COLOMBIE - Les défenseurs des droits humains méprisés par toutes les parties au conflit

L’action des défenseurs des droits humains doit être respectée par toutes les parties au conflit, a déclaré Amnesty International ce mardi 5 avril, en réaction à l’enlèvement de cinq militants des droits humains travaillant avec les communautés afro-colombiennes du Jiguiamiandó et du Curvaradó, dans le département de Chocó.

Les militants, membres de l’organisation non-gouvernementale Comisión Intereclesial de Justicia y Paz (Commission Justice et Paix), auraient été enlevés dans leurs villages de Pueblo Nuevo et Bella Flor Remacho, dans le bassin du Jiguiamiandó, dans le département de Chocó, le 31 mars par des hommes armés. Les hommes se seraient présentés comme étant des membres du groupe de guérilla Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (FARC, Forces armées révolutionnaires de Colombie).

Amnesty International demande aux FARC de déclarer publiquement si les cinq militants de droits humains ont été enlevés par leurs forces. Si tel est le cas, tous les cinq doivent être immédiatement remis en liberté, conformément aux obligations incombant aux forces de la guérilla, au titre du droit international humanitaire, de mettre un terme à leur pratique d’enlèvements et de prises d’otages.

Les communautés des régions du Jiguiamiandó et du Curvaradó ont tenté de faire valoir leur droit, en tant que populations civiles, à n’être pas entraînées dans le conflit, insistant pour que les groupes armés restent en dehors de leurs zones d’habitation qu’ils ont re-baptisées « zones humanitaires de refuge ».

Au cours de ces dernières années, en dépit d’une forte présence des forces de sécurité dans la région, les membres de ces communautés ont eu à faire face à des menaces répétées de mort et ont été victimes d’atteintes aux droits humains perpétrées par les forces de la guérilla et les membres des groupes armés paramilitaires dans cette région.

Les enlèvements se sont produits quelques jours après que Justice et Paix eut reçu une menace de mort par écrit, accusant les membres de l’organisation de soutenir la guérilla ; quelques jours auparavant, de hauts responsables du gouvernement avaient posé ouvertement la question de la légitimité de la position adoptée par ces communautés civiles pour se maintenir à l’écart du conflit.

Des membres de la 17ème brigade de l’armée colombienne, compétente pour toutes les affaires concernant la zone où vivent ces communautés, auraient également accusé des militants de Justice et paix de collaboration avec les groupes de la guérilla. En février 2005, Amnesty International avait reçu des informations selon lesquelles des paramilitaires avaient pénétré sur le territoire du Jiguiamiandó, établissant un campement provisoire face à la communauté de Pueblo Nuevo. Le 26 mars, selon des témoins, quatre camions transportant des paramilitaires soutenus par l’armée auraient quitté la municipalité de Belén de Bajirá en direction du bassin du Jiguiamiandó. L’itinéraire emprunté aurait conduit les paramilitaires à passer devant un poste de la 17ème brigade de l’armée établi depuis longtemps. Les soldats se seraient retirés de ce poste peu avant le passage des paramilitaires.

« Le sort de ces cinq militants nous inquiète. Que des groupes de la guérilla ou des paramilitaires soient à l’origine de leur enlèvement, les autorités colombiennes doivent prendre des mesures concrètes, bénéficiant de l’aval de l’organisation Justice et Paix et des communautés du Jiguiamiandó et du Curvaradó, pour s’assurer que tous les cinq seront remis en liberté sains et saufs. Les actions entreprises ne devront pas mettre la sécurité des cinq défenseurs des droits humains en danger. »

Le gouvernement colombien doit consulter les communautés sur les actions à prendre pour garantir leur sécurité, conformément à la résolution de la Cour interaméricaine des droits de l’homme de l’Organisation des États américains (OEA) qui a également appelé les autorités colombiennes à prendre des mesures spéciales de protection des « zones humanitaires de refuge » du Jiguiamiandó et du Curvaradó et à reconnaître la population de ces communautés comme « personnes civiles non impliquées dans le conflit armé » (« civiles ajenos al conflicto armado interno »).

Le 2 avril, une délégation comprenant des représentants d’organisations non-gouvernementales de défense des droits humains, un représentant du bureau du vice-président de Colombie et du bureau du médiateur pour les droits humains, s’est rendue dans la région afin d’obtenir des éclaircissements sur le sort des cinq militants enlevés.


Complément d’information

Enrique Chimonja, Edwin Mosquera, Johana López, Mónica Suárez et Fabio Ariza sont des militants des droits humains travaillant pour l’organisation Comisión Intereclesial de Justicia y Paz (Commission Justice et Paix), aux côtés des communautés afro-colombiennes vivant dans les bassins du Jiguiamiandó et du Curvaradó.

Les enlèvements se sont produits quelques jours après l’intervention de Justice et Paix, lors de l’audience de mars 2005 de la Cour interaméricaine des droits de l’homme de l’Organisation des États américains (OEA), pour demander que soit garantie la sécurité des communautés du Jiguiamiandó et du Curvaradó. L’organisation avait déposé plainte pour protester contre le fait que les communautés indigènes, afro-colombiennes et paysannes des communautés du Jiguiamiandó et du Curvaradó, dans le département de Chocó, se voyaient chassées de leurs terres en raison des actions de l’armée et des paramilitaires.

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