Cameroun : Un dirigeant de l’opposition condamné à 25 ans de prison à l’issue d’un procès inique

Un tribunal militaire camerounais a condamné un dirigeant de l’opposition à 25 ans d’emprisonnement à l’issue d’un procès inique

Aboubakar Siddiki, président du principal parti d’opposition du nord du Cameroun, le Mouvement patriotique du salut camerounais, a été déclaré coupable au cours de la journée de plusieurs chefs, notamment d’hostilité envers la patrie, d’activités révolutionnaires et d’outrage au président de la République, bien qu’aucun élément crédible n’ait été produit lors du procès. Dans la même affaire, Abdoulaye Harissou, un notaire renommé, a été condamné à trois ans d’emprisonnement pour non-dénonciation. En revanche, le tribunal a enfin abandonné les charges retenues contre Baba Wame, Félix Ebole Bola et Rodrigue Tongue, trois journalistes inculpés en 2014 de non-dénonciation d’informations et de sources dans le cadre de l’affaire.

« Aboubakar Siddiki est la dernière victime en date de la campagne des autorités camerounaises visant à étouffer l’opposition. À l’instar d’Abdoulaye Harissou, il a déjà passé plus de trois ans en détention, a subi des actes de torture et se trouve maintenant face à la perspective de demeurer derrière les barreaux à l’issue d’un procès sous-tendu par des considérations politiques et entaché de graves irrégularités, a déclaré Ilaria Allegrozzi, spécialiste de la région du lac Tchad à Amnesty International.

« La décision de relaxer les trois journalistes apporte certes un soulagement considérable mais ces personnes n’auraient jamais dû être inculpées alors qu’elles n’avaient fait que leur travail et aucun civil ne devrait être jugé par un tribunal militaire. »

Aboubakar Siddiki et Abdoulaye Harissou ont été arrêtés en août 2014. Ils ont été accusés sans preuve d’avoir participé à un complot visant à déstabiliser le pays. Ils ont été détenus au secret pendant plus de 40 jours dans un lieu illégal géré par la Direction générale des relations extérieures et soumis à la torture.

Ils ont été inculpés initialement de complicité de meurtre, de possession illicite d’armes à feu, d’hostilité envers la patrie, d’activités révolutionnaires, de non-dénonciation et d’outrage au président de la République, et leur procès s’est ouvert le 22 janvier 2016. Le 9 octobre 2017, toutes les charges retenues contre Abdoulaye Harissou, à l’exception de la non-dénonciation, ont été abandonnées mais celles pesant sur Aboubakar Siddiki ont été maintenues.

En février 2017, le président du tribunal militaire a statué que tous les éléments de preuve produits par l’accusation contre ces deux hommes, sauf le rapport de l’enquête préliminaire, devaient être rejetés étant donné qu’ils n’étayaient pas les charges. Cette décision a été réitérée par un juge nouvellement désigné en avril 2017. Malgré cela, Abdoulaye Harissou et Aboubakar Siddiki, toujours déclarés coupables, n’ont jamais été libérés.

Vingt-six audiences devant le tribunal militaire

Aboubakar Siddiki, Abdoulaye Harissou et les trois journalistes ont comparu 26 fois devant le tribunal militaire de Yaoundé, les audiences ayant été ajournées à maintes reprises. Le procès a été entaché de multiples irrégularités, notamment le refus de certaines personnes de témoigner suite à des manœuvres d’intimidation, la décision de considérer comme recevables des éléments extorqués sous la torture et la dissimulation de documents pertinents aux avocats de la défense.

Les trois journalistes ont été inculpés initialement en octobre 2014 de non-dénonciation d’informations et de sources en vertu du Code pénal camerounais et placés sous contrôle judiciaire, mesure levée en janvier et février 2015 pour chacun d’eux. En septembre 2017, les charges ont été requalifiées en outrage au président de la République.

Ayant déjà été détenu plus de trois ans en instance de jugement, Abdoulaye Harissou devrait désormais, aux termes du droit camerounais, être libéré. Les avocats d’Aboubakar Siddiki ont confirmé qu’ils interjetteraient appel du jugement.

« L’iniquité de ce procès souligne le manque d’indépendance et d’impartialité inhérent aux tribunaux militaires, au Cameroun comme ailleurs. La présomption d’innocence, le droit à une défense adéquate et l’indépendance des procédures ont été profondément bafoués, a déclaré Ilaria Allegrozzi.

« Nous appelons les autorités camerounaises à libérer Aboubakar Siddiki et Abdoulaye Harissou, à abandonner toutes les charges pesant sur eux et à s’abstenir en toutes circonstances de faire juger des civils par des tribunaux militaires. »

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