COLOMBIE : Le renforcement de l’aide militaire américaine pourrait alimenter la crise relative aux droits humains

Index AI : AMR 23/079/02

La décision du Sénat des États-Unis de lever les restrictions qui empêchaient jusqu’à présent toute utilisation de l’aide militaire américaine dans la guerre contre les groupes d’opposition armés en Colombie pourrait encore aggraver la crise des droits humains déjà grandissante dans le pays, a déclaré aujourd’hui (vendredi 26 juillet 2002) Amnesty International.

L’organisation a souligné que les forces armées colombiennes continuaient de mener – par le biais de leur collusion persistante avec les forces paramilitaires – une stratégie anti-insurrectionnelle caractérisée par des violations systématiques et généralisées des droits fondamentaux, et a mis en garde contre tout allégement des conditions relatives aux droits humains appliquées à l’aide militaire.

« L’augmentation et le renforcement de l’engagement des États-Unis dans le conflit en Colombie sans que le gouvernement n’ait donné aucune preuve d’amélioration de sa politique en matière de droits humains risqueraient d’aggraver la situation déjà dramatique dans ce domaine », a affirmé Amnesty International.

Plus tôt dans l’année, l’organisation avait critiqué la décision du gouvernement américain de débloquer une partie de son aide militaire au motif que la situation des droits humains s’était améliorée et que les autorités colombiennes prenaient des mesures pour affronter la crise dans ce domaine.
« Nous n’avons constaté aucune action décisive pour rompre les liens entre les forces de sécurité et les groupes paramilitaires, ni pour combattre et démanteler ces groupes », a déclaré Amnesty International, en ajoutant que l’incapacité de l’armée colombienne à lutter contre les forces paramilitaires n’était pas due à un manque de moyens militaires – comme l’ont affirmé certains commandants colombiens – mais à un manque de volonté politique.

« Nous en voulons pour preuve le fait que l’emplacement des bases paramilitaires soit souvent connu des forces de sécurité et que ces bases soient souvent situées aux environs immédiats de bases militaires ; le fait que les unités militaires continuent de mener des opérations en coordination avec des groupes paramilitaires ; et le fait que les membres des groupes paramilitaires soient protégés des arrestations et des poursuites judiciaires en raison du soutien que les forces de sécurité continuent de leur apporter », a précisé l’organisation de défense des droits humains.

« En outre, a-t-elle ajouté, l’ouverture d’informations judiciaires à l’encontre de hauts responsables impliqués dans de graves violations des droits humains commises en coordination avec des groupes paramilitaires a été délibérément entravée ».

Étant donné les liens qui persistent entre les forces de sécurité colombiennes et les groupes paramilitaires, Amnesty International a exprimé sa perplexité face au projet d’utilisation de fonds américains pour créer une unité spéciale des forces de sécurité chargée d’arrêter les dirigeants paramilitaires.

« Les États-Unis financeraient une unité militaire colombienne chargée de poursuivre les dirigeants des groupes paramilitaires alors même que l’armée colombienne continue de cautionner et de soutenir les activités de ces groupes, qui font partie intégrante de sa stratégie. Il s’agit là sinon d’un cynique artifice, du moins d’une politique vouée à l’échec », a déclaré l’organisation.

« Si le gouvernement des États-Unis attachait une réelle importance aux préoccupations relatives aux droits humains, il insisterait pour que le gouvernement colombien applique pleinement les recommandations des Nations unies, à savoir qu’il mette fin à l’impunité pour les auteurs d’atteintes aux droits humains, qu’il combatte et démantèle les groupes paramilitaires soutenus par l’armée, et qu’il assure la sécurité des défenseurs des droits humains et des autres catégories vulnérables de la population civile », a poursuivi Amnesty International.

« Sans de véritables mesures pour que des enquêtes et des poursuites soient engagées à l’encontre des membres des forces armées qui soutiennent et coordonnent les groupes paramilitaires, toute unité créée pour lutter contre ces groupes ne pourra qu’échouer dans sa mission », a précisé l’organisation.

« Le gouvernement des États-Unis devrait veiller à ce que sa politique à l’égard de la Colombie contribue à résoudre la crise relative aux droits humains plutôt que de risquer de l’alimenter », a conclu Amnesty International.

Complément d’information
La Chambre des représentants et le Sénat des États-Unis ont tous deux adopté la version finale du projet de loi de finance supplémentaire exceptionnel, qui contient, entre autres, des dispositions levant les restrictions à l’utilisation de l’aide américaine dans la lutte contre le trafic de stupéfiants. Les nouvelles dispositions prévoient « une campagne unifiée » contre le trafic de stupéfiants et « contre les activités des organisations désignées comme terroristes », ainsi que « des actions destinées à protéger la santé et le bien-être de la population dans les situations d’urgence », telles que des opérations de secours. Cette loi étant passée devant les deux chambres, elle est maintenant transmise au président pour signature.

Pour tout complément d’information sur la Colombie, veuillez consulter la page web suivante :
http://web.amnesty.org/web/content.nsf/pages/gbr_colombia

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