Cambodge, sursis octroyé à Kem Sokha, président du PSNC

Une annonce selon laquelle Kem Sokha, président du Parti du sauvetage national du Cambodge (PSNC), n’est plus maintenu en résidence surveillée, a été faite.

« La modeste mesure de clémence accordée à Kem Sokha ne saurait masquer la répression qui continue à sévir contre les droits humains au Cambodge. Depuis le mois d’août, des dizaines de personnes innocentes sont maintenues en détention pour avoir exercé leurs droits de manière pourtant pacifique, et plus de 100 ont été inculpées en raison de leurs liens avec le PSNC, a déclaré Nicholas Bequelin, directeur pour l’Asie de l’Est et du Sud-Est à Amnesty International.

« La communauté internationale ne doit pas se laisser abuser par ce geste purement symbolique de la part des autorités cambodgiennes. S’il est positif que Kem Sokha puisse désormais sortir de son domicile et recevoir des soins médicaux, il faut que les poursuites engagées contre lui soient immédiatement abandonnées, de même que celles qui visent les dizaines de militant·e·s politiques ayant fait l’objet d’arrestations arbitraires et d’accusations ces derniers mois.

« Le renforcement de la présence militaire dans certaines villes et dans les provinces frontalières du pays, en réaction au retour annoncé de dirigeant·e·s du PSNC, notamment Sam Rainsy et Mu Sochua, a choqué le monde entier. Les menaces violentes dont ces deux militant·e·s et les sympathisant·e·s du parti continuent à être victimes montrent qu’il reste encore beaucoup à faire afin de mettre un terme à la crise des droits humains au Cambodge. »

Complément d’information

Le tribunal municipal de Phnom Penh a annoncé le 10 novembre que les conditions de la libération sous caution de Kem Sokha seraient modifiées, après une requête déposée par ses avocats le 7 novembre. Selon ces nouvelles conditions, Kem Sokha n’est plus assigné à résidence mais il lui est toujours interdit de se livrer à quelque activité politique que ce soit, et il ne peut quitter le Cambodge.

Kem Sokha, 66 ans, est le président du PSNC. Il a été arrêté lors d’une descente à son domicile au milieu de la nuit, à Phnom Penh le 3 septembre 2017, et a par la suite été inculpé de « collusion avec une puissance étrangère » – infraction passible d’une peine comprise entre 15 et 30 ans – au titre de l’article 443 du Code pénal cambodgien.

La libération sous caution lui a dans un premier temps été refusée, et il a été envoyé en détention provisoire au centre correctionnel n° 3 de très haute sécurité, une prison située loin de chez lui, dans la province de Tbong Khmum, à la frontière avec le Viêt-Nam. Kem Sokha a été libéré sous caution et soumis à des conditions restrictives assimilables à un placement en résidence surveillée en septembre 2018.

Le PSNC a été dissous par la Cour suprême en novembre 2017 après une plainte déposée par le ministère de l’Intérieur, qui a accusé le parti d’essayer de fomenter un « coup d’État illégal ». Le PSNC a fini par être dissous malgré une absence largement reconnue d’éléments de preuve étayant l’accusation. La Cour suprême a plus tard interdit à 118 responsables du PSNC d’exercer une quelconque activité politique pendant cinq ans.

Récemment, une série d’actes d’intimidation, de manœuvres de harcèlement, d’arrestations et d’autres menaces a visé des membres du PSNC, après l’annonce par Sam Rainsy, président par intérim du PSNC résidant en France, de son intention de faire son retour au Cambodge. Samedi 9 novembre, il est arrivé en Malaisie, étape de sa démarche de retour au Cambodge. Les autorités cambodgiennes ont qualifié ce retour annoncé de tentative de coup d’État, et s’en sont prises de manière brutale à des personnes affiliées au PSNC.

Depuis le mois d’août, époque à laquelle Sam Rainsy a juré de revenir dans le pays, au moins 57 anciens membres du PSNC ont été placés en détention et 105 autres visés par des accusations motivées par des considérations politiques, notamment de « complot contre l’État » et d’« attaque », pour avoir semble-t-il soutenu le retour au Cambodge de dirigeants du PSNC vivant à l’étranger. Les autorités procèdent généralement à ces arrestations sans respecter les garanties prévues par la loi et sans produire de mandats d’arrêt.

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