Culture de l’impunité pour les attaques contre les médias

Amnesty International a exprimé sa vive inquiétude quant aux commentaires récents du président élu Rodrigo Duterte, qui laissaient entendre que les homicides de journalistes aux Philippines étaient justifiés si lesdits journalistes étaient corrompus ou avaient une conduite contraire à l’éthique.

Au cours d’une conférence de presse le 31 mai 2016, Rodrigo Duterte a sous-entendu que les journalistes tués avaient «  fait quelque chose de mal  ». De tels propos amplifient un climat déjà dangereux pour les journalistes et aggravent la culture de l’impunité pour les attaques contre les médias aux Philippines. Au lieu d’intimider les journalistes, comme il l’a encore fait lors d’une autre conférence de presse le 2 juin 2016, Rodrigo Duterte devrait montrer à son gouvernement la voie à suivre afin que les auteurs présumés d’atteintes aux droits humains des journalistes aient à rendre des comptes et qu’il soit mis un terme à l’impunité dont bénéficient ceux qui tuent des journalistes.

Le droit de rechercher, recevoir et partager des informations et des idées sans crainte ni ingérence illégale est essentiel pour garantir l’accès à la justice et la jouissance de tous les droits humains. Une presse libre est un élément indispensable à une société moderne et démocratique.

En vertu du droit international, les homicides illégaux ne sauraient en aucun cas être justifiés. Le bilan des Philippines en matière de sécurité des journalistes est peu encourageant et ceux-ci sont victimes d’homicides depuis bien trop longtemps. Le massacre de Maguindanao, en 2009, est considéré dans le monde entier comme l’événement le plus meurtrier dans l’histoire du journalisme.

En novembre 2009, 32 journalistes ainsi que des civils avaient été tués par des milices armées par l’État et dirigées semble-t-il par des agents du gouvernement. L’affaire est toujours en cours, malgré les efforts de la Cour suprême pour accélérer la procédure. Les témoins et leurs proches courent toujours le risque d’être tués ou intimidés, même si plus de 150 personnes ont témoigné et si plus de 100 des 200 suspects ont été arrêtés. Au moins huit témoins et membres de leurs familles ont été tués depuis novembre 2009, mais aucune condamnation n’a été prononcée à ce jour.

Au moins sept journalistes ont été victimes d’homicide en 2015. D’après le Centre pour la liberté et la responsabilité de la presse, s’il s’avérait que ces homicides étaient liés au travail des victimes, cela porterait à plus de 150 le nombre de journalistes tués dans l’exercice de leurs fonctions depuis 1986, année marquant la fin du régime de Ferdinand Marcos et la levée des restrictions à la liberté d’expression.

Malgré cela, fin 2015, seules 15 personnes avaient été déclarées coupables en lien avec des meurtres de journalistes.

Complément d’information

Aux Philippines, les homicides illégaux de journalistes se sont poursuivis en 2015 et en 2016.

La reporter de presse écrite Nerlita Ledesma a été abattue près de son domicile à Balanga en janvier 2015. En février, l’animateur radio Maurito Lim a été tué par balle devant une station de radio à Tagbilaran, alors qu’il venait présenter son émission d’information régulière. Selon les médias, il avait affirmé dans ses reportages que des représentants de l’État étaient impliqués dans le trafic de drogue. Melinda Magsino, reporter de presse, a été tuée d’une balle dans la tête près de son appartement à Batangas City en avril.

En août 2015, trois journalistes ont été tués en l’espace de deux semaines. Le directeur de la publication d’un journal, Gregorio Ybanez, a été abattu devant son domicile, à Tagum. Cosme Maestrado, présentateur radio, a été abattu par quatre hommes à Ozamiz. Teodoro Escanilla, animateur radio, a également été tué par balle devant son domicile à Sorsogon. Ancien président d’un parti politique et porte-parole d’un groupe local de défense des droits humains, il évoquait régulièrement le sujet des droits humains et critiquait l’armée dans son émission de radio.

En octobre, un autre journaliste de radio, Jose Bernardo, a été abattu à faible distance par deux hommes armés non identifiés.
En mai 2016, au moins un journaliste avait été tué depuis le début de l’année.

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