Cuba doit enquêter sur le passage à tabac et la mort d’un dissident

10 mai 2011

Cuba doit immédiatement diligenter une enquête indépendante et impartiale sur la mort d’un dissident, survenue après que des policiers l’eurent frappé en public, a déclaré Amnesty International mardi 10 mai.


Juan Wilfredo Soto
, ancien prisonnier politique, est mort dimanche 8 mai dans un hôpital de la ville de Santa Clara (Cuba) trois jours après avoir semble-t-il reçu des coups de la part de policiers à la suite de son arrestation dans un parc.

« Les autorités cubaines doivent immédiatement ouvrir une enquête indépendante sur les causes du décès de Juan Wilfredo Soto. S’il s’avère qu’il est mort des suites de coups portés par des policiers au parc Vidal, les responsables doivent rendre des comptes devant la justice », a déclaré Javier Zuñiga, conseiller spécial à Amnesty International.

Le gouvernement cubain a catégoriquement nié que ses forces de sécurité aient pu jouer un rôle dans la mort de Juan Wilfredo Soto. Plusieurs sources hospitalières ont affirmé qu’il a succombé à une « pancréatite aiguë », une inflammation pouvant résulter d’un trauma abdominal, entre autres choses.

Juan Wilfredo Soto appartenait au Foro Antitotalitario Unido, une organisation dirigée par un opposant connu, Guillermo Fariñas, au sein de laquelle il officiait en tant que secrétaire aux prisonniers politiques à Santa Clara. Il avait par le passé été emprisonné pendant 12 ans pour ses activités dissidentes.

D’après Guillermo Fariñas, jeudi 5 mai vers 9 heures du matin, deux agents de la police nationale ont abordé Juan Wilfredo Soto au parc Vidal, lui ont demandé ses papiers puis lui ont dit de quitter le parc. Il a refusé de s’exécuter et a protesté contre cette expulsion. Les policiers lui auraient menotté les mains dans le dos, puis lui auraient donné des coups de matraque parce qu’il continuait à contester son arrestation.

Juan Wilfredo Soto a ensuite été placé en détention dans un poste de police, puis hospitalisé ce même jour. Il est ressorti de l’hôpital l’après-midi même, mais est revenu le lendemain au service des soins intensifs pour des maux de dos aigus. Il est mort à l’hôpital dans la nuit de samedi 7 à dimanche 8 mai.

Une source a déclaré à Amnesty International avoir croisé Juan Wilfredo Soto alors qu’il se rendait à l’hôpital le 5 mai. Cette personne affirme que Juan Wilfredo Soto lui a dit : « Je viens de prendre des coups de matraque au parc et j’ai très mal au dos. Ces gens m’ont massacré. » Juan Wilfredo Soto avait des problèmes de santé préexistants, et souffrait notamment de la goutte, d’hypertension, de diabète et de troubles cardiovasculaires.

« Trop de questions restent sans réponse. Il faut qu’une enquête approfondie soit menée sur ce qui est arrivé à Juan Wilfredo Soto au parc, au poste de police et à l’hôpital », a ajouté Javier Zuñiga.

« Ce cas nous préoccupe tout particulièrement parce qu’il a pour toile de fond les manœuvres de harcèlement, actes d’intimidation et arrestations arbitraires dont les dissidents font constamment l’objet ces derniers mois, ainsi que le nombre croissant de signalements de brutalités policières contre eux. »

Les autorités cubaines continuent à étouffer la liberté d’expression sur l’île en dépit d’une récente vague de libérations très médiatisées d’opposants de premier plan.

Selon Guillermo Fariñas, Juan Wilfredo Soto exerçait l’activité de commerçant de rues au parc Vidal et aux alentours parce que son action politique lui avait fait perdre son emploi d’ouvrier du bâtiment. On ignore si les policiers lui ont demandé de quitter le parc en raison de son action militante ou de ses activités marchandes.

Pour en savoir plus


Repression of Cuban dissidents persists despite releases
(nouvelle, 16 mars 2011)

Cuba doit libérer un prisonnier d’opinion faisant une grève de la faim (nouvelle, 11 mars 2011)

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