Burkina Faso : Inquiétudes en matière de droits humains à l’approche de l’examen de l’ONU

Les autorités du Burkina Faso doivent trouver une solution aux violences commises par des groupes d’autodéfense, ouvrir une enquête sur des actes de torture présumés commis par la police et protéger les femmes et les filles exposées à des risques de mariage précoce

Le rapport sur l’EPU, intitulé Burkina Faso. Un chemin difficile vers le respect des droits humains, évalue le cadre de protection des droits humains du pays et appelle le gouvernement à mettre un terme à l’impunité massive pour les violations des droits humains.

« Que ce soit en ce qui concerne la torture en garde à vue ou les homicides de manifestants, nos recherches démontrent que le Burkina Faso a encore beaucoup à faire pour mettre un terme à l’impunité », a déclaré Gaetan Mootoo, chercheur sur l’Afrique de l’Ouest à Amnesty International.

« Si le gouvernement veut faire clairement savoir qu’il est déterminé à assurer un meilleur respect des droits humains au Burkina Faso, ces problèmes doivent être réglés immédiatement. »

Groupes d’autodéfense opérant dans l’illégalité

Connus localement sous le nom de « kogleweogo », des groupes d’autodéfense se sont formés dans de nombreuses régions rurales en réaction à l’insécurité grandissante dans certaines parties du pays. Cette année, ces groupes ont continué de commettre des exactions, notamment des homicides illégaux et des traitements inhumains, bien qu’un décret réglementant la police de proximité ait été adopté en décembre 2016.

En janvier, des groupes d’autodéfense ont torturé à mort un homme soupçonné d’avoir volé un poulet. En mai, six personnes, dont deux civils, ont été tuées dans un affrontement entre des « kogleweogo » et des habitants de la région du Centre-Ouest du pays. Ces deux dernières années, des groupes d’autodéfense ont entravé la justice dans le but de protéger leurs membres et ont empêché la tenue de procès dans au moins deux villes. En 2016 et 2017, seuls deux membres de ces groupes ont été inculpés pour des homicides, ce qui représente une très petite part des graves atteintes aux droits humains commises.

Des dizaines de détenus torturés en garde à vue

Lors de l’EPU précédant, le Burkina Faso avait affirmé qu’aucun acte de torture ou d’autres mauvais traitements n’était commis dans le pays. Cependant, au cours des trois dernières années, Amnesty International a recueilli les témoignages de plus de 40 détenus affirmant avoir été victimes d’actes de torture et d’autres mauvais traitements aux mains de la police, généralement au moment de l’arrestation ou pendant la garde à vue.

Un homme a déclaré avoir été torturé tous les jours pendant un mois. D’autres ont indiqué qu’on les avait frappés pour leur extorquer des aveux, et certains ont été détenus pendant 36 jours avant d’être inculpés.

Les conséquences néfastes des mariages précoces et forcés

Lors de l’Examen périodique universel de 2013, le Burkina Faso avait accepté sept recommandations l’invitant à mettre un terme aux mariages précoces et forcés. Cependant, le nombre de mariages précoces et forcés dans le pays est toujours parmi les plus élevés du monde.

Au cours des trois dernières années, des dizaines de femmes et de jeunes filles ont déclaré à Amnesty International subir un mariage forcé et précoce, y compris une adolescente de 13 ans qui a parcouru 160 km à pied en trois jours pour échapper à un mariage arrangé par son père avec un homme de 70 ans qui avait déjà cinq épouses.

Les mariages précoces et forcés ont des conséquences néfastes pour la santé, la vie et l’accès à l’emploi et à l’éducation des femmes et des filles, et les gouvernements sont tenus de les interdire et de les empêcher au titre du droit international. En février 2016, le gouvernement du Burkina Faso s’est engagé à augmenter l’âge légal du mariage pour les filles à 18 ans, mais cela n’a toujours pas été fait.

« Les autorités se sont publiquement engagées l’année dernière à faire de la fin des mariages précoces et forcés une priorité pour le nouveau gouvernement. Il est maintenant temps de passer des paroles aux actes en modifiant le Code de la famille et inscrivant leur engagement dans la loi », a déclaré Gaetan Mootoo.

« Les autorités doivent faire davantage de progrès clairs en menant des campagnes d’information et d’éducation destinées à sensibiliser au préjudice que subissent les victimes de mariages précoces et forcés et au coût pour la société », a déclaré Gaetan Mootoo.

Mortalité maternelle et violences contre les femmes

En dépit de la suppression des obstacles financiers à l’accès aux services de santé maternelle en mars 2016, les dernières données disponibles dénombrent 371 décès maternels pour 100 000 naissances au Burkina Faso, et au moins 2 700 femmes meurent en accouchant chaque année.

Lors d’un entretien avec un professionnel de santé en juin 2017, Amnesty International a été informée d’au moins 100 décès maternels dans les cinq mois précédents dans l’un des deux principaux hôpitaux de Ouagadougou, la capitale.

L’EPU précédent avait également soulevé des inquiétudes quant aux violences faites aux femmes au Burkina Faso et les autorités avaient accepté huit recommandations invitant le pays à adopter des lois permettant d’y mettre fin. En septembre 2015, une loi pour la prévention, la sanction et l’octroi de réparations pour les violences contre les femmes et les filles, ainsi que pour l’aide aux victimes a été adoptée. Cette loi prévoit notamment des mesures visant à créer des centres pour les femmes victimes de violences dans lesquels est proposée une aide juridique, psychologique et médicale. Cependant, à ce jour, un seul centre a été ouvert.

Complément d’information

Le bilan du Burkina Faso en matière de droits humains avait été évalué pour la dernière fois en avril 2013, et 138 recommandations avaient été acceptées. Parmi ces recommandations figuraient l’interdiction des mariages précoces et forcés et l’adoption de lois spécifiques destinées à lutter contre les violences faites aux femmes.

Un projet de nouvelle Constitution a été déposé pour approbation. Il prévoit plusieurs articles qui renforceraient la protection des droits humains dans le pays, notamment l’abolition de la peine de mort. Le 31 décembre 2016, 12 personnes se trouvaient sous le coup d’une peine de mort dans le pays.

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