Communiqué de presse

Chine. Des défenseurs des droits humains encourent cinq ans de prison pour avoir publié des livres sur la démocratie

Le gouvernement chinois doit libérer trois militants en instance de jugement pour des infractions ayant trait à la sécurité d’État, et abandonner les poursuites ouvertes contre eux en relation avec la publication de livres sur la démocratie et le militantisme, a déclaré Amnesty International jeudi 18 juin.

Tang Jingling, Yuan Xinting et Wang Qingying seront jugés par le tribunal populaire intermédiaire municipal de Guangzhou vendredi 19 juin pour « incitation à la subversion de l’État », une charge liée à la sécurité de l’État régulièrement retenue contre les militants en faveur des droits humains et ceux qui critiquent pacifiquement le monopole du Parti communiste sur le pouvoir. Ils encourent chacun jusqu’à cinq ans d’emprisonnement.

« Ce procès est un nouveau jour sombre pour la liberté d’expression en Chine. Il n’a rien à voir avec la justice et tout à voir avec le fait de réduire arbitrairement au silence les dissidents », a déclaré William Nee, spécialiste de la Chine à Amnesty International.

« Tout scénario autre que la libération de ces hommes constituerait une injustice flagrante. »

Selon l’acte d’inculpation émis par le ministère public, ils sont accusés d’avoir « fait la promotion des idées relatives à la désobéissance civile [...] dans l’objectif de renverser le système socialiste ». Ces trois militants ne sont pas accusés d’avoir pris part à des actes de désobéissance civile.

Le principal élément à charge est la publication d’une série de livres sur l’action civique, la démocratisation et la désobéissance civile, tels que De la dictature à la démocratie, de Gene Sharp, Organizing : A Guide for Grassroots Leaders, de Si Kahn, et Breaking the Real Axis of Evil, de Mark Palmer.

Les autorités reprochent par ailleurs aux accusés d’avoir pris part à diverses « activités illégales » à compter de 2006. Celles-ci incluent la commémoration des victimes de la répression sur la place Tiananmen en 1989, des actions à la mémoire de Lin Zhao (victime de l’ère Mao) et la signature de la Charte 08, un manifeste pour une Chine démocratique, dont le co-auteur est Liu Xiaobo, prix Nobel de la paix emprisonné.

« L’acte d’inculpation lui-même montre clairement que rien de ce que ces hommes ont fait ne dépasse les bornes du droit à la liberté d’expression. Ils doivent être remis en liberté immédiatement et sans condition », a déclaré William Nee.

L’arrestation de ces trois hommes et les poursuites engagées contre eux ont été entachées de nombreux vices de procédure. Ils ont initialement été appréhendés en mai 2014 parce qu’ils étaient soupçonnés de « susciter des polémiques et de provoquer des troubles », lorsque des dizaines de militants et d’opposants ont été arrêtés en prévision du 25e anniversaire de la répression des actions de protestation sur la place Tiananmen.

La police a dans un premier temps empêché ces hommes de s’entretenir avec leurs avocats, puis ont arbitrairement restreint les visites de ces derniers et de leurs proches, enfreignant ainsi le code de procédure pénale chinois. On a interdit à Tang Jingling de rencontrer son avocat pendant plusieurs semaines après son placement en détention.

Certains des avocats des accusés ont par ailleurs affirmé que leurs clients avaient été frappés à de nombreuses reprises en détention et lors de leur interrogatoire par la police.

Les avocats ont également eu des difficultés à accéder aux documents du tribunal et n’ont pas eu le droit de faire des copies de la transcription de l’interrogatoire de police, qui est citée à titre de preuve dans l’acte d’inculpation.

Tang Jingling, 44 ans, Yuan Xinting, 44 ans également, et Wang Qingying, 31 ans, défendent depuis longtemps les droits humains dans le sud de la Chine, ce qui leur a valu le surnom des « Trois messieurs de Guangzhou » au sein des cercles militants, en raison de leur détermination à défendre leurs idées face à la répression d’État.

La liberté d’expression et d’association est la cible de nouvelles attaques depuis l’arrivée au pouvoir du président Xi Jinping, fin 2012. Des dizaines d’intellectuels, de journalistes, d’avocats et de militants en faveur des droits humains ont été arrêtés ou emprisonnés seulement pour avoir exprimé leur opinion de manière pourtant pacifique.

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