Cambodge, Condamnation d’un militant écologiste de Prey Lang

Cambodge déforestation

Chan Thoeun, un militant écologiste du Réseau communautaire de Prey Lang (PLCN), a été condamné pour « violences intentionnelles avec circonstances aggravantes ».

« Chan Thoeun et le PLCN se battent depuis des années contre de puissants intérêts liés à l’exploitation forestière illégale. Ils défendent la forêt de Prey Lang alors que les autorités cambodgiennes ferment les yeux sur la destruction rapide de cet écosystème vital, qui est une composante essentielle de la culture des communautés indigènes kuys » a déclaré Ming Yu Hah, directrice régionale adjointe du travail de campagne à Amnesty International.

« Chan Thouen n’a pas été condamné à une peine de prison ferme, mais sa condamnation n’en est pas moins injuste. Il n’aurait jamais dû être jugé ni même inculpé. Cette condamnation s’inscrit dans le droit fil d’initiatives antérieures visant à faire taire et à intimider les militants et militantes écologistes à Prey Lang et un peu partout au Cambodge, où des inculpations sans fondement et des condamnations avec sursis sont souvent utilisées pour réprimer les activités militantes pacifiques. »

« Régulièrement, les tribunaux cambodgiens s’abstiennent de rendre véritablement justice dans les affaires concernant des personnes qui défendent les droits humains ou militent en faveur de l’environnement. Parallèlement, le gouvernement cambodgien continue à piétiner les droits des peuples indigènes et laisse les entreprises forestières poursuivre leurs activités illégales en toute impunité. »

« Régulièrement, les tribunaux cambodgiens s’abstiennent de rendre véritablement justice dans les affaires concernant des personnes qui défendent les droits humains ou militent en faveur de l’environnement »

« Le Cambodge ne saurait être considéré comme un acteur responsable en matière de climat alors qu’il marginalise, harcèle et condamne des militants et militantes indigènes et écologistes dans le cadre de procès iniques. Amnesty International appelle les autorités cambodgiennes à annuler ce jugement et à permettre aux groupes indépendants de défense de l’environnement de mener sans restriction des activités de surveillance de la déforestation illégale. »

Complément d’information

Ce mardi 12 octobre, le militant écologiste cambodgien Chan Thoeun, membre du Réseau communautaire de Prey Lang (PLCN), a été déclaré coupable de « violences intentionnelles avec circonstances aggravantes » au titre des articles 217 et 218 du Code pénal et condamné à deux ans d’emprisonnement avec sursis. Il avait dans un premier temps été jugé par contumace pour « tentative de meurtre » par le tribunal de première instance de la province de Kampong Thom le 16 septembre, et les charges qui pesaient sur lui ont été modifiées aujourd’hui lors de l’annonce du jugement.

Les faits reprochés sont censés s’être produits en juillet 2020 dans le district de Sandan (province de Kampong Thom), après que Chan Thoeun eut pris des photos de camions qui acheminaient illégalement du bois depuis la réserve naturelle de Prey Lang. Selon l’avocat de Chan Thoeun, après le face-à-face, la supposée victime a porté plainte auprès de la police militaire du district, accusant Chan Thoeun de tentative de meurtre.

Chan Thoeun nie catégoriquement les accusations portées contre lui. Le PLCN a indiqué que le plaignant était un négociant en bois qui se livrait à une activité illégale d’exploitation forestière au moment où il s’est retrouvé face à face avec Chan Thoeun.

Les coupes illégales massives et la répression des activités militantes écologistes font partie des graves menaces qui pèsent sur la forêt pluviale cambodgienne de Prey Lang

Prey Lang est la plus grande forêt de plaine à feuillage persistant en Asie du Sud-Est continentale ; elle couvre environ 500 000 hectares et s’étend sur quatre provinces du Cambodge. En 2016, une bonne partie de la forêt a été classée réserve naturelle. Plus de 250 000 personnes, dont la majorité se considèrent comme des membres de l’ethnie kuy, vivent à l’intérieur et autour de la forêt de Prey Lang. Celle-ci joue un rôle crucial pour la subsistance, la culture et la spiritualité du peuple kuy.

Les coupes illégales massives et la répression des activités militantes écologistes font partie des graves menaces qui pèsent sur la forêt pluviale cambodgienne de Prey Lang. En février 2020, les autorités cambodgiennes ont interdit aux écologistes d’entrer dans la réserve naturelle de Prey Lang et depuis lors, le PLCN n’est plus autorisé à effectuer des patrouilles dans la forêt.

Tout au long de l’année 2021, les autorités cambodgiennes s’en sont prises sans relâche aux personnes qui défendent l’environnement, alors que le gouvernement se pose en acteur responsable en matière de climat et promeut le pays comme un marché approprié pour les crédits carbone, à l’approche de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques de 2021, dite COP26.

« Le Cambodge ne saurait être considéré comme un acteur responsable en matière de climat alors qu’il marginalise, harcèle et condamne des militants et militantes indigènes et écologistes dans le cadre de procès iniques »

Au début du mois de février 2021, des agents du ministère de l’Environnement ont arbitrairement arrêté et placé en détention cinq écologistes qui enquêtaient sur l’exploitation forestière illégale à Prey Lang. Ces personnes n’ont été relâchées que trois jours plus tard, après avoir signé un document dans lequel elles s’engageaient à ne pas entrer dans la forêt de Prey Lang sans l’autorisation du ministère de l’Environnement.

Plusieurs organisations écologistes locales, dont le Réseau communautaire de Prey Lang, ont été menacées sur la base d’accusations selon lesquelles elles menaient leurs activités illégalement parce qu’elles n’étaient pas enregistrées en application de la Loi sur les associations et les organisations non gouvernementales, très critiquée.

En juin 2021, quatre militant·e·s écologistes de Mother Nature Cambodia, un groupe militant de premier plan qui a remporté plusieurs grandes victoires environnementales, ont été inculpés de « complot » ou d’« outrage envers le roi » (crime de lèse-majesté) après avoir enquêté sur la pollution de la rivière Tonlé Sap, à Phnom Penh. En mai 2021, cinq militant·e·s de Mother Nature Cambodia ont été déclarés coupables par le tribunal municipal de Phnom Penh et condamnés à des peines de 18 à 20 mois d’emprisonnement pour avoir tenté de protester contre un projet du gouvernement visant à combler et à privatiser un grand lac de la capitale.

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