CAMBODGE : Intimidation et harcèlement de défenseurs des droits humains par le gouvernement

Index AI : ASA 23/001/2003

DÉCLARATION PUBLIQUE

Amnesty International est préoccupée par la décision récemment annoncée par les autorités cambodgiennes de poursuivre Eva Galabru, représentante locale de l’organisation non gouvernementale (ONG) de défense de l’environnement Global Witness pour « désinformation », charge passible d’une peine maximale de trois ans de prison.

Eva Galabru a été accusée d’avoir diffusé de « fausses informations » à la suite d’une déclaration de Global Witness rapportant que la police avait frappé, notamment avec des matraques électriques, des participants à un rassemblement pacifique de représentants de communautés forestières à Phnom Penh, le 5 décembre 2002. Ces personnes souhaitaient présenter des doléances au ministère de la Forêt et de la Vie sauvage.

Ces poursuites contre Eva Galabru interviennent alors même que les affirmations de Global Witness ont été confirmées de source indépendante par le représentant spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Cambodge, qui a dénoncé une utilisation « abusive » de la force par les policiers. Eva Galabru avait déjà fait l’objet d’une plainte en diffamation et avait été citée à comparaître devant le tribunal municipal de Phnom Penh en mars 2002. Cette accusation était sans fondement. Le 30 avril 2002, elle avait été agressée physiquement par des hommes masqués armés de bâtons ; cette attaque avait été immédiatement suivie d’un message de menace anonyme adressé à Global Witness.

Dans une autre affaire liée aux événements du 5 décembre 2002, Uch Kim Nary, directrice de l’ONG cambodgienne Femmes pacifiques pour l’environnement, a été menacée d’arrestation par la police. Elle a été accusée par des hauts responsables du gouvernement basés à Phnom Penh d’avoir aidé à organiser le rassemblement du 5 décembre. Des actes d’intimidation similaires ont été signalés dans tout le pays par d’autres défenseurs des droits humains ayant participé à ce rassemblement.

Au Cambodge, les défenseurs des droits humains sont souvent pris pour cible par les autorités pour le simple fait de défendre et d’exercer, dans l’intérêt d’autrui, leurs droits fondamentaux à la liberté d’expression et de réunion. Ces dernières affaires sont les exemples les plus récents d’une politique persistante de harcèlement et d’intimidation des défenseurs des droits humains nationaux et internationaux, qu’Amnesty International dénonce depuis plusieurs années.

Par exemple, en avril 2002, le gouvernement a contraint à la fermeture un centre d’accueil du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) destiné aux demandeurs d’asiles montagnards nouvellement arrivés du Viêt-Nam. Selon certaines sources, un représentant de l’État non identifié aurait menacé de tuer un employé occidental de ce centre s’il ne quittait pas les lieux. Des employés locaux du HCR auraient aussi été harcelés.

En octobre 2001, le dirigeant de l’époque de la Ligue cambodgienne des droits de l’homme (LICADHO) a été cité à comparaître pour l’internement illégal présumé d’un mineur dont son organisation s’occupait à la suite de graves accusations de violences familiales. Bien que ce mineur ait été confié légalement à la garde de la LICADHO, à la connaissance et avec l’accord des autorités responsables, rien n’a été fait pour faire cesser les poursuites.

En septembre 2002, un chef de district de la province de Kampot a fait annuler une réunion d’éducation aux droits des électeurs menée par une ONG de surveillance des élections, le Committee for Free and Fair Elections in Cambodia (COMFREL, Comité pour des élections libres et équitables au Cambodge). Il a justifié cette interdiction par le fait que cette organisation n’avait pas d’autorisation écrite du gouverneur pour organiser une telle réunion.

En janvier 1999, des représentants d’organisations de défense des droits humains cambodgiennes de sept provinces ont signalé des actes d’intimidation de la part des autorités gouvernementales, et une personne travaillant pour une ONG a été menacée d’arrestation alors qu’elle faisait signer une pétition demandant aux Nations unies de créer un tribunal international pour traduire les Khmers rouges en justice.

En décembre 1998, deux membres du personnel de la LICADHO, Kim Sen et Meas Minear, ont été arrêtés, inculpés et incarcérés pendant un mois parce qu’ils avaient suivi le déroulement de manifestations violentes contre le rejet de déchets toxiques à Sihanoukville, ou Kompong Som. En juillet 1999, à la suite d’un procès au cours duquel aucune preuve n’a été apportée à leur encontre, toutes les charges ont finalement été abandonnées.

Amnesty International considère que ces exemples sont le reflet d’une politique systématique d’intimidation et de harcèlement des défenseurs des droits humains, et constituent une violation des droits fondamentaux, notamment du droit à la liberté d’expression, d’association et de réunion.
L’organisation appelle le gouvernement cambodgien à mettre fin à ces actes d’intimidation et à veiller à ce que tous les services du gouvernement à tous les niveaux respectent les droits fondamentaux inscrits dans la Constitution cambodgienne et dans les conventions internationales auxquelles le Cambodge est partie.

Elle appelle aussi les organisations et les gouvernements donateurs à saisir toutes les occasions de souligner l’importance du respect de ces obligations par le Cambodge et le rôle essentiel que joue la société civile en tentant d’obtenir l’application de tous les droits humains - y compris des droits économiques, sociaux et culturels - dans ce pays.

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