Communiqué de presse

Chine. Amnesty International condamne la lourde peine prononcée contre le militant Chen Wei

La peine de neuf ans d’emprisonnement prononcée contre le militant Chen Wei pour avoir rédigé des articles critiques envers le Parti communiste est inacceptable, a déclaré Amnesty International vendredi 23 décembre. Elle exhorte les autorités chinoises à le libérer immédiatement et sans condition.

Chen Wei a été condamné pour « incitation à la subversion de l’État ». Son avocat, Zheng Jianwei, a annoncé que le procès avait duré moins de deux heures, ajoutant que sa famille avait déclaré qu’il ne ferait pas appel.

« Chen Wei est sanctionné pour avoir exprimé ses idées de manière pacifique, a déploré Catherine Baber, directrice adjointe du programme Asie-Pacifique d’Amnesty international.

« J’aimerais pouvoir dire que nous sommes surpris par cette sentence, mais nous avons trop souvent vu le gouvernement chinois invoquer cette accusation vague d’" incitation " dans le but de réduire au silence ses détracteurs et d’étouffer tout débat sur les droits humains et la réforme politique. »

D’après l’acte d’inculpation, qu’Amnesty International a pu lire, les charges retenues contre Chen Wei sont liées à des essais qu’il aurait publiés en ligne et « adressés à des organisations à l’étranger », notamment à Human Rights in China (HRIC), association de défense des droits humains basée à New York.

« C’est la condamnation la plus sévère prononcée contre une personne arrêtée et inculpée dans le cadre de la répression liée aux rassemblements du jasmin. Le gouvernement a en effet arrêté de nombreux militants, craignant la tenue de manifestations inspirées par les soulèvements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, a indiqué Catherine Baber.

« Nous pensons que le gouvernement sanctionne Chen Wei pour ses nombreuses années de militantisme et cherche ainsi à dissuader tout détracteur potentiel. »

Chen Wei, 42 ans, comptait parmi plus de 130 militants arrêtés après que le site d’information Boxun, basé aux États-Unis, se soit fait l’écho d’un appel anonyme encourageant les Chinois à manifester à travers le pays au mois de février.

Cet appel à manifester, inspiré par les soulèvements en Afrique du Nord et au Moyen-Orient et la « Révolution de Jasmin » en Tunisie, a entraîné l’une des répressions les plus dures contre les dissidents qu’ait connue la Chine ces dernières années.

Des détracteurs du gouvernement, des blogueurs, des artistes, des « cybercitoyens » et d’autres militants ont été arrêtés, et pour la plupart libérés sans inculpation ou sous caution.

Les autorités de la ville de Suining, dans la province du Sichuan, ont arrêté Chen Wei le 20 février, mais son arrestation n’a été officialisée que le 28 mars. Depuis cette date, il est emprisonné au centre de détention de Suining. Son dossier a été renvoyé à deux reprises devant le procureur, en raison du manque d’éléments de preuve.

Zheng Jianwei a affirmé qu’il n’avait pu rencontrer son client que deux fois. Un autre avocat aurait rencontré Chen Wei une fois. Il a été autorisé à communiquer avec sa famille, mais uniquement par lettre.

Chen Wei a été l’un des dirigeants du mouvement étudiant de 1989 en faveur de la démocratie, ce pour quoi il a été emprisonné jusqu’en janvier 1991. En mai 1992, les autorités l’ont de nouveau arrêté, cette fois pour avoir commémoré l’anniversaire du massacre de la place Tiananmen et mis sur pied un parti politique. Il a été condamné à une peine de cinq ans de prison pour « propagande et incitation contre-révolutionnaires ».

Le droit chinois ne donne pas de définition de la « subversion », pas plus que la loi et les réglementations ou les interprétations associées ne définissent de manière satisfaisante ce que signifie le fait d’inciter d’autres personnes à la subversion de l’État.

Amnesty International invite le gouvernement chinois à libérer tous les militants placés en détention pour « incitation à la subversion de l’État », chef d’inculpation très vague, notamment :

* la « cybercitoyenne » Liang Haiyi, qui aurait été arrêtée par des policiers le 19 février à Harbin (nord de la Chine) pour avoir partagé sur Internet des vidéos et des informations traitant de la « Révolution de Jasmin ». Liang Haiyi, sans doute la première personne à avoir été arrêtée dans le cadre de la répression liée aux rassemblements de jasmin, serait détenue parce qu’elle est soupçonnée d’« incitation à la subversion » et risque d’être jugée à tout moment.

* le militant de longue date Chen Youcai, aussi appelé Chen Xi, placé en détention le 29 novembre en raison de son appartenance au Guizhou Human Rights Forum, organisation que les autorités ont déclarée illégale. Chen Xi pourrait être jugé à tout moment et, à l’instar de Chen Wei, encourir une peine sévère en raison de son travail mené depuis des années en faveur des libertés fondamentales.

* l’avocat spécialisé dans la défense des droits humains Gao Zhisheng, renvoyé en prison la semaine dernière pour avoir « violé » les conditions de sa mise à l’épreuve, selon des informations parues dans les médias officiels chinois. Les autorités l’ont inculpé d’« incitation à la subversion » en décembre 2006 et condamné à une peine de trois ans d’emprisonnement avec sursis. Tout d’abord placé en résidence surveillée, il a ensuite été soumis à de multiples disparitions forcées pendant près de trois ans.

* le lauréat du prix Nobel de la paix Liu Xiaobo, récompensé en son absence le 10 décembre 2010. Liu Xiaobo a été condamné en 2009 à 11 ans de prison pour son rôle dans la rédaction de la Charte 08, et d’autres écrits qui appelaient des réformes démocratiques. Son épouse, l’artiste Liu Xia, a été illégalement assignée à domicile. Elle n’a été inculpée d’aucun crime et Amnesty International demande aux autorités de lui rendre immédiatement sa liberté.

* le militant Liu Xianbin, basé dans le Sichuan, condamné au mois de mars à une peine de 10 ans de prison pour avoir prôné la réforme démocratique, notamment en apportant son soutien au mouvement de la Charte 08.

* le militant Hu Jia, basé à Pékin, libéré en juin après avoir purgé une peine de trois ans et demi de prison pour « incitation à la subversion », qui vit désormais dans des conditions équivalentes à une assignation à résidence avec sa femme, Zeng Jinyan, et leur jeune fille.

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