Cinquième Sommet des Amériques. Les droits humains ont été négligés

DÉCLARATION PUBLIQUE

Index AI : AMR 01/003/2009

Les dirigeants des Amériques n’ont pas pris conscience qu’il est nécessaire de placer les droits humains au centre de l’action visant à faire face aux nombreux grands défis se présentant à la région, tels que la pauvreté, la crise économique mondiale, la sécurité publique, les changements climatiques et la sécurité énergétique, a estimé Amnesty International lors de la clôture du cinquième Sommet des Amériques à Port of Spain (Trinité-et-Tobago).

« Alors que le monde est en proie à une tempête économique et que le vent nouveau du compromis souffle sur les relations entre le gouvernement des États-Unis, en la personne de Barack Obama, et les autres gouvernements des Amériques, ce Sommet offrait une occasion sans précédent de jeter les bases d’une vision forte pour les droits humains dans la région, a déclaré Alex Neve, responsable de la section canadienne anglophone d’Amnesty International, qui faisait partie de la délégation de l’organisation au Sommet. Au lieu de quoi, ces droits ont une nouvelle fois été relégués à l’arrière plan. »

La déclaration d’engagement de Port of Spain, adoptée sans vote à l’issue du Sommet le 19 avril, porte sur les trois principaux thèmes abordés lors du Sommet : prospérité humaine, sécurité énergétique et développement durable. Elle ne fixe cependant pas de critères clairs en matière de droits humains pour ce qui est des avancées dans ces domaines.

Amnesty International a encouragé les gouvernements de la région à s’engager à ce que toutes les mesures adoptées en réaction à la crise économique mondiale actuelle soient conformes à leurs obligations en matière de droits humains. Cependant, les dispositions de la déclaration concernant la responsabilité des gouvernements dans le domaine de la lutte contre la crise ne prennent pas du tout en considération les droits fondamentaux.

« Il faut que les gouvernements s’accordent explicitement sur le fait que leurs obligations relatives aux droits fondamentaux doivent guider les initiatives visant à résoudre la crise économique, a ajouté Alex Neve. Faute de quoi il existe un risque très important que la crise tout comme la réaction adoptée creusent les inégalités et débouchent sur des violations généralisées des droits des secteurs marginalisés de la société dans la région des Amériques. »

Amnesty International avait émis une série de recommandations afin de renforcer la version préliminaire de la déclaration du point de vue des droits humains. L’organisation est déçue que les améliorations suggérées n’aient pas été intégrées à la déclaration finale.

Elle était aussi vivement préoccupée par le fait que le processus suivi par le Sommet empêche des voix importantes d’être véritablement entendues, en particulier celles des peuples autochtones. Les participants au troisième sommet des responsables autochtones des Amériques ont été contraints de se réunir au Panama après que les organisateurs se furent entendu dire qu’il ne serait pas possible de trouver de lieu d’accueil pour ce rassemblement à Trinité-et-Tobago.

« Les atteintes graves portées aux droits des peuples autochtones font partie des problèmes se posant avec le plus d’acuité partout dans la région des Amériques, a précisé Alex Neve. Le renforcement de la protection de ces droits devrait donc en toute logique être l’un des sujets prioritaires à l’ordre du jour de chaque Sommet des Amériques. L’exclusion et la marginalisation des peuples autochtones lors de ce sommet étaient irrespectueuses et inacceptables », a poursuivi Alex Neve.

« Les gouvernements doivent reconnaître leurs torts et faire la preuve de leur détermination à améliorer les choses dans le domaine de la protection des droits des populations autochtones, en finalisant et en adoptant de toute urgence une déclaration forte sur les droits des peuples autochtones des Amériques. »

L’un des sujets ayant dominé le Sommet des Amériques a été Cuba, pays exclu des activités de l’Organisation des États américains (OEA) depuis quarante-sept ans. S’il n’est pas fait référence à Cuba dans la déclaration, de nombreux gouvernements et le secrétaire général de l’OEA se sont prononcés en faveur de sa réintégration au sein de cette dernière. De nombreux gouvernements ont également réclamé la levée de l’embargo commercial et économique que lui imposent les États-Unis. Amnesty International a quant à elle réaffirmé que cet embargo fait le lit de violations des droits humains et doit immédiatement être levé, et que le gouvernement cubain doit par ailleurs prendre des mesures afin d’améliorer son bilan en termes de protection de ces droits, notamment en relâchant tous les prisonniers d’opinion.

L’organisation se félicite que les participants aient évoqué la crise humanitaire et des droits fondamentaux perdurant en Haïti et se soient engagés à fournir des efforts soutenus pour aider ce pays. Ils ont convenu de se concentrer sur la situation d’Haïti lors de l’Assemblée générale prochaine de l’OEA, qui se tiendra au Honduras en juin.

Complément d’information

Plusieurs gouvernements, dont ceux de la Bolivie, du Honduras, du Nicaragua et du Venezuela ayant fait savoir qu’ils n’étaient pas prêts à signer la déclaration, les participants ont accepté qu’elle soit adoptée sans vote, et que Patrick Manning, le Premier ministre trinidadien, la signe au nom de tous les dirigeants présents. Les gouvernements ayant fait part de leur réticence estimaient que la déclaration ne proposait pas de solution satisfaisante à la crise économique que le monde connaît actuellement, et souhaitaient par ailleurs qu’y soient évoquées de manière explicite les questions de la réintégration de Cuba à l’OEA et de la levée de l’embargo américain contre ce pays.

Une délégation d’Amnesty International a participé au Cinquième sommet des Amériques, qui s’est tenu à Trinité-et-Tobago du 17 au 19 avril 2009. Elle a également pris part au Sommet des peuples des Amériques, un événement parallèle, dans le cadre duquel les mouvances sociales et de défense des droits humains, des syndicats, des organisations de défense des populations autochtones, des femmes et de l’environnement ont débattu des recommandations à adresser aux gouvernements. Cette délégation était composée d’Alex Neve, responsable de la section canadienne anglophone d’Amnesty International, d’Ivahanna Larrosa, directrice de la section uruguayenne, et de Stacy Shapiro, coordonnatrice Campagnes pour les Amériques.

Pour plus d’informations

Americas : A secure future built on human rights for all : Recommendations to states in advance of the Fifth Summit of the Americas
http://www.amnesty.org/fr/library/info/AMR01/001/2009/en

Cuba et le cinquième Sommet des Amériques http://www.amnesty.org/fr/library/info/AMR25/002/2009/fr

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