CONFÉRENCE SPÉCIALE HÉMISPHÉRIQUE SUR LA SÉCURITÉ : Il ne peut y avoir de véritable sécurité sans respect des droits humains

Index AI : IOR 30/009/2003
ÉFAI

Jeudi 23 octobre 2003

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International, en association avec la Coalition internationale
d’organisations non gouvernementales de défense des droits humains
d’Amérique, lance un appel aux États américains participant à la Conférence
spéciale hémisphérique sur la sécurité, qui se tient au Mexique les 27 et 28
octobre, pour qu’ils s’engagent à respecter les normes du droit
international et le principe de l’état de droit dans toutes les questions
concernant la défense, la sécurité intérieure et le traitement des problèmes
relatifs aux libertés et aux droits fondamentaux des personnes.

« Les États américains ne doivent pas oublier que la raison d’être de la
sécurité est de garantir la pleine jouissance de tous les droits
fondamentaux », a déclaré Amnesty International.

L’organisation de défense des droits humains attend des participants à la
Conférence qu’ils assument pleinement la notion de sécurité humaine,
porteuse de la réalisation potentielle des droits civils, politiques,
économiques, sociaux et culturels de tous et de toutes.

« On a malheureusement tendance à oublier que la sécurité d’un État ne sera
jamais assurée tant que celle de ses citoyens ne sera pas garantie », a
souligné Amnesty International.

Les conflits sociaux qui menacent la sécurité non seulement des
gouvernements, mais également de la société dans son ensemble, sont
généralement précédés de graves violations des droits humains, voire d’un
déni de ces droits. Les événements survenus récemment en Bolivie en sont un
exemple.

« Il faut éviter de tomber dans la dangereuse vision simpliste et
réductrice, qui consiste à considérer que tout problème social d’ampleur
constitue un problème de sécurité et nécessite donc prioritairement
l’intervention des forces armées ou de la police, a déclaré Amnesty
International. Les droits humains ont souvent été foulés aux pieds par les
gouvernements de la région, au nom de la sécurité nationale ou de l’ordre
public. Il suffit de voir ce qui se passe actuellement dans les camps de
détention de Guantánamo, dans les favelas de São Paolo ou sur les différents
théâtres du conflit colombien. »

Cette vision restrictive de la sécurité est invoquée pour restreindre le
champ de la protection des normes internationales, voire pour remettre en
cause la pertinence de cette protection en situation de crise. Dans une
telle conjoncture, la défense des droits humains dans la région devient une
tâche chaque jour plus périlleuse, les militants et les militantes étant
accusés de défendre des « terroristes » et des criminels ou étant même
présentés comme constituant eux-mêmes une menace pour la sûreté de l’État.

« Les forces militaires et de police doivent s’en tenir, respectivement, aux
objectifs de défense extérieure et à la prévention et à la répression des
infractions au niveau intérieur, en restant toujours subordonnées aux
autorités civiles légitimement constituées », a rappelé Amnesty
International.

De même, les États doivent œuvrer pour un renforcement effectif de la
réglementation du commerce et du contrôle des armes, par l’élaboration de
lois et de politiques nationales, ainsi que d’instruments internationaux, et
en respectant le droit international relatif aux droits humains, au droit
humanitaire et au droit des réfugiés.

Dans un souci de respect des normes internationales relatives aux droits
humains, les États doivent accorder la priorité au renforcement du rôle joué
au plan régional par l’Organisation panaméricaine de la santé, la Commission
interaméricaine des femmes, l’Agence interaméricaine pour la coopération et
le développement, l’Institut interaméricain de l’enfant et les Commission et
Cour interaméricaines des droits de l’homme, dont les recommandations et
décisions visent à assurer le respect concret des droits fondamentaux de la
personne humaine, y compris les droits économiques, sociaux et culturels.

« Les États américains doivent faire preuve d’une réelle volonté politique
de bâtir ensemble une véritable sécurité de l’hémisphère, en sollicitant les
avis et l’attention critique des diverses composantes de la société civile
et en renforçant le rôle des organismes de promotion et de surveillance des
droits humains en Amérique », a affirmé Amnesty International en conclusion.

Informations générales
Une Conférence spéciale sur la sécurité aura lieu les 27 et 28 octobre à
Mexico. Y participeront tous les pays membres de l’Organisation des États
américains (OEA). Cet événement s’inscrit notamment dans la ligne de la « 
Déclaration de Bridgetown », approuvée lors de l’Assemblée générale de l’OEA
qui a eu lieu en 2002 à la Barbade et qui propose de développer le concept
de sécurité selon plusieurs axes, couvrant non seulement les aspects
classiques généralement associés à cette problématique, mais également ses
dimensions économiques, sociales, sanitaires et environnementales.