CANADA : Halte à l’indifférence à l’égard de la sécurité des femmes autochtones !

Index AI : AMR 20/C05/2004

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Les autorités canadiennes ignorent depuis trop longtemps la menace qui pèse sur les femmes autochtones dans les villes du Canada. Beaucoup sont portées disparues, certaines ont été assassinées, et les autorités canadiennes ne prennent pas de mesures suffisantes pour mettre fin à cette violence, dénonce Amnesty International dans un rapport intitulé "On a volé la vie de nos sœurs : discrimination et violence contre les femmes autochtones", qui paraît ce lundi 4 octobre 2004.

« Toutes les femmes ont le droit de vivre en sécurité et dans la dignité mais à cause des préjugés culturels et de l’indifférence des autorités, les femmes autochtones du Canada sont en danger, a affirmé Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International. Il est urgent que les gouvernements canadiens à tous les niveaux collaborent avec les femmes autochtones du pays pour faire en sorte que plus aucune "sœur" ne soit "volée" à sa communauté à cause de la discrimination et de la violence. »

Ce rapport est rendu public dans le cadre d’une campagne mondiale sur la violence contre les femmes. Il décrit des cas de femmes et de jeunes filles autochtones qui ont disparu ou ont été tuées à Vancouver, Prince Albert, Saskatoon, Regina et Winnipeg, et s’appuie sur des informations publiques plus générales pour conclure qu’il s’agit là d’un grave problème de droits humains.

De nombreuses questions sur l’ampleur et les origines de cette violence restent sans réponse car les crimes violents commis contre des femmes autochtones ne sont pas systématiquement enregistrés comme tels ni analysés de manière exhaustive par la police canadienne et les autres organes gouvernementaux. Toutefois, Amnesty International pense que la marginalisation sociale et économique de ces femmes met en danger un trop grand nombre d’entre elles.

Les souffrances endurées par tant de familles autochtones, dont certaines ont été frappées à plusieurs reprises, viennent confirmer que ce danger est bien réel. Ainsi, l’une de ces familles a connu deux meurtres en trois décennies. Le 12 novembre 1971, Helen Betty Osborne, étudiante cri de dix-neuf ans vivant dans le Manitoba, a été enlevée dans la ville de The Pas par quatre hommes blancs qui lui ont fait subir des violences sexuelles avant de la tuer sauvagement. Une commission d’enquête provinciale a conclu que la police savait depuis longtemps que des hommes blancs commettaient des agressions sexuelles contre des femmes et des jeunes filles autochtones à The Pas mais « n’avait pas jugé que cette pratique nécessitait une vigilance particulière ».

Trois décennies plus tard, le 25 mars 2003, à Winnipeg, dans le Manitoba, une cousine de Helen Betty Osborne, Felicia Solomon, âgée de seize ans, n’est pas rentrée chez elle après l’école. Deux mois plus tard, en juin 2003, des morceaux de corps ont été découverts et identifiés comme lui appartenant. Son meurtrier n’a pas été retrouvé.

« Quand le gouvernement canadien va-t-il enfin reconnaître les véritables menaces qui pèsent sur les femmes autochtones ? , s’interroge Darlene Osborne au nom de cette famille. Dans tout le Canada, des familles comme la mienne se demandent combien nous devrons encore perdre de sœurs et de filles avant que le gouvernement ne se décide réellement à agir. »

Le rapport d’Amnesty International établit les liens suivants entre la discrimination et la violence contre les femmes autochtones dans les villes canadiennes :

• Bien qu’elle affirme le contraire, la police canadienne offre souvent une protection insuffisante aux femmes autochtones.

• La marginalisation sociale et économique des femmes autochtones, ajoutée à la mise en œuvre, par le passé, de politiques gouvernementales qui ont désagrégé les familles et les communautés autochtones, font qu’un nombre disproportionné de ces femmes se retrouvent dans des situations dangereuses, telles que l’extrême pauvreté, l’absence de domicile fixe et la prostitution.

• Des hommes autochtones et non autochtones profitent de cette vulnérabilité pour commettre des actes d’une extrême violence contre ces femmes.

• Les auteurs de ces actes agissent par racisme ou parce qu’ils pensent que l’indifférence de la société à l’égard du bien-être et de la sécurité des femmes autochtones leur permettra d’échapper à la justice.

Le rapport souligne aussi que beaucoup des recommandations formulées par le passé par des commissions et des enquêtes sur le bien-être et la sécurité des populations autochtones au Canada n’ont pas été appliquées par le gouvernement fédéral ni par les gouvernements provinciaux. Or, si elles avaient été mises en œuvre en temps voulu, elles auraient contribué à réduire la marginalisation de ces femmes, qui seraient par conséquent moins menacées aujourd’hui.

Le rapport recommande un certain nombre de mesures que les gouvernements doivent prendre de toute urgence pour améliorer la protection des femmes autochtones. Ainsi, les forces de police doivent élaborer, en collaboration avec les populations autochtones, des protocoles destinés à leur permettre de réagir de manière appropriée et efficace aux disparitions de femmes et d’enfants autochtones qui leur sont signalées. Par ailleurs, tous les gouvernements doivent octroyer un financement suffisant et durable aux services de premier plan dont les femmes ont besoin pour échapper à la violence. Il est aussi nécessaire de mener immédiatement des recherches nationales exhaustives sur l’ampleur de ce problème. D’autre part, des mesures doivent être prises pour recruter davantage de policiers autochtones et pour former les autres policiers afin qu’ils comprennent mieux les questions complexes qui se rapportent aux populations autochtones. Enfin, il faudrait que toutes les institutions et les gouvernements à tous les niveaux veillent à impliquer pleinement les femmes autochtones dans la conception et la mise en œuvre des politiques qui concernent directement leur bien-être.

« La violence contre les femmes constitue une crise internationale des droits humains, à laquelle les gouvernements du monde entier doivent s’intéresser en toute priorité, a déclaré Irene Khan. Ici, au Canada, il faut que cesse la double discrimination fondée sur le genre et l’identité autochtone qui a contribué à tant de disparitions et de meurtres de femmes. »

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