Brésil : Six mois après l’assassinat de Marielle Franco, les tueurs n’ont pas encore été identifiés

Six mois après l’assassinat de la militante des droits humains Marielle Franco, les autorités brésiliennes n’ont toujours pas identifié les responsables de cet homicide, ce qui suscite des inquiétudes quant à leur détermination à rendre justice pour ce crime odieux et à garantir un environnement sûr aux défenseurs des droits humains dans ce pays.

Marielle Franco et son chauffeur, Anderson Gomes, ont été tués dans leur voiture à Rio de Janeiro le 14 mars 2018. Elle a reçu quatre balles dans la tête. Selon les médias, il s’agissait d’un homicide soigneusement planifié, et des agents de l’État et des membres des forces de sécurité auraient été impliqués.

« Cela fait aujourd’hui six mois que Marielle a, malheureusement, été assassinée. Les autorités n’ont toujours pas mené d’enquête en bonne et due forme sur cette affaire et sont apparemment peu disposées à le faire. Il est absolument inacceptable que six mois se soient écoulés et que nous ne sachions toujours pas qui est responsable de la mort absurde de Marielle et Anderson », a déclaré Jurema Werneck, directrice exécutive d’Amnesty International Brésil.

« L’impunité ne saurait être considérée comme un choix envisageable par les pouvoirs publics. Les autorités du Brésil, tant au niveau fédéral que de l’État, et le système judiciaire de ce pays sont tenus de mener une enquête approfondie, indépendante et impartiale sur ces meurtres odieux. »

À la suite de pressions d’Amnesty International et d’autres organisations de la société civile, le parquet brésilien a annoncé en août que des enquêteurs spécialisés avaient été recrutés pour travailler sur l’affaire Marielle Franco, une nouvelle équipe du Groupe spécial sur le crime organisé (GAECO) reprenant l’enquête en septembre.

Amnesty International a déclaré qu’il s’agissait d’un pas dans la bonne direction, mais elle a également appelé les autorités à associer le Groupe d’action spécial pour la sécurité publique (GAESP) à l’enquête. Cette unité spécialisée est chargée d’enquêter sur les violations commises par la police et de veiller au professionnalisme des investigations menées par la police civile.

« En outre, un groupe composé d’experts, d’avocats et d’autres spécialistes, totalement indépendant de l’État, doit être mis en place pour superviser l’enquête et veiller au bon déroulement de la procédure », a déclaré Jurema Werneck.

Lors d’une rencontre avec des proches de Marielle Franco et Amnesty International le 20 août, le secrétaire de Rio de Janeiro à la sécurité, Richard Nunes, a affirmé soutenir l’initiative visant à permettre à un groupe indépendant de suivre l’enquête pour dénoncer toute influence indue ou toute négligence.

Les autorités doivent encore vérifier des informations, relayées par les médias, selon lesquelles les caméras de surveillance orientées vers le lieu du crime avaient été désactivées la veille des coups de feu et les balles tirées provenaient d’un lot acheté par la police fédérale brésilienne. Parmi les autres questions auxquelles l’enquête n’a pas apporté de réponse, il reste à déterminer si l’arme qui a servi à tuer Marielle Franco et Anderson Gomes était une mitraillette dont l’usage est exclusivement réservé aux forces de sécurité. Des armes du même modèle auraient disparu de l’arsenal de la police civile.

D’après les médias, le mode opératoire et la précision des tirs laissent à penser que certains des auteurs avaient suivi une formation spécialisée.

« Il pourrait y avoir, derrière l’assassinat de Marielle, un groupe puissant qui pense pouvoir agir en toute impunité. Les autorités doivent prouver qu’il a tort et veiller à ce que toutes les personnes impliquées dans ce crime soient traduites en justice dans le cadre d’un procès équitable », a déclaré Jurema Werneck.

L’engagement de Marielle Franco pour les droits humains

Marielle Franco est née dans la favela de Maré, à Rio, et y a grandi. Sociologue et titulaire d’un master en administration publique, elle a commencé à mener des activités dans le domaine des droits humains en 2000, après avoir perdu un ami au cours d’une fusillade dans leur quartier.

Pendant plus de dix ans, Marielle Franco s’est employée à défendre les droits fondamentaux des jeunes Noirs, des femmes, des habitants des favelas et des personnes LGBTI. Elle a également dénoncé les exécutions extrajudiciaires et autres violations des droits humains commises par des policiers et d’autres agents de l’État.

Quelques jours avant son assassinat, Marielle Franco, qui était également conseillère municipale de la ville de Rio de Janeiro, avait été nommée rapporteuse d’une commission municipale chargée de surveiller l’intervention des services fédéraux dans le domaine de la sécurité publique à Rio.

« Chaque jour qui passe, l’exemple donné par ma fille est plus reconnu au niveau international et cette reconnaissance devient un combat pour la justice, pour que l’État brésilien rende des comptes », a déclaré Marinete da Silva, la mère de Marielle Franco.

« Marielle était un leader-né. Quand elle participait à un projet, c’était toujours dans le but d’aider les autres, car elle était convaincue qu’une organisation collective fondée sur la solidarité pouvait changer le monde. C’est en agissant pour les autres qu’elle se sentait bien. Ma famille n’aura pas de repos tant qu’elle n’aura pas de réponses sur les mobiles de ce crime », a déclaré Marinete da Silva.

Au cours de la seule année 2016, 66 militantes et militants des droits humains auraient été tués au Brésil. Pourtant, la plupart des meurtres de défenseures et défenseurs des droits humains ne sont pas suivis d’enquêtes et il est rare que qui que ce soit ait à rendre des comptes.

« Quand une personne qui défend les droits humains est assassinée, c’est une tentative d’intimidation qui vise à réduire au silence non seulement cette personne, mais la société tout entière. C’est une attaque contre les droits humains. Les autorités brésiliennes doivent faire tout leur possible pour protéger les personnes qui dénoncent les injustices et veiller à ce qu’elles puissent mener leurs activités sans crainte de représailles », a déclaré Jurema Werneck.

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