COLOMBIE : Les droits humains sérieusement affaiblis alors que le transfert envisagé de pouvoirs de police judiciaire aux militaires se précise

Index AI : AMR 23/038/2003

Mardi 20 mai 2003

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International a exprimé sa consternation après le vote, ce mardi 20
mai 2003 à la Chambre des Représentants de Colombie (Chambre basse du
Congrès), en faveur d’une proposition visant à réformer la Constitution en
vue d’accorder aux forces armées des pouvoirs de police judiciaire. Ce vote
était le second des huit scrutins nécessaires pour que cette proposition
devienne loi.

« Cette mesure aura un impact désastreux sur les droits humains. Elle
autorisera les forces armées à mener des opérations de commando, à pratiquer
des écoutes téléphoniques et à opérer des arrestations sans autorité
judiciaire sur la base d’accusations militaires plutôt qu’en se fondant sur
des preuves assemblées au cours d’une enquête judiciaire indépendante et
impartiale faite par des autorités civiles », a déclaré Amnesty
International ce mardi.

Dans une lettre au Congrès datée du 12 mai et rendue publique aujourd’hui,
Amnesty International a demandé aux membres de la législature colombienne de
rejeter le projet de loi, soulignant que « le Congrès a un rôle capital à
jouer dans le maintien du système constitutionnel de la Colombie. Si le
Congrès approuvait la remise de pouvoirs de police judiciaire aux
militaires, l’un des éléments-clés de la protection des droits humains en
Colombie serait gravement compromis. »

Si des pouvoirs de police judiciaire leur étaient accordés, les forces
armées pourraient se livrer sans retenue à leur campagne systématique et
générale de harcèlement et d’intimidation des défenseurs des droits humains
et des autres organisations dénonçant les atteintes aux droits humains
perpétrées par toutes les parties à ce conflit qui s’éternise et par les
forces de sécurité. Il s’agit là d’une tentative très claire pour intimider,
faire taire et discréditer ces organisations en ouvrant la voie à de
violentes attaques des paramilitaires à leur encontre.

« De nombreuses opérations de commando et arrestations ont coïncidé ces
derniers mois avec des attaques et des menaces de mort proférées par des
paramilitaires. Il semble que cela soit partie d’une stratégie coordonnée
entre les militaires et les paramilitaires pour faire taire le mouvement de
défense des droits humains, a déclaré Amnesty International.

« Si cette proposition de loi passait, elle constituerait un manquement aux
obligations internationales de l’État d’enquêter de façon indépendante et
impartiale sur les atteintes aux droits humains impliquant des personnels
militaires, de garantir le droit à un procès équitable avec toutes les
garanties légales devant un tribunal indépendant et impartial et de veiller
à l’existence et à l’efficacité d’un pouvoir judiciaire indépendant et
impartial.

« Il est d’une importance cruciale que ces obligations soient respectées si
l’on veut parvenir à résoudre la crise des droits humains en Colombie », a
déclaré l’organisation.

La proposition visant à accorder des pouvoirs de police judiciaire aux
forces armées vient en complément du décret n°128, promulgué en janvier
2003. Ce décret ouvre la voie à une amnistie pour les paramilitaires et les
membres des guérillas qui se seraient rendus coupables de graves atteintes
aux droits humains. Cela empêchera toute tentative d’enquête et toute
comparution devant la justice des auteurs d’atteintes aux droits humains
fondamentaux.

Complément d’information

La proposition examinée par le Congrès est le dernier effort en date des
administrations successives pour conférer aux forces de sécurité des
pouvoirs qui violent l’esprit des traités internationaux en matière de
droits humains que la Colombie a signés, comme le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques et la Convention américaine relative
aux droits de l’homme, ainsi que les nombreuses recommandations de la
Commission des Nations unies pour les droits de l’homme et de la Commission
interaméricaine des droits de l’homme de l’Organisation des États
américains.

Les efforts faits pour conférer des pouvoirs de police judiciaire aux
militaires ont été à de nombreuses reprises déclarées inconstitutionnels par
la Cour constitutionnelle. Les tentatives du président d’alors Andrés
Pastrana pour conférer de tels pouvoirs aux forces armées, dont une mesure
incluse dans la défunte Loi sur la sécurité nationale et la défense, ont été
déclarées inconstitutionnelles le 11 avril 2002. Dans une décision rendue
publique le 25 novembre 2002, la Cour a également rejeté des mesures
similaires contenues dans le décret 2002, promulgué par le gouvernement du
président Álvaro Uribe Vélez le 9 septembre 2002.

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