Côte d’Ivoire : Amnesty international s’inquiète des violences et des appels à la haine autour du contentieux électoral

DECLARATION PUBLIQUE

22 février 2010

Alors que l’échéance de l’élection présidentielle ne cesse d’être repoussée, la crise ivoirienne connaît depuis une semaine une vague de violences qui pourraient à nouveau plonger le pays dans le chaos.

« Tous les ingrédients qui ont, par le passé, entraîné des atteintes graves aux droits humains se retrouvent à nouveau réunis », déclare aujourd’hui Véronique Aubert, directrice adjointe du Programme Afrique d’Amnesty International. « Face à une situation où aucun des principaux acteurs politiques ivoiriens ne semble prêt à éviter le pire, il incombe à la communauté internationale et notamment à l’ONU et au médiateur de la crise ivoirienne, Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, de faire pression sur les hommes politiques ivoiriens afin que le respect des droits humains constitue pour tous une priorité ».

Les violences actuelles trouvent leur source dans la contestation de l’établissement de la liste électorale qui doit servir à organiser l’élection présidentielle sans cesse reportée depuis 2005. Les partis d’opposition dénoncent la remise en cause de la nationalité de dizaines de milliers de personnes soupçonnés d’être des étrangers sur la base, notamment, de leur patronyme musulman.

C’est ainsi qu’à Divo, une ville du centre ouest du pays, située à 200 km d’Abidjan, la capitale économique, plusieurs milliers de manifestants ont protesté, le 3 février 2010, contre la décision d’un tribunal de les radier de la liste électorale. Les forces de l’ordre ont alors tiré pour disperser les manifestants, entraînant huit blessés, dont plusieurs par balles.

Les partisans du président Laurent Gbagbo ont, quant à eux, dénoncé des fraudes visant à ajouter sur la liste électorale les noms de plus de 400 000 électeurs dont la nationalité n’aurait pas été entièrement vérifiée. Ces soupçons de fraude ont conduit le président Gbagbo à dissoudre la Commission électorale indépendante (CEI) ainsi que le gouvernement le 12 février 2010.

Suite à cette décision, certains partis politiques de l’opposition ont appelé leurs partisans à « s’opposer par tous les moyens à la dictature de Laurent Gabgo », ce qui a entraîné des actes de violences et de vandalisme contre des locaux et des biens appartenant au Front populaire ivoirien (FPI), le parti du Chef de l’État.

Les forces de l’ordre ont, pour leur part, réprimé plusieurs manifestations pacifiques, notamment dans la ville de Gagnoa (dans le centre-ouest du pays) où au moins cinq manifestants ont été tués par balles alors qu’ils protestaient contre la décision du président Gbagbo de dissoudre le gouvernement et la commission électorale.

Amnesty International s’inquiète également de la résurgence de certains discours xénophobes véhiculés par des partisans auto-proclamés du président Gbagbo qui ont appelé à la résistance contre les « étrangers » qui voulaient se faire inscrire sur les listes électorales. Ainsi, à Divo, des avocats défendant la position du chef de l’Etat auraient déclaré que la « liste électorale provisoire est infestée. Il faut la désinfecter par tous les moyens ».

« Il faut mettre à tout prix un terme à ces discours xénophobes, animés souvent par l’idéologie de l’ivoirité et qui ont été l’une des principales sources de division et de violations des droits humains en Côte d’Ivoire depuis le début de crise en 2002 », a précisé aujourd’hui Véronique Aubert. À cet égard, il incombe au chef de l’Etat d’indiquer clairement que ce discours de la haine, maintes fois dénoncé par les Nations unies, ne saurait être toléré ».

Amnesty International s’inquiète également de la décision prise par l’organe ivoirien de régulation des médias, le 22 février 2010 de « suspendre » la diffusion de la chaîne de télévision France 24 qui a été officiellement accusée de « traitement non professionnel de l’information » concernant « l’actualité politique » récente dans le pays.

Informations générales

Après avoir été reportée à cinq reprises depuis 2005, l’élection présidentielle devait se tenir en 2010 et mettre fin à la crise née de l’insurrection armée de septembre 2002 qui a abouti à la partition de facto du pays entre le sud contrôlé par les partisans du président Gbagbo et le nord aux mains des Forces nouvelles, le mouvement issu de cette insurrection armée.

Sous la pression de la communauté internationale et notamment des Nations unies et du médiateur de la crise ivoirienne, Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, la CEI a été mise en place et a entamé l’élaboration des listes électorales.

Après plusieurs semaines de polémiques où chaque camp accusait l’autre partie de fraudes visant à truquer les listes électorales, le président Gbagbo a décidé de dissoudre la CEI ainsi que le gouvernement le 12 février 2010. Le Chef de l’Etat a reconduit son premier ministre, Guillaume Soro, Secrétaire général des Forces nouvelles et lui a demandé de constituer un gouvernement. Celui-ci tente depuis lors de convaincre les responsables de l’opposition de rejoindre ce gouvernement alors que ceux-ci exigent le « rétablissement » de la CEI avant toute discussion sur leur entrée dans le gouvernement

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