Chine. Il faut libérer un militant qui a défendu les victimes du tremblement de terre

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ÉFAI-
23 novembre 2009

Amnesty International a exhorté les autorités chinoises à libérer immédiatement et sans condition Huang Qi, militant des droits humains qui a défendu les victimes du tremblement de terre du Sichuan en 2008 et a été condamné ce lundi 23 novembre 2009 à une peine de trois ans d’emprisonnement.

Le tribunal a déclaré que sa condamnation se fondait sur deux documents classés confidentiels trouvés à son domicile et l’a reconnu coupable de « possession illégale de secrets d’État ».

Plusieurs dizaines de policiers encerclaient le tribunal en cette matinée du 23 novembre. Après négociation, seules sa femme et sa fille ont été autorisées à entrer. Plusieurs femmes venues le soutenir qui ont demandé à assister à l’audience ont été frappées et blessées.

Le jugement a été annoncé oralement et la famille n’a reçu aucune décision écrite. Les avocats de Huang Qi n’ont pas pu venir de Pékin, car ils ont été prévenus tardivement. Huang Qi a immédiatement protesté et déclaré qu’il ferait appel. Le juge a demandé aux policiers du tribunal qui l’emmenaient de veiller à ce qu’il ne communique pas.

Huang Qi a été incarcéré en raison de son action auprès des familles de cinq écoliers du primaire morts dans l’effondrement de leurs écoles lors du tremblement de terre qui a secoué le Sichuan en mai 2008. Il avait tenté d’engager des poursuites contre les autorités locales.

Il a été condamné par le tribunal populaire du district de Wuhou, à Chengdu, dans la province du Sichuan.

« Le gouvernement chinois sanctionne une personne qui tente de venir en aide aux victimes du tremblement de terre du Sichuan. Huang Qi devrait être considéré comme un citoyen modèle, engagé en faveur de l’état de droit. Pourtant, il est désormais sous le coup de la législation chinoise relative aux secrets d’État, formulée en termes vagues, a indiqué Sam Zarifi, directeur du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International.

«  Il n’aurait jamais dû être détenu et doit être libéré immédiatement.

« La loi chinoise relative aux secrets d’État doit être révisée de toute urgence. Elle est couramment utilisée pour sanctionner de manière rétroactive des activités légales en faveur des droits humains et restreindre la liberté d’expression. »

Huang Qi a été arrêté par des policiers en civil le 10 juin 2008, alors qu’il dînait dans un restaurant. Il a été jugé à huis clos quatorze mois plus tard, en août 2009.

La procédure pénale engagée contre lui s’est avérée non conforme à la législation chinoise et aux normes internationales relatives aux droits humains.

En effet, il n’a pas été autorisé à recevoir la visite de sa famille ni à consulter un avocat pendant sa détention, au motif qu’il était question de « secrets d’État » dans cette affaire. Il a pu rencontrer son avocat Ding Xikui pour la première fois le 23 septembre 2008, après plus de cent jours de détention au secret.

Le 2 février 2009, le tribunal populaire du district de Wuhou, à Chengdu, n’a pas annoncé publiquement le calendrier de son procès, comme l’exige le Code chinois de procédure pénale.

Le 3 février, le tribunal, sous prétexte de protéger des « secrets d’État », a interdit à son avocat Ding Xikui de photocopier certains documents pour préparer la défense.

Durant le procès du 5 août, le tribunal a interdit que des témoins viennent déposer en faveur de Huang Qi, invoquant une nouvelle fois les « secrets d’État ».

Selon certaines informations, l’état de santé de Huang Qi se détériore rapidement.

Sa famille craint qu’il ne reçoive pas les soins médicaux dont il a besoin en détention. Selon son deuxième avocat, Mo Shaoping, un médecin du centre de détention a diagnostiqué deux tumeurs chez Huang Qi, la première à l’estomac et la seconde à a poitrine.

Amnesty International estime que Huang Qi a été traité de façon inhumaine durant sa détention, en étant notamment privé de sommeil et soumis à de longs interrogatoires aux mains des policiers.

Les autorités chinoises ont rejeté les requêtes successives présentées par la famille de Huang Qi afin qu’il soit libéré sous caution dans l’attente de son procès. Sa femme n’a pas été autorisée à lui rendre visite depuis son procès à huis clos le 5 août 2009.

Note

Huang Qi avait déjà été condamné à une peine de cinq ans d’emprisonnement en 2003 pour avoir hébergé sur son site un débat sur les protestations de la place Tiananmen en 2000.

Parmi les « preuves » retenues contre lui figurait un document d’Amnesty International sur la répression de Tiananmen qu’il avait publié sur son site Internet.

Huang Qi a été remis en liberté le 4 juin 2005. Il a ensuite poursuivi son travail en faveur des droits fondamentaux et continué à s’occuper de son site Internet. Il a de nouveau été arrêté le 10 juin 2008, semble-t-il pour avoir aidé des parents d’écoliers morts durant le séisme de 2008 dans le Sichuan à engager des poursuites contre les autorités locales.

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