Cuba, Les membres du mouvement San Isidro sont mis sous surveillance

Cuba San Isidro

Des membres du mouvement cubain San Isidro, le groupe d’artistes, d’universitaires et d’autres personnes aux opinions dissidentes qui a généré une attention internationale en organisant une manifestation, ce qui est rare dans le pays, devant le ministère de la Culture le 27 novembre, ainsi que des journalistes indépendants couvrant leur cas, font l’objet d’une surveillance d’une ampleur effrayante et risquent d’être arrêtés par des membres de la police et de la sécurité de l’État s’ils quittent leur domicile, ce qui constitue de fait une assignation à résidence.

« L’inquiétante ampleur des restrictions auxquelles les militant·e·s et les journalistes indépendants sont soumis aujourd’hui semble tout droit sortie d’un roman de Georges Orwell dont l’intrigue se déroulerait dans les rues bordées de palmiers de La Havane. La présence de la police devant leur domicile et la menace d’être arrêtés sont si constantes que les militant·e·s sont, dans les faits, emprisonnés chez eux », a déclaré Erika Guevara-Rosas, directrice régionale pour les Amériques à Amnesty International.

« La surveillance et le harcèlement que nous avons constatés sont inacceptables au titre du droit international car ils bafouent le droit à la vie privée de ces personnes et, dans de nombreux cas, constituent une privation de liberté ou, au moins, une restriction illégale du droit de circuler librement. Nous continuerons de surveiller cette situation alarmante. »

Pendant deux semaines, des chercheurs d’Amnesty International ont recueilli des témoignages de militant·e·s décrivant les dispositifs de surveillance de la police placés devant chez eux, le risque d’arrestation auquel ils s’exposeraient s’ils essayaient de partir et les restrictions des endroits où ils peuvent se rendre. Les chercheurs de l’organisation et son Laboratoire de preuves ont analysé et authentifié les lieux où ont été prises les photos et vidéos démontrant la surveillance devant les domiciles d’environ 11 militant·e·s, dont certain·e·s vivent avec d’autres militant·e·s.

« La surveillance et le harcèlement que nous avons constatés sont inacceptables au titre du droit international car ils bafouent le droit à la vie privée de ces personnes et, dans de nombreux cas, constituent une privation de liberté ou, au moins, une restriction illégale du droit de circuler librement. Nous continuerons de surveiller cette situation alarmante. »

Dans la plupart des cas, les photos montrent un ou plusieurs véhicules de police garés aux coins de rue autour du domicile des militant·e·s. Dans d’autres cas, des individus en civil, qui, d’après les militant·e·s, seraient des membres des services de sécurité, apparaissent sur les photos, souvent à moto.

Sur les photos reçues des militant·e·s entre le 1er et le 13 décembre, Amnesty International a recensé 24 véhicules de police différents clairement identifiés. Plusieurs des militant·e·s ont été surveillés par au moins cinq véhicules de police différents garés devant chez eux pendant cette même période.

Anamely Ramos González et Luis Manuel Otero Alcántara, qu’Amnesty International a désignés comme prisonniers d’opinions après la descente effectuée au siège du mouvement San Isidro, dans le quartier de La Habana Vieja, le 26 novembre 2020, ne sont que deux des militant·e·s qui sont soumis à une surveillance presque permanente de leur domicile.

Après la descente, Anamely Ramos González, comme la plupart des autres militant·e·s qui se trouvaient au siège, a été reconduite chez elle. Cependant, elle a été arrêtée arbitrairement [1] lorsqu’elle a essayé de repartir tôt le matin du 27 novembre, et elle a été maintenue dans plusieurs véhicules de la sécurité de l’État qui ont sillonné La Havane et sa périphérie pendant plus de 12 heures. Elle a déclaré à Amnesty International que quatre représentant·e·s de l’État, principalement des hommes, étaient présents en permanence. Elle a finalement été libérée et conduite à un logement, où elle vit actuellement avec une autre militante.

Le 11 décembre, Anamely Ramos González a déclaré à Amnesty International qu’elle n’avait été autorisée à sortir qu’une seule fois en plus de 10 jours. « C’est vraiment difficile... Ils fouillent les gens qui viennent, ils demandent leurs documents d’identité... Ils fouillent leurs poches... On se sent isolé. »

La seule fois où elle a pu sortir pour se rendre à l’ambassade mexicaine, elle a dû obtenir l’autorisation des représentants de la sécurité de l’État placés en permanence devant chez elle, et trois d’entre eux l’ont accompagnée. Étudiante en doctorat à l’université ibéro-américaine de Mexico, Anamely Ramos González pense que les autorités l’ont autorisée à se rendre à l’ambassade car cela « les arrange » qu’elle quitte le pays.

D’après Luis Manuel Otero Alcántara, figure de proue du mouvement San Isidro, après la descente du 26 novembre, il a été conduit à l’hôpital, où des membres de la sécurité de l’État l’ont surveillé jour et nuit dans sa chambre. Il a déclaré que depuis qu’il avait été reconduit chez lui le 2 décembre, un dispositif de surveillance permanente était placé aux coins de rue autour son domicile. Il a déclaré qu’une nouvelle caméra de surveillance avait en outre été placée directement en face de sa porte d’entrée. « La caméra se déplace en même temps que moi », a-t-il déclaré à Amnesty International. « Si je sors, ils m’arrêteront... 80 % de mes amis sont sous surveillance. »

Le 11 décembre, d’après les informations que le mouvement San Isidro a fournies à Amnesty International et d’autres informations authentifiées par l’organisation, au moins six militant·e·s, dont Anamely Ramos González, Omara Ruiz Urquiola, Maykel Castillo Pérez, Esteban Lázaro Rodríguez López, Niovel Alexander Tamayo et Osmel Adrián Rubió Santos, étaient sous surveillance quasi permanente depuis presque deux semaines.

D’autres militant·e·s et journalistes indépendants, dont Óscar Casanella, Héctor Luis Valdés Cocho, Katherine Bisquet, Camila Ramírez Lobón, Osmani Pardo Guerra et Iliana Hernandez, ont également fait l’objet d’une surveillance, soit permanente soit ponctuelle, avec des dispositifs de surveillance placés devant leur domicile, principalement depuis début décembre, d’après le mouvement San Isidro et les éléments examinés par Amnesty International. Compte tenu de l’ampleur de la surveillance, il est probable que de nombreux autres militant·e·s et journalistes indépendants soient dans la même situation.

Le 13 décembre, la blogueuse Yoani Sanchez a déclaré sur Twitter que son mari, le journaliste indépendant Reinaldo Escobar, avait été arrêté, interrogé pendant quatre heures, puis libéré. La journaliste indépendante Luz Escobar a également fait l’objet d’une surveillance régulière, d’après d’autres informations [2].

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