BURUNDI : Multiplication des homicides illégaux

Index AI : AFR 16/007/02

« Le manque de détermination du gouvernement de transition du Burundi à condamner les homicides de plus en plus nombreux commis par ses forces armées contre des civils revient à donner son assentiment à ces actes, dans un contexte où les exécutions extrajudiciaires constituent désormais une pratique bien établie » déclare Amnesty International dans un rapport publié ce jour (24 juin) et intitulé Burundi. Multiplication des homicides lors d’expéditions punitives visant la population.

Le rapport fait état des homicides délibérés d’un très grand nombre de civils hutu non armés commis par les forces armées burundaises en représailles contre des actions militaires menées par des mouvements politiques armés à dominante hutu. Il relate notamment le massacre de 30 personnes dans la province de Bubanza en février 2002, de 23 personnes dans la province de Bujumbura-rural le mois suivant, et de 27 autres personnes dans la province de Bubanza en avril. Certaines des victimes étaient des enfants qui ont été tués à coup de baïonnette ou sont morts dans des incendies volontaires.

Selon les informations recueillies, aucun de ces homicides n’a donné lieu à une enquête ni même à une condamnation publique de la part des autorités de l’État.
Le rapport condamne également les nombreuses atteintes aux droits humains commises par des groupes politiques armés, notamment le massacre de 18 civils non armés parmi lesquels figuraient six enfants et un nouveau-né, dans la province de Bururi en novembre 2001, et les meurtres répétés de civils non armés dans de multiples embuscades tendues à des véhicules transportant des civils. Les groupes politiques armés continuent d’exécuter de façon illégale ceux qui refusent de leur apporter une contribution financière, les personnes soupçonnées d’être des informateurs et les soldats faits prisonniers.

« Les forces gouvernementales et les groupes politiques armés d’opposition continuent d’afficher une indifférence cynique à l’égard de la vie des civils. Le conflit armé ne saurait servir à cautionner les violations massives des droits humains, à les justifier ou à les ignorer. Le peuple burundais connaît des souffrances terribles depuis trop longtemps ; cette situation doit cesser » déclare Amnesty International.

Les forces gouvernementales et les groupes politiques armés doivent prendre des mesures immédiates afin de mettre fin aux exécutions illégales. Le gouvernement de transition du Burundi doit renforcer les institutions étatiques afin de rendre effective l’obligation pour chacun de répondre de ses actes et de mettre un terme à l’impunité des forces armées gouvernementales pour les violations flagrantes des droits humains qu’elles commettent. Faute de quoi, la crise des droits humains et la guerre civile ne feront que se perpétuer.

Amnesty International appelle également les dirigeants politiques et militaires des mouvements politiques armés à assumer leur part de responsabilité dans la crise des droits humains au Burundi ainsi qu’à adopter des mesures immédiates visant à condamner les violations commises par leurs troupes et à empêcher d’autres agressions contre des civils non armés.

La publication de ce rapport coïncide avec les consultations actuellement menées par le Conseil de sécurité des Nations unies sur la situation au Burundi. Amnesty International appelle en particulier le Conseil de sécurité à prendre des mesures pour faire en sorte que les préoccupations en matière de droits humains fassent partie intégrante tant des négociations en cours visant à instituer un cessez-le-feu et à obtenir l’arrêt des hostilités au Burundi, que des autres efforts qu’il déploie en vue d’instaurer la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs.

Plus particulièrement, le Conseil de sécurité doit exprimer sa profonde préoccupation face à la multiplication des exécutions extrajudiciaires par les forces armées burundaises et face aux nombreuses atteintes aux droits humains commises par les groupes politiques armés depuis le début de l’année. Amnesty International demande au Conseil de sécurité d’appeler le gouvernement du Burundi et les dirigeants des groupes politiques armés à respecter les règles du droit international humanitaire et à condamner et faire cesser toutes les exécutions extrajudiciaires perpétrées par les forces gouvernementales ainsi que les homicides illégaux de civils commis par les groupes armés.

Contexte
Depuis la mise en place d’un gouvernement de transition en novembre 2001, le conflit armé s’est intensifié dans tout le pays. De graves atteintes aux droits humains ont été perpétrées dans ce contexte, et les massacres de civils non armés se sont multipliés, démontrant la fragilité du processus politique et le mépris continu dont tous les belligérants font preuve à l’égard des droits humains.

Le gouvernement de transition du Burundi et les groupes politiques armés se sont publiquement déclarés favorables au respect des droits humains. Mais aujourd’hui, la crédibilité de ces déclarations est ébranlée par l’ampleur des atteintes aux droits fondamentaux qui sont perpétrées dans le pays et par l’absence de mesures effectives destinées à apporter une solution à la crise des droits humains.

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