Communiqué de presse

Corée du Sud. Les autorités brisent des vies en emprisonnant des objecteurs de conscience

Un nouveau rapport critique l’absence de service civil de remplacement

Les autorités sud-coréennes doivent mettre fin à l’emprisonnement inutile de centaines de jeunes hommes opposés au service militaire pour des raisons de conscience, indique Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public mercredi 13 mai.

Intitulé Sentenced to Life, ce document expose en détails les terribles conséquences auxquelles sont confrontés les hommes sud-coréens emprisonnés pour avoir refusé d’effectuer leur service militaire parce qu’ils ne voulaient pas porter les armes.

Traités comme des délinquants et des parias, beaucoup subissent des préjudices économiques et sociaux qui durent bien au-delà de leur peine de prison généralement fixée à 18 mois.

« Le fait que le gouvernement sud-coréen condamne de jeunes hommes innocents comme des délinquants constitue un scandale et une violation de leurs droits », a déclaré Hiroka Shoji, spécialiste de l’Asie de l’Est à Amnesty International.

« L’emprisonnement des objecteurs de conscience ne rend pas la Corée du Sud plus sûre ; il ne fait que stigmatiser et détruire les aspirations de jeunes hommes qui avaient un brillant avenir. »

La Corée du Sud emprisonne plus de personnes pour objection de conscience au service militaire que tous les autres pays du monde réunis. Au moins 600 hommes, la plupart âgés de 20 à 24 ans, y sont actuellement incarcérés à ce titre. La majorité d’entre eux refusent le service militaire pour des motifs religieux ou pacifistes.

« Le gouvernement manque à ses obligations envers ces jeunes hommes, leurs familles et la société. Il existe de véritables solutions de remplacement au service militaire que les autorités peuvent et doivent proposer », a déclaré Hiroka Shoji.

« Ces hommes sont des prisonniers d’opinion et doivent par conséquent être libérés immédiatement et sans condition. »

Peines de prison et amendes

Dans un climat de tension accrue entre la Corée du Sud et la Corée du Nord, le service militaire demeure obligatoire pour les hommes sud-coréens, dont la plupart sont appelés sous les drapeaux peu après leur vingtième anniversaire. La durée du service actif varie de 21 à 24 mois et, une fois qu’ils l’ont achevé, les conscrits doivent servir dans l’armée de réserve pendant huit ans, dans la limite de 160 heures par an.

Le gouvernement soutient que la mise en place d’un service de remplacement pour les objecteurs de conscience mettrait en péril la sécurité nationale et nuirait à la cohésion sociale – deux arguments rejetés à plusieurs reprises par des organes des Nations unies.

Les hommes qui refusent d’effectuer leur service militaire actif encourent trois ans d’emprisonnement. Ceux qui refusent de servir dans l’armée de réserve s’exposent à de lourdes amendes.

Kim Jung-sik, 38 ans, risquait environ 35 000 euros d’amende au total après avoir refusé d’être intégré dans l’armée de réserve pendant cinq ans. Il a finalement été condamné à l’équivalent de 10 000 euros d’amende, 240 heures de travail social et une peine de quatre mois de prison assortie d’un sursis pendant un an.

Né hors-la-loi

La plupart de ces jeunes hommes sont membres des Témoins de Jéhovah, un groupe chrétien opposé au service militaire, et savent longtemps avant leur service qu’ils risquent de finir en prison à cause de leurs convictions religieuses.

L’un d’eux a déclaré à Amnesty International : « C’est comme si j’étais né hors-la-loi. Toute ma vie, je me suis senti emprisonné car je savais que j’irais en prison. »

Hostilité et épreuves

Pour beaucoup, les peines de prison et les amendes punitives ne sont que le début de leur calvaire. Le service militaire est vu par la société comme un « devoir patriotique » en raison de la situation sécuritaire dans la péninsule coréenne. Les hommes qui n’accomplissent pas ce devoir sont souvent considérés comme des traîtres.

Dans un contexte économique de plus en plus difficile pour les jeunes demandeurs d’emploi, les objecteurs de conscience sont doublement punis car ils se voient fréquemment refuser des emplois à cause de leur casier judiciaire.

De nombreux organismes liés au gouvernement n’embauchent pas d’objecteurs de conscience étant donné qu’ils ont un casier judiciaire, et les grandes sociétés privées demandent généralement aux candidats de fournir des informations sur leur service militaire pendant le processus de recrutement.

Song In-ho, âgé de 25 ans et diplômé d’une université, attend son procès pour objection au service militaire. Il a parlé à Amnesty International de ses difficultés : « Je n’ai pas pu trouver d’emploi ; la discrimination et les préjugés sont si forts. » Il fait actuellement un travail d’homme de ménage pour joindre les deux bouts.

Choi Jung-won s’est retrouvé sans emploi ni revenu stable à cause de ses comparutions répétées au tribunal pour avoir refusé de servir dans l’armée de réserve. Un autre objecteur de conscience diplômé d’une université, Son Incheol, 29 ans, n’a pas pu réaliser son rêve de devenir pilote en raison de son casier judiciaire.

Les familles sont souvent déchirées par la criminalisation de leurs fils et de leurs frères. Le gouvernement français a accordé le statut de réfugié à un demandeur sud-coréen de 24 ans, Lee Yeda, qui a fui son pays en juillet 2012 afin d’échapper aux conséquences d’une condamnation pénale pour objection de conscience. Il vit aujourd’hui séparé de sa famille et de ses amis.

Une chance de servir

L’absence de véritable service civil de remplacement prive en outre ces jeunes Sud-Coréens de la chance de servir leur pays.

« Je suis prêt à me mettre au service du pays, a déclaré Lee Cherin, 24 ans, à Amnesty International. J’aimerais que les autres comprennent que la raison pour laquelle je refuse de prendre les armes est sincère et ne tient pas de la négligence. »

En 2007, le ministère de la Défense de la Corée du Sud avait annoncé son intention d’instaurer avant 2009 un service de remplacement pour les objecteurs de conscience. Cependant, après l’élection présidentielle de février 2008, le gouvernement a annoncé que ce projet avait été suspendu indéfiniment, en arguant d’un manque de soutien de la population.
Aux termes du droit international, toute personne a le droit de refuser le service militaire pour des raisons de conscience ou de conviction personnelle profonde sans avoir à subir de sanction pénale ou d’autre nature.

Amnesty International engage le gouvernement sud-coréen à prendre les mesures suivantes :

 Prendre des dispositions pour que les objecteurs de conscience puissent effectuer un véritable service civil de remplacement sans caractère punitif.

 Libérer immédiatement et sans condition toutes les personnes emprisonnées uniquement parce qu’elles ont refusé d’accomplir leur service militaire pour des raisons de conscience.

 Effacer le casier judiciaire de tous les objecteurs de conscience et les indemniser correctement.

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