Côte d’Ivoire : des victimes du déversement de déchets toxiques reviennent sur leur « petite victoire »

ÉFAI-
10 novembre 2009

Les victimes du scandale de déversement de déchets toxiques en Côte d’Ivoire en 2006 ont déclaré à Amnesty International, lundi 9 novembre, que la décision de protection de leur indemnisation prise par la justice constituait une « petite victoire ».

La décision du tribunal selon laquelle les 45 millions de dollars d’indemnisation versés par l’entreprise de courtage pétrolier Trafigura au profit des personnes affectées par le déversement de déchets toxiques ne devaient pas être transférés dans le compte d’une organisation prétendant de manière mensongère représenter 30 000 d’entre elles a été célébrée dans la capitale, Abidjan, la semaine dernière.

« C’est une petite victoire, mais on ne nous a pas restitué notre dû, a déclaré Geneviève Diallo, représentante des victimes du site de déversement situé à Akouedo, à Abidjan.

Maintenant la justice doit faire son travail pour que chacun d’entre nous reçoive son indemnisation. Les gens attendent impatiemment cet argent. »
Le compte sur lequel ont été versés les 45 millions de dollars est toujours bloqué et le cabinet d’avocats des victimes, Leigh Day & Co., doit maintenant faire appel de la mise sous séquestre décrétée auparavant.
« La décision qu’a prise le tribunal vendredi est un soulagement, mais je ne suis pas totalement satisfait du résultat, a déclaré à Amnesty International Karim Kourouma, représentant des victimes d’Abobo.

La conséquence logique devait être la levée immédiate du séquestre. »
Les fonds d’indemnisation ont été mis sous séquestre le 22 octobre à la suite de l’intervention d’une organisation, la Coordination nationale des victimes de déchets toxiques de Côte d’Ivoire (CNVDT-CI), qui prétendait représenter l’ensemble des victimes et soutenait que l’argent devait être transféré dans son compte bancaire.

La CNVDT-CI a fait appel de la décision du tribunal de ne pas transférer les fonds dans son compte. L’audience en appel doit avoir lieu jeudi 19 novembre, ce qui retarde encore le paiement de l’indemnisation à chacune des victimes.

« Les gens ont un sentiment de désolation et sont révoltés qu’on essaye de voler leur argent, a déclaré Karim Kourouma. Ils seront là jeudi prochain, devant le Palais de justice, pour exprimer ça. »

En août 2006, des déchets toxiques ont été acheminés jusqu’à Abidjan, en Côte d’Ivoire, à bord du Probo Koala, navire affrété par Trafigura.
Ces déchets ont ensuite été rejetés en divers lieux de l’agglomération d’Abidjan, provoquant une tragédie en termes de droits humains. Plus de 100 000 personnes ont consulté des médecins en raison de différents problèmes de santé. Quinze personnes seraient mortes à la suite de ces faits.

Le 23 septembre, la Haute Cour d’Angleterre et du Pays de Galles a approuvé un accord de règlement amiable entre les victimes du déversement de déchets toxiques, le cabinet d’avocats britannique Leigh Day & Co et la société Trafigura.

Les 45 millions de dollars d’indemnisation ont été transférés dans un compte ouvert en Côte d’Ivoire par les avocats des victimes pour que cet argent puisse être distribué aux demandeurs.
« Priorité doit être donnée maintenant à la reprise du processus d’indemnisation afin que chacun des demandeurs reçoive l’argent qui lui est dû, a déclaré Benedetta Lacey, conseillère spéciale d’Amnesty International qui s’est rendue en Côte d’Ivoire pour y rencontrer des victimes du déversement de produits toxiques. Nous allons surveiller de près la suite des événements.

Trente mille personnes ont besoin de voir que la lutte dans laquelle elles se sont engagées depuis les événements tragiques de 2006 n’a pas été menée en vain. »
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