Cambodge, Quatre nouvelles inculpations visant les défenseurs de l’environnement

Cambodge défenseurs de l'environnement

Quatre militant·e·s écologistes de Mother Nature CambodiaSun Ratha, Ly Chandaravuth, Yim Leanghy et Alejandro Gonzalez-Davidson – ont été inculpés de « complot » ou d’« outrage envers le roi » (crime de lèse-majesté).

« Ces charges scandaleuses visent manifestement à réduire au silence et à intimider non seulement Mother Nature Cambodia, mais aussi toute une génération de jeunes Cambodgiens et Cambodgiennes qui osent se battre pour défendre les droits humains et la justice environnementale. Ces chefs d’inculpation doivent être abandonnés sans délai et Sun Ratha, Ly Chandaravuth et Yim Leanghy doivent être libérés immédiatement et sans condition, a déclaré Ming Yu Hah, la directrice régionale adjointe pour le travail de campagne à Amnesty International.

« La gravité des charges témoigne d’une dangereuse escalade des méthodes répressives que les autorités cambodgiennes utilisent contre les personnes qui défendent l’environnement et expriment des vues critiques. Il est inadmissible que des chefs d’inculpation aussi graves aient été retenus contre ces personnes pour les punir, alors qu’elles n’ont fait que militer sans violence pour défendre les ressources naturelles du Cambodge.

« Il est très inquiétant de constater que les autorités s’emploient à surveiller illégalement des militants et militantes écologistes pour forger de toutes pièces des preuves de complots improbables. Le gouvernement cambodgien a qualifié à maintes et maintes reprises les personnes critiques à son égard de rebelles et de conspirateurs, et les activités militantes pacifiques de crimes.

« Il est inadmissible que des chefs d’inculpation aussi graves aient été retenus contre ces personnes pour les punir, alors qu’elles n’ont fait que militer sans violence pour défendre les ressources naturelles du Cambodge »

« Ces charges ne sont que le dernier épisode en date des attaques incessantes auxquelles les autorités se livrent contre les jeunes qui militent et qui défendent l’environnement. Les militants et militantes de Mother Nature Cambodia continuent à subir les foudres du gouvernement parce qu’ils mettent régulièrement en lumière la corruption généralisée qui facilite et permet si souvent la destruction de l’environnement au Cambodge.

« Au lieu de s’en prendre à de jeunes écologistes courageux, les autorités devraient poursuivre les représentants de l’État, les officiers de l’armée et les acteurs commerciaux influents qui sont fréquemment complices de la destruction des forêts, des mangroves et des côtes cambodgiennes. »

Complément d’information

Sun Ratha et Ly Chandaravuth, ainsi qu’un autre militant écologiste, Seth Chhivlimeng, ont été arrêtés le mercredi 16 juin dans la matinée, vers 10 h 45, alors qu’ils enquêtaient sur la pollution de la rivière Tonle Sap, à Phnom Penh. Ce matin-là, Yim Leanghy a lui aussi été appréhendé, après avoir été convoqué au poste de police local, dans la province de Kandal. Seth Chhivlimeng a été libéré après 24 heures de garde à vue.

Le lundi 21 juin, le juge d’instruction du tribunal municipal de Phnom Penh, Im Vannak, a confirmé que Sun Ratha et Yim Leanghy étaient inculpés à la fois de « complot » et d’« outrage envers le roi », au titre des articles 453 et 437 (bis) du Code pénal cambodgien, infractions passibles respectivement d’une peine maximale de 10 ans et cinq ans d’emprisonnement. Ly Chandaravuth, pour sa part, a été inculpé de « complot ». Yim Leanghy et Ly Chandaravuth ont été placés en détention provisoire dans la prison CC1 et Sun Ratha a été envoyée dans la prison CC2. Alejandro Gonzalez-Davidson a été inculpé par contumace de « complot » et d’« outrage envers le roi ».

Après les arrestations, les médias locaux ont indiqué [1] qu’un porte-parole du gouvernement avait justifié les arrestations en affirmant que Mother Nature Cambodia avait « obtenu des fonds étrangers pour commettre des actes de rebellion destinés à inciter [la population] à renverser le gouvernement ».

« La gravité des charges témoigne d’une dangereuse escalade des méthodes répressives que les autorités cambodgiennes utilisent contre les personnes qui défendent l’environnement et expriment des vues critiques »

Selon LICADHO, un groupe cambodgien de défense des droits humains, Yim Leanghy est un étudiant de 32 ans qui a obtenu une bourse pour faire un master à l’Institut des langues étrangères de l’Université royale de Phnom Penh. Sun Ratha est une comptable de 26 ans, diplômée de l’Université du Cambodge, où elle étudiait également grâce à une bourse. Ly Chandaravuth est un étudiant de 22 ans, en quatrième année de droit à l’Université royale de droit et des sciences économiques. Alejandro Gonzalez-Davidson, ressortissant espagnol et cofondateur de Mother Nature Cambodia, a été expulsé en 2015 du Cambodge, où il n’est plus autorisé à revenir depuis lors.

Amnesty International a reçu des informations dignes de foi selon lesquelles les éléments de preuve utilisés contre les militants comprennent des enregistrements de réunions Zoom privées entre des militants de Mother Nature Cambodia.

La surveillance des communications privées est illégale, à moins qu’elle ne soit fondée sur une législation nationale conforme aux dispositions du droit international relatif aux droits humains en matière de droit à la vie privée. La Loi de 2015 sur les télécommunications autorise le gouvernement cambodgien à exercer une surveillance illimitée des communications numériques, sans garanties ni contrôle adéquats, en violation du droit à la vie privée garanti par le droit international relatif aux droits humains. Le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que le Cambodge a ratifié, protège contre les immixtions arbitraires ou illégales dans la vie privée (article 17). De plus, les normes internationales relatives aux droits humains interdisent toute ingérence de l’État dans le droit d’une personne au respect de sa vie privée si cette ingérence n’est pas légale, nécessaire, proportionnée et légitime.

« Il est très inquiétant de constater que les autorités s’emploient à surveiller illégalement des militants et militantes écologistes pour forger de toutes pièces des preuves de complots improbables »

Mother Nature Cambodia est un groupe militant de premier plan qui a remporté plusieurs grandes victoires environnementales. S’appuyant à la fois sur la mobilisation des habitants, l’action directe et la sensibilisation de la population, ce groupe a convaincu en 2015 les autorités cambodgiennes de renoncer à leur projet de construction d’un grand barrage hydroélectrique dans la vallée d’Areng, projet qui menaçait gravement les populations indigènes locales. En 2016, Mother Nature Cambodia a dénoncé la destruction généralisée de l’environnement et les violations des droits humains liées à l’extraction et à l’exportation de sable depuis les zones côtières du Cambodge, et a obtenu une autre grande victoire : l’annonce par le gouvernement cambodgien de l’interdiction totale d’exporter du sable côtier.

Les militants et militantes de Mother Nature Cambodia ont dû faire face à toute une série d’actes de répression ces derniers mois et ces dernières années, et nombre de ces personnes ont été arbitrairement poursuivies et incarcérées. Le groupe a été accusé de « semer le chaos dans la société » et qualifié d’« illégal » par le ministère de l’Intérieur cambodgien, au motif qu’il n’était pas enregistré au titre de la tristement célèbre Loi sur les ONG.

Le 5 mai, le tribunal municipal de Phnom Penh a déclaré quatre militants de Mother Nature Cambodia coupables d’« incitation » au titre de l’article 495 du Code pénal et les a condamnés à 18 à 20 mois d’emprisonnement. Trois des militants condamnés, Long Kunthea (22 ans), Phuon Keoraksmey (19 ans) et Thun Ratha (29 ans), étaient en détention provisoire depuis leur arrestation arbitraire en septembre 2020 et sont toujours incarcérés actuellement. Alejandro Gonzalez-Davidson a été déclaré coupable dans le cadre de la même affaire et condamné par contumace, au titre des mêmes chefs d’accusation, à 20 mois d’emprisonnement.

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