CAMBODGE : Atteintes à la liberté d’expression

Index AI : ASA 23/002/2003

Human Rights Watch et Amnesty International ont exprimé leur inquiétude ce lundi 10 février quant aux conséquences de l’arrestation de deux journalistes au Cambodge sur la liberté d’expression dans ce pays.

Pour les deux organisations de défense des droits humains, l’arrestation des journalistes Mom Sonando et In Chan Sivutha, ainsi que la fermeture de la seule station de radio indépendante du Cambodge, sont de mauvais augure pour les élections nationales prévues pour juillet 2003.

" Ces tentatives de réduction de la liberté d’expression et d’opinion ne laissent pas présager la tenue d’élections libres et équitables cette année ", ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch.

Mom Sonando, propriétaire de la station de radio Sambok Kmum (la ruche), et In Chan Sivutha, rédacteur en chef du journal Rasmei Angkor (la lumière d’Angkor), ont été arrêtés les 30 et 31 janvier respectivement. Ils étaient soupçonnés d’incitation à l’émeute, en relation avec les violences dont l’ambassade et des entreprises thaïlandaises ont fait l’objet dans la capitale cambodgienne le 29 janvier. Leur arrestation a eu lieu après les émeutes antithaïlandaises qui ont éclaté à Phnom Penh après la diffusion d’informations selon lesquelles une actrice de cinéma thaïlandaise avait demandé que le Cambodge restitue le site monumental d’Angkor Wat à la Thaïlande.

Les organisations internationales de défense des droits humains ont condamné les violentes émeutes qui ont visé les ressortissants thaïlandais, les membres des forces de l’ordre cambodgiennes ainsi que des passants, et déploré la destruction aveugle de l’ambassade de Thaïlande et d’entreprises thaïlandaises à Phnom Penh. Les poursuites engagées dans le cadre de cette affaire devraient être assorties d’une protection juridique appropriée et se dérouler dans le respect des normes internationales.

Les deux journalistes, arrêtés sans mandat, ont été inculpés d’incitation au crime, d’incitation à la discrimination et de désinformation, au titre des articles 59, 61 et 62 du Code pénal cambodgien. S’ils sont déclarés coupables, ils risquent jusqu’à dix ans de prison.

In Chan Sivutha est accusé d’avoir publié le 18 janvier des rumeurs non vérifiées qui faisaient état de commentaires attribués à l’actrice thaïlandaise. Ces propos attribués à l’actrice ont été repris deux semaines plus tard par d’autres journaux cambodgiens et par le Premier ministre cambodgien en personne, lors d’un discours diffusé à la radio nationale le 27 janvier, peu de temps avant que n’éclatent les émeutes antithaïlandaises.

Le 29 janvier, l’ambassade thaïlandaise de Phnom Penh a été attaquée et incendiée par des émeutiers. Peu de temps après, lors d’une émission recevant des appels d’auditeurs, la station de radio Sambok Kmum a diffusé des témoignages faisant état de rumeurs, apparues par la suite comme dénuées de fondement, selon lesquelles des ressortissants cambodgiens avaient été tués devant l’ambassade du Cambodge à Bangkok.

Amnesty International et Human Rights Watch ont souligné que l’attention s’était focalisée sur les journalistes, tandis que les propos incendiaires de certains responsables politiques, juste avant les émeutes, n’avaient guère été remis en cause.

Les deux organisations se sont dites préoccupées par le fait que la radio Sambok Kmum ne pouvait plus diffuser librement depuis l’arrestation de Mom Sonando. Le 29 janvier, des policiers et des gendarmes, agissant sous les ordres d’un supérieur dont on ignore l’identité, se sont rendus dans les locaux de la station. Le lendemain matin, à l’heure où devaient reprendre les émissions, des responsables du gouvernement ont pris le contrôle de la radio. Ces personnes, de la Radio nationale du Cambodge, accompagnées d’agents de police en armes, ont ordonné à l’équipe de ne diffuser que de la musique ou les déclarations du Premier ministre. Des membres d’un service d’élite de la police, les Tigres volants, ainsi que des policiers en civil, se sont déployés autour de la radio. Le 31 janvier, craignant pour leur sécurité, les membres du personnel de Sambok Kmum ont fermé la station.

" Nous craignons que l’arrestation de Mom Sonando n’ait eu pour but de fermer sa radio en vue des prochaines élections, ont déclaré les deux organisations. Il s’agit pour ainsi dire de la seule voix indépendante sur les ondes cambodgiennes contrôlées dans l’ensemble par le gouvernement. "

" Il est à craindre également que d’autres personnes critiques à l’égard du gouvernement, en particulier des membres des partis d’opposition et des journalistes indépendants, ne soient elles aussi arrêtées. "

Au cours de l’année passée, les journalistes de l’opposition et les médias indépendants ont dû faire face à un nombre croissant de menaces, de fermetures et d’arrestations. En octobre 2002, le ministre de l’Information a ordonné à la station de radio Sambok Kmum de cesser de rediffuser les émissions en langue khmère de Voice of America et Radio Free Asia. Depuis 1992, de nombreux cas d’intimidation, de harcèlement et d’agressions physiques visant les médias indépendants ont été recensés. Plusieurs journalistes ont été victimes d’homicides illégaux dont les responsables n’ont jamais été traduits en justice. Ces atteintes répétées à la liberté d’expression menacent la bonne gouvernance et l’application réelle de la démocratie au Cambodge.

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