Communiqué de presse

Colombie. Les négociations de paix n’ont pas mis fin aux violations des droits humains avant l’évaluation menée par l’ONU

Le gouvernement colombien n’a toujours pas agi face à la situation critique des droits humains en Colombie, a déclaré Amnesty International mardi 25 mars, avant l’évaluation annuelle de ce pays par la haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations unies.

Bien que des négociations de paix se déroulent actuellement à La Havane entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), principal groupe de guérilla du pays, les violations des droits humains continuent sans répit.

Mercredi 26 mars, la haut-commissaire Navi Pillay présentera au Conseil des droits de l’homme des Nations unies son évaluation annuelle de la situation en Colombie.

« Ces négociations de paix représentent la meilleure chance de ces dix dernières années de mettre un terme à ce conflit armé qui dure depuis cinquante ans. Les parties au conflit continuent cependant à se rendre coupables de violations des droits humains d’une gravité affligeante. Celles-ci incluent des déplacements forcés, des exécutions extrajudiciaires, des enlèvements et des disparitions forcées », a déclaré Marcelo Pollack, spécialiste de la Colombie à Amnesty International.

« La situation actuelle est intenable. Alors que Navi Pillay s’apprête à présenter les conclusions de son évaluation, le gouvernement et les autres parties impliquées dans le conflit vont devoir s’engager fermement à en finir avec la culture de violence et d’impunité omniprésente dans le pays. »

Les chiffres relatifs aux violations des droits humains sont effrayants. Quelque 70 défenseurs des droits humains ont été tués en 2013, notamment des dirigeants autochtones et afro-colombiens, ainsi qu’au moins 27 syndicalistes. Plus de cinq millions de personnes ont fui leur domicile en raison du conflit.

Amnesty International demande également au gouvernement de respecter le rôle qu’a joué le Haut-commissariat aux droits de l’homme des Nations unies dans le pays, et de reconduire son mandat dans son intégralité pour au moins trois années supplémentaires, au lieu de seulement une, comme il l’a fait en juillet dernier.

« Les conséquences sur les droits humains de tout accord de paix restant incertaines, il est plus important que jamais que le rôle d’observation joué par le Haut-Commissariat soit maintenu », a déclaré Marcelo Pollack.

Amnesty International fera une déclaration devant le Conseil des droits de l’homme dans le cadre des discussions sur l’évaluation réalisée par la haut-commissaire. Les principaux motifs de préoccupation sont :

L’échec de la dissolution des groupes paramilitaires
La plupart des groupes paramilitaires n’ont dans les faits pas été dissous, malgré leur démobilisation supposée dans le cadre d’un processus initié en 2005 et placé sous l’égide du gouvernement. Ils restent responsables de nombreuses violations des droits humains, agissant souvent avec la complicité de membres des forces de sécurité.

« Le gouvernement colombien doit une fois pour toutes dissoudre les groupes paramilitaires, et rompre tous les liens existant entre ceux-ci et les forces de sécurité. Tous les auteurs présumés d’atteintes aux droits humains doivent être traduits en justice devant des tribunaux civils », a déclaré Marcelo Pollack.

Les exécutions extrajudiciaires et les failles de la justice militaire
Si les exécutions extrajudiciaires attribuées aux forces de sécurité sont beaucoup moins nombreuses que les années précédentes, elles continuent cependant à être signalées. Les enquêtes sur ces homicides n’avancent guère, et de nombreux cas sont confiés à la justice militaire.

Le gouvernement colombien continue à vouloir soutenir des mesures législatives, telles que la réforme du système de justice militaire et le soi-disant « Cadre légal pour la paix », ce qui renforcera l’impunité déjà choquante en ce qui concerne les atteintes aux droits humains perpétrées non seulement par les forces de sécurité, mais également par les groupes de guérilla et les groupes paramilitaires.

« Le respect des droits humains et la volonté de mettre fin à l’impunité doivent rester au cœur des négociations à La Havane. Le respect du droit des victimes à la vérité, à la justice et aux réparations est une condition sine qua non de tout processus de paix réussi et ne doit pas être oublié lors des négociations », a déclaré Marcelo Pollack.

Non-respect par les groupes de guérilla des droits des civils
Les groupes de guérilla sont eux aussi responsables de graves violations des droits humains, notamment d’homicides illégaux, de prises d’otages, de l’utilisation de mines antipersonnel, du recrutement d’enfants soldats et de déplacements forcés.

« Si les groupes de guérilla entendent prouver au peuple colombien qu’ils veulent réellement la paix, ils doivent d’abord démontrer par des actes concrets qu’ils respectent les droits humains et le droit international humanitaire », a déclaré Marcelo Pollack.

Restitutions de terres et violences

Amnesty International craint tout particulièrement pour la sécurité des personnes souhaitant retourner sur leurs terres dans le cadre du programme gouvernemental de restitution.

Malgré de graves lacunes, la Loi de 2011 relative aux victimes et à la restitution de terres pourrait tout de même avoir un impact positif sur la vie de nombreuses victimes. Mais le fait que les autorités ne garantissent pas la sécurité de ceux qui demandent la restitution de leurs terres signifie que très peu d’entre eux ont osé rentrer chez eux.

« Le gouvernement doit mettre un coup d’arrêt aux réactions violentes des occupants de ces terres acquises illégalement contre les personnes demandant la restitution de celles-ci, et il doit le faire le plus vite possible. Autrement, son engagement en faveur de la restitution de ces terres aux victimes du conflit pourrait sonner comme une promesse creuse », a déclaré Marcelo Pollack.

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