CHINE - Craintes d’Amnesty International au sujet de plusieurs militants en grève de la faim portés disparus

Index AI : ASA 17/010/2006

Plusieurs militants chinois ayant soutenu ou observé des grèves de la faim depuis le 4 février ont été arrêtés ou sont portés disparus. Amnesty International lance un appel aux autorités pour connaître leur sort exact et demande que leur sécurité soit garantie. L’organisation demande leur libération immédiate en l’absence de toute inculpation pour une infraction dûment reconnue par la loi.

« Beaucoup de ces militants défendent les droits humains, a déclaré Mark Allison, chercheur pour l’Asie orientale auprès d’Amnesty International. Les autorités doivent faire en sorte qu’ils puissent poursuivre leur action pacifique sans crainte d’être placé en détention arbitraire ou de subir des actes de harcèlement ou d’autres violations de leurs droits fondamentaux. »

L’action de protestation sous forme de grèves de la faim "tournantes" a été lancée par Gao Zhisheng, avocat réputé pour sa défense des droits civiques, qui souhaitait ainsi attirer l’attention sur les récentes arrestations et les passages à tabac subis par des militants de défense des droits humains et leurs avocats. Gao a d’abord jeûné quarante-huit heures avant d’être rapidement rejoint par d’autres personnes désireuses de manifester leur solidarité, qui ont observé une grève de la faim à tour de rôle. Selon certaines sources, les grévistes de la faim auraient l’intention de poursuivre leur action de protestation jusqu’aux Jeux olympiques d’été de 2008, en se relayant par groupes et individuellement.

Plusieurs participants ou sympathisants auraient été arrêtés ou seraient portés disparus. Parmi eux figurent :

 Wen Haibo et Ma Wendu, assistants de Gao Zhisheng, qui auraient été arrêtés le 16 février et interrogés pendant quarante-huit et vingt heures respectivement avant d’être placés sous stricte surveillance policière à leur domicile. Un autre assistant, Ouyang Xiaorong, programmateur de logiciels aurait été arrêté dans le même temps. Il venait d’arriver à Pékin pour aider Gao Zhisheng. On ignore tout de son sort pour l’instant.

 Qi Zhiyong, militant pro-démocratique, qui a perdu une jambe lors de la répression sanglante du mouvement en faveur de la démocratie en 1989 à Pékin. Il est porté disparu depuis le 15 février 2006, aux alentours de vingt-trois heures. Selon des informations non confirmées, il aurait été arrêté par la police chargée de la sûreté de l’État à Pékin, mais on ignore où il se trouve actuellement.

 Hu Jia, militant connu pour son engagement contre le VIH/sida, aurait été emmené par la police, venue le chercher à son domicile le matin du 16 février. On ne sait pas où il est détenu.

 Mao Hengfeng, militante à Shanghaï, a été arrêtée le 13 février. La police a déclaré à son mari qu’elle était placée en « résidence surveillée » pour « troubles à l’ordre public » mais les policiers auraient refusé de divulguer le lieu de sa détention.

 Ma Yalian, arrêtée le 15 février par huit policiers alors qu’elle se trouvait chez une amie dans le quartier Minxin de Shanghaï. Ma était sous surveillance policière stricte depuis sa libération début février, après dix jours de détention aux mains de la police. Ma Yalian avait auparavant effectué une peine de dix-huit mois de « rééducation par le travail » pour avoir dénoncé, dans des articles diffusés sur internet, les dysfonctionnements du système de dépôt de plainte en Chine.

« Ces détentions et autres atteintes aux droits des personnes décrédibilisent singulièrement les propos des autorités en faveur du respect et de la protection des droits humains, disposition introduite dans la Constitution chinoise en mars 2004 », a déclaré Mark Allison.
Gao Zhisheng a pris l’initiative de lancer cette grève de la faim pour protester contre un certain nombre d’atteintes récentes aux droits des personnes, notamment le passage à tabac de Yang Maodong (également connu sous le nom de Guo Feixiong), militant et conseiller juridique qui s’était mis au service des habitants du village de Taishi, dans la province de Guangdong, pour les aider à se débarrasser d’un chef de village, corrompu semble-t-il. Yang Maodong a pris part à la grève de la faim à Pékin le 8 février, mais a très vite été arrêté par la police. Il est actuellement en « résidence surveillée » chez lui dans le Guangdong.

Le mouvement de protestation est soutenu par des militants de diverses régions de Chine. Des militants d’autres pays auraient également entamé des grèves de la faim en solidarité.

Gao Zhisheng a lui-même été confronté à un certain nombre d’atteintes à ses droits depuis qu’il a publiquement appelé les autorités à cesser ce qu’il a appelé la persécution «  barbare » des membres du mouvement spirituel du Falun Gong, en octobre 2005. Il a été arrêté et détenu à plusieurs reprises, a reçu des menaces et a été placé sous surveillance policière ; son droit d’exercer lui a été retiré et il a échappé de justesse à la mort ou à des blessures graves lors d’un accident de voiture le 17 janvier 2005 ; il soupçonne les autorités d’en être à l’origine. Son domicile est toujours sous surveillance policière et sa ligne téléphonique ainsi que son fax auraient été coupés.

Parmi les autres participants au mouvement de protestation figurent :

 Zhao Xin, qui dirige le Empowerment and Rights Institute, une ONG basée à Pékin ; il a été passé à tabac en novembre 2005 par des inconnus qui voulaient l’empêcher, semble-t-il, de poursuivre son action en faveur des droits humains.

 Jiang Meili, épouse de Zheng Enchong, un avocat actuellement détenu pour divulgation de « secrets d’État ». Jiang Meili a pris part au mouvement en observant une grève de la faim de vingt-quatre heures le 11 février. Arrêtée par la police de Shanghaï alors qu’elle tentait de gagner Pékin ce même jour, officiellement pour demander aux autorités de permettre à Zheng Enchong de recevoir des visites de sa famille, elle est restée dix-neuf heures en détention. Avant son arrestation, Zheng Enchong avait apporté son aide à de nombreux résidents de Shanghaï expulsés de chez eux sans avoir été, semble-t-il, indemnisés correctement.

 Chen Guangcheng, conseiller juridique, aveugle et autodidacte, en « résidence surveillée » chez lui depuis septembre 2005, date à laquelle il avait tenté d’engager une action en justice contre les autorités locales de la ville de Linyi, dans la province du Shandong, pour leur mise en œuvre d’une politique illégale de stérilisation et d’avortements forcés de nombreuses femmes de la région en 2005. Son épouse, Yang Weijing, a été agressée et frappée par des inconnus le 15 février, sous les yeux, semble-t-il, d’un responsable local du parti qui aurait refusé d’intervenir pour mettre fin à l’agression. Les autorités locales auraient refusé à Yang Weijing l’autorisation de se rendre à l’hôpital pour y faire constater ses blessures.

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