BRÉSIL : Situation critique dans l’État de l’Espírito Santo : les autorités doivent veiller à ne pas commettre d’erreurs

Index AI : AMR 19/026/02

Parce que, depuis longtemps, les atteintes systématiques aux droits humains ne font l’objet d’aucune enquête et que les personnes responsables ne sont pas poursuivies, la corruption se répand et s’enracine à tous les niveaux dans les milieux dirigeants de l’État de l’Espírito Santo. La persistance de l’impunité a mis à mal la primauté de la loi et les valeurs démocratiques ; elle est partiellement à l’origine de la crise qui atteint actuellement la sécurité publique, a déclaré aujourd’hui (27 septembre) Amnesty International.

La population de l’Espírito Santo est prise au piège. Elle est victime de la violence des bandes criminelles, qui agissent souvent au su des agents de l’État ou avec leur complicité, tandis que les institutions de l’État ne lui ont pas accordé la protection nécessaire. Telle est la conclusion à laquelle en est venue l’organisation de défense des droits humains après avoir visité l’État de l’Espírito Santo.

Au cours d’un séjour dans l’État, le deuxième cette année, des représentants d’Amnesty International ont rencontré des victimes d’atteintes aux droits humains et des membres de leurs familles, ainsi que des défenseurs des droits humains. Ils ont également eu des entrevues avec les autorités de l’État et avec des membres de la Mission spéciale mise sur pied pour enquêter sur les liens entre la criminalité organisée, les violations des droits humains et les fonctionnaires de l’État.

Amnesty International recueille depuis longtemps des éléments relatifs à ces liens, notamment en ce qui concerne la police. La formation qui joue le rôle le plus important dans ce contexte historique de violations des droits humains est l’organisation Scuderie Detetive le Cocq (SDLC), créée en 1960, une milice d’autodéfense.

" La SDLC est comparable à une organisation paramilitaire, a indiqué Amnesty International. " Les homicides sont souvent commis par des groupes de tueurs encagoulés, armés d’armes perfectionnées, qui exécutent les gens en plein jour sur la base d’informations obtenues par l’intermédiaire de réseaux de renseignements. Les autorités ne sont jamais parvenues à désarmer et à démanteler la Scuderie ou à poursuivre de façon efficace les agents des forces de sécurité liés à la SDLC et soupçonnés de violations des droits humains, ce qui donne à penser que cette organisation bénéficie de soutiens officiels au niveau le plus élevé. "

Des interlocuteurs issus de milieux divers, y compris des responsables de l’État au plus haut niveau, consultés par Amnesty International, ont évoqué une crise de confiance de l’opinion publique vis-à-vis des institutions de l’État, en particulier de l’assemblée législative et de certains membres de l’appareil judiciaire, qui semblent, depuis plus de vingt ans, tolérer ou même soutenir les activités de la Scuderie.

" La situation critique des droits humains dans l’Espírito Santo est caractérisée par le manque d’indépendance de l’appareil judiciaire, des enquêtes policières défectueuses ou marquées par les compromissions, des retards, des irrégularités, des procédures qui ne sont pas menées à bien par les services du ministère public, enfin, l’absence de la volonté politique nécessaire pour remédier à ces problèmes " a souligné Amnesty International.

En juillet, l’organisation de défense des droits humains a exprimé son inquiétude devant les tractations qui se seraient déroulées dans les coulisses et à l’issue desquelles il aurait été décidé de ne pas mettre en œuvre dans cet État une véritable intervention fédérale. Malgré cette préoccupation, l’organisation reconnaît que la Mission spéciale constitue un premier pas vital vers la justice.

" Quatre-vingt-dix jours ne suffisent cependant pas pour remédier à vingt ans de violations des droits humains et de criminalité organisée, a déclaré Amnesty International. La Mission spéciale doit bénéficier d’une prolongation et recevoir toutes les ressources nécessaires pour que des enquêtes approfondies soient menées à bien. "

Amnesty International demande au gouvernement fédéral de faire en sorte que la présence de la Mission spéciale se poursuive et que toutes les personnes exposées à des risques voient leur sécurité assurée jusqu’au jour où ceux qui contrôlent le réseau du crime organisé et sont les instigateurs des violations des droits humains dans cet État seront enfin déférés à la justice.

" Si des mesures efficaces ne sont pas prises contre la Scuderie et ses appuis, cette inaction pourrait avoir des conséquences tragiques ", s’est alarmée l’organisation. Elle a précisé : " Les autorités fédérales ne peuvent se permettre de commettre une erreur sur ce point." Le départ imminent de la Mission spéciale pourrait provoquer une vague de représailles contre les défenseurs des droits humains, les témoins et les membres de l’appareil judiciaire qui ont apporté leur collaboration à des enquêtes ou tenté de dénoncer les atrocités commises par la Scuderie Detetive le Cocq ", a poursuivi Amnesty International.

Dans une lettre ouverte remise la semaine dernière aux candidats à l’élection présidentielle brésilienne, l’organisation de défense des droits humains a demandé au futur président de veiller à ce que les efforts de la Mission spéciale pour rétablir la primauté de la loi dans l’Espírito Santo continuent à recevoir le soutien sans réserve du gouvernement fédéral.

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