Conseil des droits de l’homme. Une réaction timorée, mais des mesures sont enfin prises pour attirer une attention soutenue sur les violations des droits humains au Darfour

Déclaration publique

Index AI : IOR 41/030/2006 (Public)
Bulletin n° : 322
ÉFAI
13 décembre 2006

Dans une résolution caractérisée par une sous-évaluation flagrante de la gravité de la situation des droits humains au Darfour, le Conseil des droits de l’homme a enfin indiqué qu’il récusait les demi-vérités et mensonges éhontés du gouvernement soudanais. La résolution adoptée ce mercredi 13 décembre, lors de la quatrième session spéciale du Conseil, correspond à un rejet longtemps attendu des tentatives soudanaises pour politiser l’analyse du Conseil concernant les violations épouvantables des droits humains au Darfour.

Le Conseil a créé une mission de haut niveau comprenant cinq personnes hautement qualifiées, que doit désigner le président du Conseil, pour évaluer la situation des droits humains et faire son rapport au Conseil lors de sa quatrième session régulière, du 12 mars au 6 avril 2007. Amnesty International salue la création de cette mission, mais regrette qu’elle ne remette pas son rapport plus tôt au Conseil, comme l’exigence l’urgence de la situation au Darfour. En choisissant les personnes hautement qualifiées, le président doit inclure des experts qualifiés dans le domaine des droits humains, notamment les procédures spéciales du Conseil. La mission doit pouvoir se déplacer librement et disposer d’un accès réel aux personnes et aux documents, sans les restrictions imposées par le gouvernement ou d’autres parties du conflit.

Il existe déjà des éléments manifestes et indiscutables attestant de liens étroits et actifs entre les forces armées soudanaises et les milices janjawids pour les homicides, viols et pillages qui traumatisent la population civile du Darfour depuis 2003. Notre organisation compte sur cette mission pour tirer parti de ces nombreux éléments et élaborer des recommandations pour protéger efficacement la population civile du Darfour. Amnesty International estime que cette mission a le potentiel de fournir au Conseil des droits de l’homme une base solide pour dénoncer le refus du gouvernement soudanais d’accepter sa responsabilité de protéger les civils au Darfour.

L’adoption de ce texte représente une avancée essentielle du Conseil, même tardive et timide, pour donner l’attention soutenue qu’elle mérite à la grave crise des droits humains au Darfour. Ce texte donnera au Conseil des droits de l’homme une base sur laquelle demander des comptes au gouvernement soudanais pour les crimes commis contre les civils au Darfour.

Contexte

Le gouvernement du Soudan affirme que la situation des droits humains s’améliore au Darfour. C’est faux. Comme le rappelle Amnesty International dans sa déclaration à la session spéciale, la situation des droits humains ne s’est pas améliorée au Darfour depuis la signature de l’accord de paix du Darfour, malgré les affirmations contraires du gouvernement soudanais. Les personnes travaillant pour les droits humains et l’humanitaire au Darfour ont signalé de nouveaux cas de torture, de viol et d’autres violences, la plupart commises par les Janjawids, mais souvent avec le soutien des forces armées soudanaises. Le gouvernement et les Janjawids continuent à tuer des civils, et des dizaines de milliers de personnes ont été déplacées depuis la signature de l’accord de paix. Des femmes et des fillettes risquent d’être frappées, torturées ou violées quand elles vont chercher de l’eau et du bois pour le feu ; les violeurs se soucient peu que leur victime soit âgée de huit ou quatre-vingts ans. Plus de deux millions d’habitants du Darfour ont perdu leur domicile et leur terre depuis le début du conflit ; même lorsqu’ils ont cherché la sûreté et la sécurité dans des camps pour personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, ils restent en danger. De nombreuses autres personnes ont fui plus loin, dans des camps de réfugiés au Tchad, qui compte plus de 230 000 réfugiés.

Avant tout, la population du Darfour a besoin d’être protégée, ce que le gouvernement du Soudan a totalement refusé de faire. La Mission de l’Union africaine au Soudan (AMIS) n’a pas été capable de protéger la population. Il faut, d’urgence, une présence de maintien de la paix plus efficace au Darfour.
Le gouvernement soudanais nie sa complicité d’atteintes aux droits humains, malgré des éléments manifestes et indiscutables attestant des liens étroits et actifs entre ses forces armées et les Janjawids. La Commission d’enquête internationale sur le Darfour, établie par le Conseil de sécurité des Nations unies, a déjà signalé en janvier 2005 qu’il existait des liens indiscutables entre le gouvernement et les Janjawids ; le Haut commissaire pour les droits de l’homme, le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Soudan, Amnesty International et d’autres organisations continuent de signaler des faits similaires. (Amnesty International a résumé certaines de ces conclusions dans son document, Le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Quatrième session spéciale. Aucun doute n’est permis : le Soudan utilise et soutient les Janjawids au Darfour. Index AI : IOR 41/028/2006, du 8 décembre 2006).
L’aggravation de la situation au Darfour fait désormais tache d’huile sur la République centrafricaine et le Tchad voisins. Au Tchad, des centaines de personnes ont été tuées, des dizaines de femmes violées, et au moins 90 000 habitants ont fui leurs villages lors d’attaques transfrontalières des Janjawids et leurs alliés. Si ces attaques persistantes ne suscitent aucune réaction, c’est la région tout entière qui risque de sombrer dans le conflit.

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