CUBA : L’escalade de la répression doit cesser

Index AI : AMR 25/018/2003

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International est extrêmement préoccupée par les mesures de
répression sans précédent qui se sont abattues sur les défenseurs des droits
humains à Cuba au cours de ces derniers mois. Dans un rapport rendu public
ce jeudi 3 juin 2003, Amnesty International s’interroge sur les mesures de
répression prises au nom de la sécurité à Cuba ; l’organisation cite
l’augmentation massive du nombre de prisonniers d’opinion ; elle appelle le
gouvernement de Cuba à mettre un terme aux exécutions et à rétablir le
moratoire sur les exécutions en vigueur de facto depuis trois ans. Le
rapport souligne également l’impact de l’embargo décrété par les États-Unis
sur les droits humains à Cuba et recommande que le gouvernement américain
revoit sa politique en vue de mettre un terme à l’embargo commercial.

À la mi-mars 2003, après une période d’ouverture apparente et de plus grande
permissivité, les autorités cubaines ont mené une campagne de répression
sans précédent envers le mouvement dissident de l’île. En l’espace de
quelques jours, les forces de sécurité ont arrêté plus de soixante-quinze
dissidents lors d’opérations ciblées. À l’exception d’une demi-douzaine de
personnes très connues pour leurs critiques vis-à-vis du régime, les
personnes arrêtées étaient pour la plupart des dirigeants à des échelons
relativement peu élevés du mouvement de dissidence, des gens qui avaient été
des militants pendant dix ans ou plus. Tous ont été jugés lors de procès
bâclés et inéquitables et condamnés à de longues peines de prison, certaines
pouvant aller jusqu’à vingt-huit ans, quelques semaines seulement après leur
interpellation. Les autorités cubaines ont appliqué une législation
particulièrement sévère, jamais utilisée jusque là, à certaines des
personnes arrêtées.

Début avril 2003, le gouvernement de Cuba mettait un terme au moratoire sur
les exécutions en vigueur de facto depuis trois ans ; trois hommes impliqués
dans une affaire de détournement étaient passés par les armes. Jugés lors
d’un procès sommaire avec une procédure d’appel simplifiée, leur exécution
eut lieu moins d’une semaine après le début de leur procès.

« Le gouvernement cubain doit mettre un terme à ces exécutions immédiatement
et rayer une fois pour toutes la peine de mort du système juridique cubain »

Amnesty International condamne ces graves violations ainsi que le mépris
croissant dont elles témoignent pour les engagements internationaux en
matière de droits humains. En dépit des affirmations du gouvernement cubain
selon lequel les personnes arrêtées étaient des agents étrangers » dont
les activités mettaient en péril la sécurité et l’indépendance de Cuba,
Amnesty International, après avoir eu accès aux pièces juridiques concernant
certains d’entre eux, considère comme prisonniers d’opinion les
soixante-quinze dissidents.

« Était mentionné comme preuve de leur culpabilité le fait d’avoir donné des
interviews à des médias basés aux États-Unis ou transmis des informations à
des organisations telle qu’Amnesty International, dans quelques-uns des
verdicts rendus. Ces activités font clairement partie des éléments de
définition d’un exercice légitime de la liberté d’expression et
d’association et ne devraient pas être punies d’emprisonnement."

« Amnesty International considère les soixante-quinze dissidents comme des
prisonniers d’opinion et demande leur libération immédiate et sans
condition. »

Les autorités cubaines ont justifié les exécutions et le mouvement de
répression contre les dissidents en invoquant la nécessité pour l’île de se
défendre contre les provocations et les menaces posées à sa sécurité
nationale par les États-Unis. Le rapport d’Amnesty International admet les
effets négatifs de l’embargo américain sur l’ensemble des droits humains à
Cuba ; l’organisation pense cependant que cela ne suffit pas à justifier la
détention de prisonniers d’opinion ni aucune autre atteinte aux droits
humains fondamentaux.

« L’embargo économique, commercial et financier imposé à Cuba par les
États-Unis n’a cessé de servir à justifier la répression d’État à Cuba et a
contribué à créer un climat dans lequel se perpétuent des violations des
droits humains, a déclaré Amnesty International.

« L’embargo fournit au gouvernement cubain une excuse pour sa politique
répressive et a un effet désastreux sur la nutrition, la santé, l’éducation
et de nombreux autres domaines de la vie ; il touche principalement et de
façon disproportionnée les membres les plus faibles et les plus vulnérables
de la société.

Des dispositions spécifiques de l’embargo telles que l’allocation de sommes
importantes à l’assistance pour « la construction de la démocratie » ont
permis au gouvernement cubain de présenter des dissidents politiques comme
des sympathisants de l’étranger ; les perspectives d’un mouvement fort de
défense des droits humains dans le pays s’en sont trouvés affaiblis », a
conclu Amnesty International.

Une copie en anglais du rapport d’Amnesty International sur Cuba (Cuba :
"Essential measures" ? Human rights crackdown in the name of security) est
disponible sur le site :

http://web.amnesty.org/library/Index/ENGAMR250172003

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