COLOMBIE : L’heure est venue de prendre les bonnes décisions en matière de droits humains

Index AI : AMR 23/082/02

Amnesty International a déclaré ce jour (mercredi 7 août 2002) que le nouveau président colombien, Álvaro Uribe Vélez, entré en fonctions aujourd’hui, devait faire de la protection des droits fondamentaux de tous les Colombiens une de ses priorités.

Dans une lettre adressée au nouveau président, l’organisation a exhorté celui-ci à élaborer et à mettre en œuvre une politique détaillée et cohérente en matière de droits humains, afin d’apporter des solutions à la situation de plus en plus critique que connaît la Colombie.

« Le nouveau mandat présidentiel débute alors que la situation en matière de droits humains en Colombie va s’aggravant et que des millions de Colombiens souffrent quotidiennement des conséquences de la violence politique et des atteintes aux droits fondamentaux perpétrées par les deux camps », a déclaré Amnesty International.

« L’alternative qui s’offre au nouveau président est simple : il peut adopter des mesures concrètes pour résoudre la crise des droits humains, ou continuer à mener une politique qui risque d’envenimer la situation », a ajouté l’organisation.

La communauté internationale et plusieurs organisations de défense des droits humains ont établi une liste des principales mesures que le gouvernement devrait adopter pour sortir de cette crise. Ces mesures, qui figurent dans les recommandations formulées à maintes reprises par les Nations unies, consistent à mettre un terme à l’impunité dont bénéficient les auteurs d’atteintes aux droits humains, à combattre les formations paramilitaires, à rompre les liens qui unissent ces groupes aux forces de sécurité et à protéger les défenseurs des droits humains et les autres membres vulnérables de la société civile.

« Nombre des mesures annoncées par M. Uribe semblent contraires à l’esprit de ces recommandations, et menacent réellement d’envenimer le conflit, de limiter la protection dont bénéficient les civils et de renforcer les mécanismes qui permettent aux auteurs d’atteintes aux droits fondamentaux de se soustraire à la justice », a indiqué Amnesty International.

Dans sa lettre, l’organisation de défense des droits humains a de nouveau fait état de l’inquiétude que lui inspirent certains des projets de M. Uribe. Le nouveau président a ainsi envisagé la création d’une milice civile d’un million d’informateurs, ce qui risquerait d’impliquer davantage encore la population civile dans le conflit et irait dans le sens de la stratégie consistant à faire collaborer organisations paramilitaires et forces armées. Il a également proposé d’attribuer aux forces armées des pouvoirs de police judiciaire et de les autoriser à procéder à des perquisitions et à des arrestations sans autorisation judiciaire, ce qui pourrait permettre de couvrir plus facilement les membres des forces armées (ou des formations paramilitaires qui leur sont alliées) qui commettent des atteintes aux droits humains. Enfin, il a prévu de rendre au président la possibilité de déclarer un état de siège, ce qui faciliterait les violations des droits humains ; en effet, le contrôle judiciaire et législatif serait alors supprimé et les autorités pourraient passer outre les garanties internationales relatives aux états d’exception.

« M. Uribe a déclaré que la Colombie avait besoin d’une "main ferme" pour résoudre le conflit, assurer la sécurité et faire face à une violence croissante. Or, ce dont ce pays a réellement besoin, c’est d’un pouvoir politique fermement résolu à protéger et à garantir les droits de tous », a indiqué Amnesty International.

« Les gouvernements colombiens qui se sont succédé n’ont jamais eu cette volonté politique, et ont sacrifié les droits humains au nom de la sécurité et des stratégies anti-insurrectionnelles. Il est temps que les autorités comprennent que la sécurité ne peut s’obtenir aux dépens des droits fondamentaux. L’heure est venue pour le nouveau président de prendre les bonnes décisions en matière de droits humains en Colombie », a conclu Amnesty International.

Pour obtenir des informations récentes sur la Colombie et pour lire le texte intégral de la lettre adressée au président Álvaro Uribe, veuillez consulter la page web suivante : http://web.amnesty.org/web/content.nsf/pages/gbr_colombia

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