CHINE : Il est temps de rendre des comptes en ce qui concerne les victimes des manifestations de 1989

Index AI : ASA 17/025/2003

Lundi 2 juin 2003

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

À l’approche du 14e anniversaire de la répression des manifestations de 1989 organisées en faveur de la démocratie, Amnesty International demande une fois encore aux autorités chinoises de rendre des comptes au sujet de toutes les personnes blessées ou tuées dans le cadre de cette répression et d’accorder réparation aux familles.

« Ignorer les victimes de violations des droits humains, réprimer et incarcérer leurs messagers, et perpétuer l’impunité pour les coupables n’apporte aucune solution, discrédite le gouvernement et pourrait bien exacerber des tensions à venir », a déclaré Amnesty International.

Un porte-parole officiel du gouvernement a indiqué que « la conclusion [des autorités chinoises] demeurera inchangée… La stabilité a toujours été la priorité numéro un de la Chine. » Amnesty International est convaincue qu’une stabilité durable passe par la protection des droits humains et la prise en considération des doléances légitimes.

Ceux à qui on a ôté la vie ou la liberté en 1989 demandaient que le gouvernement agisse dans la transparence et soit tenu de rendre des comptes, et que soit mis fin à la corruption - pièces maîtresses d’une stabilité et d’un développement véritables. Le nouveau gouvernement chinois a récemment mis en vedette ces mots d’ordre tandis qu’il s’efforçait d’enrayer la propagation du SRAS (ou pneumonie atypique).

« La transparence et l’obligation de rendre des comptes doivent s’étendre, au-delà des besoins immédiats de santé publique, aux autres domaines de la politique gouvernementale, a déclaré Amnesty International.

« Les porte-parole officiels réaffirment de plus en plus que " la Chine est un pays régi par le droit ". La majorité des protestataires de 1989 exerçaient pacifiquement des droits fondamentaux consacrés par la Constitution chinoise, législation première du pays. Le président Hu Jintao a d’ailleurs fait valoir qu’elle représente " l’autorité suprême " et doit être " appliquée à la lettre ". »

Par ailleurs, Amnesty International continue d’apporter son soutien aux Mères de Tiananmen, collectif regroupant victimes de la répression et familles de victimes, dans leur long combat pour recueillir des informations sur chaque affaire et demander des réparations et des indemnisations. Cette année, les Mères de Tiananmen ont révélé les noms de 12 nouveaux manifestants qui ont « disparu » au cours de la répression de 1989 et dont on ignore le sort.

Le site web de Huang Qi, directeur d’une société spécialisée dans Internet, a permis d’aider à rechercher les personnes portées disparues, tout en proposant un forum de discussion qui donnait voix au mécontentement engendré par les abus de pouvoir du gouvernement. Huang Qi a été appréhendé le 3 juin 2000. Le 9 mai 2003, il a été condamné à cinq années d’emprisonnement pour « incitation à la subversion de l’État », au terme d’un procès ayant bafoué la procédure pénale chinoise et les normes internationales d’équité des procès.

Amnesty International exhorte de nouveau les autorités chinoises à libérer tous les prisonniers dont le maintien en détention est lié au mouvement en faveur de la démocratie de 1989. Selon l’organisation de défense des droits humains, 82 personnes sont toujours incarcérées à la suite de procès rapides et iniques. Des affaires continuent d’être mises au jour, ce qui laisse supposer que le chiffre réel est bien plus élevé.

Complément d’information

Tandis que des milliers de personnes à travers le monde se préparent à commémorer les événements de 1989 et à demander justice pour les victimes, chaque année, ceux qui tentent de faire de même en Chine se retrouvent derrière les barreaux. Zhao Changqing a été placé en détention en novembre 2002, pour avoir participé à une pétition publique. Adressée au 16e Congrès du Parti, elle appelait à faire le point sur le mouvement démocratique de 1989 et d’autres réformes. Il est maintenant inculpé d’« incitation à la subversion de l’État ». Wang Jinbo a été condamné en décembre 2002 à une peine de quatre années d’emprisonnement pour la même infraction. Il avait publié des articles sur Internet, dont un appel au gouvernement pour qu’il infirme le verdict d’« agitation contre-révolutionnaire » pesant sur le mouvement de 1989. Ses compagnons de détention l’auraient soumis à des passages à tabac répétés. Les autorités carcérales n’ont pris aucune mesure en vue de punir les responsables et de garantir sa sécurité, et n’ont pas autorisé sa famille à lui rendre visite. Pendant ce temps, Wang Wanxing entre dans sa 11e année d’incarcération à l’hôpital psychiatrique d’Ankang, à Pékin, parce qu’il a tenté en 1992 de déployer sur la place Tiananmen une banderole commémorant les manifestations.

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