Chine. Des avocats encourent 15 ans de prison pour des infractions liées à la sûreté de l’État qui font « froid dans le dos »

"Dans le cadre d’un durcissement de la répression visant les avocats et les défenseurs des droits humains, les autorités chinoises détiennent au moins trois personnes qu’elles ont inculpées d’infractions liées à la sûreté de l’État", a déclaré Amnesty International jeudi 16 juillet 2015.

Les avocats Xie Yang et Sui Muqing, et le militant Gou Hongguo sont détenus et accusés d’« incitation à la subversion du pouvoir de l’État », infraction passible d’une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 15 ans.

"L’utilisation de charges liées à la sûreté de l’État est très inquiétante et ne fait que souligner l’intensité des attaques ciblant les avocats spécialistes des droits humains", a déclaré William Nee, chercheur sur la Chine à Amnesty International.

« L’ampleur et la dureté de cette répression sont sans précédent. Les autorités semblent déterminées à détruire le réseau grandissant d’avocats et de militants des droits humains et à distiller la peur parmi ceux qui souhaitent se mobiliser pour ces droits. »

Ces mesures prises par les autorités font craindre que les 31 avocats et militants détenus depuis le début de la répression le 9 juillet ne soient inculpés d’infractions similaires liées à la sûreté de l’État.

Près de 200 personnes ont été interrogées ou détenues par la police dans le cadre d’une vague de répression qui a déferlé sur toute la Chine la semaine dernière.

On ignore où se trouvent Xie Yang, Sui Muqing et Gou Hongguo, depuis que les autorités ont annoncé les avoir placés en « résidence surveillée ». Au titre d’une pratique controversée, la police pourrait les maintenir en détention dans des lieux tenus secrets pendant six mois, sans qu’ils puissent consulter leurs avocats ni avoir de contacts avec leurs proches. Ces trois hommes risquent fortement d’être victimes de torture et d’autres mauvais traitements.

L’épouse de Sui Muqing a refusé de se conformer à une exigence de la police, à savoir écrire une lettre à son époux pour lui demander de reconnaître ses « crimes ».

La répression s’est accompagnée d’une campagne de diffamation orchestrée par les médias officiels, les avocats et les militants étant accusés de faire partie d’une entreprise criminelle visant à « porter atteinte à la stabilité sociale  ». Le Quotidien du Peuple, journal officiel du Parti communiste chinois, affirme que pour construire une société qui s’appuie sur la loi pour résoudre les problèmes, la police doit « frapper fort contre les avocats illégaux au regard de la loi ».

Le cabinet d’avocats de Pékin Fengrui Law Firm a été pointé du doigt comme étant au centre d’une « bande criminelle  ». Le cabinet défend des personnes dans le cadre d’affaires sensibles relatives aux droits humains, comme l’éminent universitaire ouïghour Ilham Tohti, qui purge actuellement une peine de réclusion à perpétuité, et les victimes du scandale du lait en poudre frelaté en 2008.

"Les autorités chinoises affichent leur mépris envers l’état de droit et se servent de toutes les méthodes possibles pour monter un dossier contre le cabinet d’avocats Fengrui", a déclaré William Nee.

« Ces avocats sont sanctionnés uniquement parce qu’ils défendent les droits fondamentaux. La présomption d’innocence n’est absolument pas respectée. »

L’arrestation jeudi 9 juillet de l’une des avocates de Fengrui, Wang Yu, a marqué le début de cette vague de répression. Sept employés du cabinet sont détenus ou ont disparu. L’époux de Wang Yu, Bao Longjun, a également été arrêté et son fils de 16 ans s’est vu confisquer son passeport.

Nombre de militants et d’avocats interrogés par la police depuis une semaine ont été questionnés sur les activités de Fengrui et ont reçu l’ordre de ne pas évoquer publiquement le cabinet.

« La police doit révéler où se trouvent toutes les personnes arrêtées et leur permettre sans délai d’entrer en contact avec leurs avocats et leurs familles », a déclaré William Nee.

Au titre du droit international, les autorités doivent informer les détenus du motif de leur arrestation, leur permettre de contester la légalité de leur détention devant un tribunal, et leur prodiguer sans délai les soins médicaux dont ils pourraient avoir besoin.

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