BURUNDI : Le sommet régional doit accorder la priorité à la protection des droits humains

Index AI : AFR 16/011/2003
ÉFAI

Vendredi 18 juillet 2003

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International appelle les chefs d’États de la région, ainsi que
leurs représentants à la conférence du 20 juillet 2003 à Dar es Salaam, en
Tanzanie, à donner une nouvelle impulsion au processus visant à mettre un
terme au conflit armé au Burundi ; elle les invite également à placer la
protection des droits humains en tête de leurs priorités.

« Le fossé est de plus en plus profond entre les accords signés sur le
papier et la situation des civils burundais qui craignent constamment pour
leur vie, leurs biens et leur sécurité », a déclaré Amnesty International.

Dans une lettre adressée aux chefs d’États et à tous ceux qui se trouvent
engagés dans les négociations, Amnesty International appelle les
participants, afin d’éviter d’autres atteintes aux droits humains :

 à accorder l’attention nécessaire aux atteintes aux droits humains
commises par toutes les parties au conflit armé et aux mesures qui
pourraient être prises, immédiatement et à plus long terme, pour assurer la
protection des droits des personnes ;

 dans le cadre de toute discussion qui pourrait avoir lieu au cours
du sommet sur la possibilité d’une intervention de forces de maintien de la
paix ou de forces militaires, à prendre en considération la région des
Grands Lacs dans son ensemble et particulièrement la situation en République
démocratique du Congo. Si une force de maintien de la paix venait à être
considérée comme n’étant plus ou pas impartiale, ou si une intervention
militaire partisane avait lieu, le risque d’escalade du conflit serait
considérable tant au niveau de la région qu’à l’intérieur du Burundi. Une
telle escalade affecterait de façon dramatique la situation humanitaire et
celle des droits fondamentaux des personnes dans la région ;

 à exclure des opérations de maintien de la paix toute force connue
pour avoir perpétré des atteintes aux droits humains dans son pays d’origine
ou ailleurs ;

 à soutenir l’appel d’Amnesty International au Conseil de sécurité
des Nations unies en faveur d’un embargo sur les armes imposé à toutes les
parties au conflit ;

 à intervenir en urgence auprès du gouvernement burundais afin
d’empêcher des représailles à l’encontre de la population hutu après la
récente attaque du Parti pour la libération du peuple hutu - Forces
nationales de libération (PALIPEHUTU-FNL) de Rwasa sur Bujumbura ;

 à demander une modification urgente du mandat de la force de
maintien de la paix de l’Union africaine afin d’y inclure une référence
spécifique à la protection de la vie et des droits fondamentaux des civils
non armés et à fournir à cette force les moyens de mener à bien cette tâche.
La crise actuelle démontre l’urgence de cette question.

Amnesty International appelle encore une fois toutes les parties au conflit
à prendre des mesures immédiates pour empêcher que ne soient commises de
nouvelles atteintes aux droits humains et pour que cessent les massacres de
civils non armés, les actes de torture, les viols, prises d’otages et
utilisation d’enfants soldats par leurs forces.

Complément d’information

Lancée le 7 juillet 2003 par un groupe politique armé hutu, le Parti pour la
libération du peuple hutu - Forces nationales de libération (PALIPEHUTU-FNL)
de Rwasa, l’attaque sur Bujumbura, qui aura duré une semaine, est une
terrible illustration de l’escalade du conflit armé au Burundi. Les
atteintes aux droits humains, perpétrées par toutes les parties, se
multiplient sans cesse, alimentant le conflit et empêchant toute tentative
pour y mettre fin d’aboutir.

Si la résolution de la crise politique et du conflit armé a fait de grands
progrès sur le papier, en réalité le conflit armé a connu une escalade
importante depuis la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation
au Burundi (Accord de paix) d’août 2000. La crise humanitaire s’est aggravée
en même temps que la situation des droits humains. Toutes les parties au
conflit en portent la responsabilité.

Les chances de succès d’une solution au conflit armé et à la crise des
droits humains liée à ce conflit grâce à la mise en place de l’Accord de
paix ont été gravement compromises du fait de la non-participation aux
négociations, pour des raisons toujours contestées, des deux groupes
politiques armés les plus actifs, le Conseil national pour la défense de la
démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD) et le Parti
pour la libération du peuple hutu - Forces nationales de libération
(PALIPEHUTU-FNL). Cette erreur s’est révélée coûteuse en termes d’atteintes
aux droits humains et de vies perdues, dans le cadre de la poursuite du
conflit armé et des rivalités politiques.

La signature finalement survenue en décembre 2002 d’un accord de
cessez-le-feu entre le gouvernement burundais et le CNDD-FDD de Nkurunziza,
bien que laissant de côté un certain nombre de questions importantes, avait
représenté un pas important vers une fin potentielle du conflit entre les
deux parties et avait donc permis une amélioration substantielle de la
situation des droits humains. Toutefois même cette initiative semble avoir
fait long feu ; les deux parties ont violé à de nombreuses reprises l’accord
de cessez-le-feu, l’escalade du conflit armé s’est poursuivie et les
atteintes aux droits humains se sont accrues.

D’autres groupes politiques armés, parmi lesquels le Conseil national pour
la défense de la démocratie (CNDD) de Nyangoma, le Conseil national pour la
défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD)
de Ndayikengurikye et le Parti pour la libération du peuple hutu - Forces
nationales de libération (PALIPEHUTU-FNL) de Mugabarabona, parfois
signataires de l’Accord de paix, ont signé depuis des accords de
cessez-le-feu. Toutefois le statut réel de leurs dirigeants militaires ainsi
que la nature et la taille de leurs forces font l’objet de débats. Ces
groupes recrutent activement de nouveaux combattants, y compris parmi les
Gardiens de la paix (une milice gouvernementale armée mais non rétribuée
responsable de nombreuses exécutions illégales et autres graves atteintes
aux droits humains), dont beaucoup sont d’anciens enfants soldats.

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