CHINE : La plus ancienne prisonnière d’opinion du Tibet enfin liberée

Index AI : ASA 17/010/2004
ÉFAI

Vendredi 27 février 2004

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International a accueilli avec satisfaction ce jour (vendredi 27
février) la libération le 24 février 2004 de Phuntsog Nyidron, la plus
ancienne prisonnière politique tibétaine. L’organisation a cependant
rappellé qu’elle n’aurait jamais du être incarcérée en raison de ses
protestations pacifiques et elle a demandé une fois de plus au gouvernement
chinois de libérer tous les prisonniers d’opinion.

« Phuntsog Nyidron fait partie des nombreux prisonniers d’opinions
tibétains qui ont été libérés au cours de ces dernières années avant d’avoir
accompli la totalité de leur peine », a souligné Amnesty International. « 
C’est extrêmement encourageant pour tous ceux et celles qui ont mené une
campagne en sa faveur. »

Phuntsog Nyidron devait être libérée en mars 2005. La raison officielle de
sa libération anticipée n’est pas claire, mais les autorités chinoises
auraient dit qu’il s’agit d’un « geste humanitaire ». La Chine libère
fréquemment des prisonniers connus à l’approche d’événements politiques ou
diplomatiques. On suppose que le moment choisi pour sa libération est lié à
l’ouverture prochaine d’une session de la Commission des droits de l’homme
des Nations unies et au dialogue UE-Chine sur les droits humains qui se
tient actuellement à Dublin.

« Sa libération est certes une bonne nouvelle, mais le cynisme qui a présidé
au choix de la date traduit l’attitude de la Chine à l’égard des prisonniers
d’opinion », a déclaré Amnesty International.

Phuntsog Nyidron, une religieuse bouddhiste du canton de Phenpo à Lhassa, a
été rouée de coups à plusieurs occasions lors de son emprisonnement dans la
tristement célèbre prison de Drapchi à Lhassa. Son état de santé est donc un
sérieux sujet d’inquiétude. Une autre religieuse bouddhiste emprisonnée à la
même époque que Phuntsog Nyidron, Ngawang Sangdrol, a été libérée en
septembre 2002 pour « raison médicale », car elle avait été battue de la
même manière et torturée à Drapchi. Après sa libération, Ngawang Sangdrol a
milité ardemment pour Phuntsog Nyidron en faisant connaître son cas.

« Le gouvernement chinois doit admettre sa responsabilité en ce qui concerne
la santé et les conditions de vie des prisonniers en République populaire de
Chine », a déclaré Amnesty International. « Il est étonnant de constater que
la torture et les autres formes de mauvais traitements continuent et que les
personnes responsables ne sont l’objet d’aucune enquête et encore moins
d’une punition. »

Contexte

Phuntsog Nyidron est l’une des six religieuses bouddhistes qui ont organisé
une manifestation non violente en faveur de l’indépendance du Tibet au
centre de Lhassa en 1989. Elle a d’abord été condamnée à neuf ans de prison
lors d’un procès qui s’est déroulé en secret, mais en 1993 elle a été
condamnée à huit ans supplémentaires sous l’inculpation de « répandre de la
propagande contre-révolutionnaire » depuis sa cellule. Elle avait
enregistrée clandestinement avec 13 autres religieuses des chants prônant
l’indépendance du Tibet. Phuntsog Nyidron est la dernière de ces « nonnes
chantantes » à avoir été libérée.

Phuntsog Nyidron aurait été passée à tabac en mai 1998 pour avoir refusé de
chanter des chants prochinois lors d’une cérémonie de lever du drapeau à
Drapchi. Plusieurs autres prisonniers seraient morts après avoir été battu
en raison de leurs protestations lors de cette cérémonie. La peine totale
d’emprisonnement de dix-sept ans de Phuntsog Nyidron a été diminuée d’une
année en 2002 pour « manifestation de signes de repentir ».

On estime qu’il y a 145 prisonniers politiques tibétains dans les prisons
chinoises, dont environ 70 à Drapchi.

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