Communiqué de presse

Davos. Les dirigeants mondiaux protègent les entreprises plutôt que les droits dans le cadre de la crise économique

L’incapacité des gouvernements à réguler efficacement le fonctionnement des entreprises a un impact dévastateur sur les droits des personnes les plus vulnérables, a souligné Amnesty International mardi 24 janvier, avant l’ouverture du Forum économique mondial ayant lieu à Davos cette semaine.

« La crise économique et la manière dont les gouvernements ont choisi d’y faire face représentent un risque clair et sans équivoque pour les droits humains dans de nombreux pays », a déclaré Salil Shetty, le secrétaire général d’Amnesty International. « Davos ne peut se permettre de n’être qu’un club où les riches et les puissants se congratulent. Nous devons tirer parti de cet événement afin de remettre en cause l’orthodoxie des politiques actuellement mises en œuvre et de veiller à ce que les gouvernements assument leurs responsabilités. »

Les politiques gouvernementales de déréglementation et une surveillance minimale ont fait le lit des errements des entreprises. L’appât du gain a justifié que l’on donne aux institutions financières toute latitude pour créer des systèmes exposant les groupes les plus vulnérables à l’exploitation, la cupidité des entreprises prenant le pas sur l’obligation de rendre des comptes et la transparence.

« La plupart des gouvernements ne voient pas le lien existant entre systèmes financiers, politiques économiques et droits humains. Mais où que vous alliez aujourd’hui, vous verrez des gens qui ont perdu leur emploi, leur logement et ont même du mal à se procurer de la nourriture. L’impact dévastateur sur les droits les plus fondamentaux est alors difficile à ignorer », a ajouté Salil Shetty.

« Au lieu de faire en sorte que leurs politiques protègent les droits humains, les gouvernements se replient sur des méthodes dépassées et des relations confortables qui perpétuent des inégalités pendant des générations. Cette crise est imputable à l’homme et les solutions proposées par les dirigeants risquent de reproduire les lourds échecs du passé. »

Les gouvernements sont légalement tenus de prendre en considération la manière dont les politiques et programmes qu’ils mettent en place influent sur les droits humains. En réalité, de nombreux gouvernements ne commandent même pas d’études rudimentaires sur l’impact potentiel de leurs politiques économiques sur les droits.

La crise actuelle a précipité quelque 50 millions de personnes du monde entier dans la pauvreté, et selon certaines estimations publiées fin 2011, 64 millions de plus risquent de connaître le même sort.

Les gouvernements manquent systématiquement à leur devoir consistant à réguler le fonctionnement des entreprises, croyant aux fausses promesses d’autorégulation de celles-ci et créant ainsi un environnement toxique dont l’explosion semble imminente, à mesure que les mécontents descendent dans la rue pour réclamer la fin de la corruption, de la cupidité des entreprises et de l’injustice.

« Encore et encore, l’incapacité des entreprises à s’autoréguler est à l’origine de cas choquants de violations, de comportements malhonnêtes et de corruption. Si la crise actuelle illustre quelque chose, c’est bien à quel point la situation peut dégénérer faute de surveillance efficace », a poursuivi Salil Shetty.

Les actions de protestation, manifestations et troubles sociaux ont permis à de nombreux groupes du monde entier d’exprimer leur mécontentement à l’égard des gouvernements et des entreprises, mais les réactions qu’ils ont suscitées ont été mitigées. Dans de nombreux cas, l’accent a davantage été mis sur la nécessité de faire cesser les manifestations par n’importe quel moyen, plutôt que d’essayer de trouver des solutions aux problèmes sous-jacents.

« Pays après pays, les mesures prises par les gouvernements laissent des personnes ordinaires ployer sous le poids des conséquences de la crise. Mais le peuple s’unit dans la protestation, exigeant que leur gouvernement se montre plus responsable en régulant le fonctionnement des entreprises, en respectant les droits humains et en permettant de saisir la justice quand des droits sont bafoués. »

Pour que les gouvernements regagnent leur légitimité de chefs de file, Amnesty International les engage à faire en sorte que leurs réactions aux manifestations respectent les droits humains et passent également par la lutte contre les problèmes soulevés par les manifestants.

« Les grands patrons et les dirigeants politiques doivent reconnaître la nécessité d’opter pour une nouvelle démarche qui soit juste et inclusive », a expliqué Salil Shetty. « Au lieu de creuser le fossé entre riches et pauvres, ils doivent adopter des plans de croissance qui prennent ces inégalités en compte. Ils doivent placer les droits des personnes au cœur de toute solution envisagée, sans quoi les troubles sociaux qu’ont connus et que continuent à connaître des pays du monde entier pourraient bien n’être qu’un début. »

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