CHILI : L’Esmeralda, bateau torture

Index AI : AMR 22/008/2003

Le navire école Esmeralda (Buque Escuela « Esmeralda ») effectue des voyages annuels d’instruction autour du monde, tout en exerçant les fonctions officielles d’ambassadeur « itinérant » pour le Chili. En avril de cette année, l’Esmeralda a appareillé pour sa 48ème traversée, avec une feuille de route prévoyant des escales dans des ports d’Amérique Latine et d’Europe, en Allemagne, en France, au Royaume-Uni et en Espagne entre autres. Ces voyages se faisaient déjà sous le gouvernement militaire et ont continué après le retour à un régime civil.

Au fil des ans, Amnesty International a accumulé et publié un certain nombre de témoignages de victimes torturées à bord de l’Esmeralda, dans le cadre de l’action menée par l’organisation pour dénoncer les violations graves des droits humains au Chili sous le gouvernement militaire. L’une de ces victimes était un prêtre possédant la double nationalité britannique et chilienne, Michael Woodward. Il est décédé à la suite de tortures que lui ont fait subir des membres des forces de sécurité à bord de l’Esmeralda.

Au cours de ces dernières années, l’Esmeralda et le Chili en général ont suscité un regain d’intérêt au niveau international dans les médias du fait de la détention et de la procédure d’extradition engagée au Royaume-Uni en 1998 contre Augusto Pinochet.

À ce jour, les autorités n’ont toujours pas reconnu que des milliers de personnes avaient été victimes de la torture sous le gouvernement militaire ; celles qui ont survécu réclament une reconnaissance officielle et la justice. Parmi elles se trouvent des victimes de tortures perpétrées à bord de l’Esmeralda. Le gouvernement chilien et de hauts responsables de la marine continuent de nier que des navires et des installations appartenant à la marine ont servi de centres de torture.

Amnesty International demande au gouvernement chilien et à la marine chilienne de reconnaître que de graves violations des droits humains ont été commises à bord de l’Esmeralda ; l’organisation demande que soit menée une enquête indépendante et impartiale sur les allégations de tortures et autres violations des droits humains à bord de navires et installations de la marine sous le gouvernement militaire ; elle demande que soient traduits en justice les auteurs de ces actes et que les victimes et leurs familles soient indemnisées pour le préjudice matériel et moral subi.

Les initiatives entreprises par les gouvernements civils successifs, la Commission nationale pour la vérité et la réconciliation par exemple, ou encore le Comité national de réparation et de réconciliation ou la Table ronde chilienne des droits humains, créés pour traiter du lourd héritage chilien en matière de violations des droits humains, laissent de côté le crime grave de torture, laquelle a été pratiquée de façon courante et régulière pendant les années de gouvernement militaire.

Complément d’information

Depuis 1975, date à laquelle l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, il est expressément reconnu que tous les États doivent entreprendre des enquêtes impartiales dans les meilleurs délais en cas de plaintes pour torture. En outre, le Chili, État partie à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants depuis 1988 et au Pacte international relatif aux droits civils et politiques depuis 1972, est tenu légalement d’entreprendre des enquêtes impartiales dans les meilleurs délais. Enfin, le recours régulier et systématique à la torture constitue un crime contre l’humanité et il ne peut donc y avoir prescription en droit international.

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