a déclaré Jurema Werneck.

Détails

La campagne sera lancée à l’occasion d’un événement organisé par des militants d’Amnesty International portant des masques et brandissant des pancartes.
Quand : Lundi 31 juillet à 10 heures
Où : Alameda dos Estados, Brasilia (rue principale devant le Congrès national)

L’événement sera sur Facebook Live en portugais : https://www.facebook.com/anistiainternacionalbrasil/ et en espagnol : https://www.facebook.com/amnistia.internacional.espana/

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