De nouvelles informations sur la pratique de la détention secrète dévoilées

À la suite de la libération de 13 personnes d’un centre des services de sécurité ukrainiens (SBU), à Kharkiv, de nouvelles informations sur la pratique de la détention secrète par les autorités ukrainiennes ont été dévoilées, ont déclaré Amnesty International et Human Rights Watch lundi 29 août 2016.

Leur libération intervient après qu’Amnesty International et Human Rights Watch ont dévoilé le recours à la torture et la détention secrète, par les autorités ukrainiennes comme par les séparatistes pro-Russes, durant le conflit dans l’est de l’Ukraine, dans un rapport conjoint publié le 21 juillet sous le titre ‘You Don’t Exist.’Arbitrary Detentions, Enforced Disappearances, and Torture in Eastern Ukraine.

Les deux organisations ont écrit au procureur général militaire d’Ukraine au sujet des nouvelles informations sur la détention secrète en Ukraine, notamment les témoignages détaillés fournis par des prisonniers libérés, ainsi que les informations faisant état de cinq personnes encore maintenues en détention secrète sur le site.

« Les autorités ukrainiennes continuent de nier la pratique de la détention secrète, malgré des preuves accablantes. Si la libération de ces 13 personnes est bienvenue, elle ne fait que confirmer la nécessité d’enquêter sur ces abus, d’y mettre un terme et de rendre justice aux victimes », a déclaré John Dalhuisen, directeur pour la région Europe et Asie centrale à Amnesty International.

Avant la publication du rapport, Amnesty International et Human Rights Watch ont rencontré le procureur général militaire d’Ukraine et lui ont remis la liste de 16 personnes qui seraient toujours détenues à Kharkiv. Il a promis de superviser personnellement l’enquête sur la pratique de la détention secrète.

Depuis cette rencontre, les deux organisations ont appris que six hommes avaient été libérés le 25 juillet, et six hommes et une femme le 2 août. Parmi les personnes libérées, 12 figuraient sur la liste des 16 noms remise au procureur général militaire. On a appris depuis que l’une des personnes figurant sur la liste initiale avait déjà été libérée en mars 2016. Trois autres ont été transférées du centre de détention secrète en avril 2016, et l’une d’entre elles a été libérée le 2 août.

Des représentants d’Amnesty International et de Human Rights Watch ont pu contacter sept prisonniers récemment libérés de détention secrète et en ont interrogé cinq. Leurs cas confirment les conclusions choquantes du rapport "You Don’t Exist". Trois d’entre eux – Mykola Vakarouk, Viktor Atchykhine et Dmytro Koroliov – sont décidés à obtenir justice. Les deux autres ont demandé à garder l’anonymat par crainte de représailles contre eux-mêmes ou leurs familles.

« Nous exhortons Kiev à prendre des mesures immédiates pour garantir la libération des personnes maintenues en détention secrète, et à rendre justice à celles qui s’engagent dans cette voie – et à assurer leur protection », a déclaré John Dalhuisen.

Manœuvres visant à dissimuler le recours à la détention secrète

D’après les entretiens menés avec d’anciens prisonniers, il ressort que les autorités ukrainiennes ont mis en place divers stratagèmes visant à cacher le recours à la détention secrète au centre du SBU, à Kharkiv.

Viktor Atchykhine a « disparu » de son domicile à Oukraïnsk le 7 décembre 2014 et a été libéré le 25 juillet 2016. Il a raconté à Amnesty International que les gardiens l’ont changé de lieu à trois reprises durant ses 597 journées de détention illégale afin de cacher sa présence à des observateurs indépendants. Le 10 février 2015, les gardiens ont dit aux détenus de rassembler leurs affaires et de se couvrir la tête de sacs en plastique, et les ont conduits de leurs cellules vers un autre étage du bâtiment. Ils ont passé plusieurs heures assis par terre dans différentes pièces, avant d’être reconduits dans leurs cellules. Ils ont ajouté que leurs cellules avaient été nettoyées et aérées afin d’effacer toute trace de leur présence. Plus tard, ils ont entendu des gardiens affirmer que « quelqu’un d’officiel » visitait le centre. D’autres mesures similaires ont été prises le 20 avril et le 20 mai 2016.

Mykola Vakarouk a « disparu » de son domicile à Oukraïnsk le 9 décembre 2014 et a été libéré le 25 juillet 2016. Souffrant d’une forte fièvre en octobre 2015, il a été conduit à l’hôpital n° 17 à Kharkiv, où il a été admis sous le nom d’emprunt de Sergueï Petrovitch. À la suite d’une opération pour lui retirer un rein, il a passé 10 jours en soins intensifs et 20 jours supplémentaires dans une unité de soins post-opératoires. Durant cette période, Mykola Vakarouk était menotté à son lit et surveillé en permanence par un agent du SBU.

À leur libération, les gardiens ont remis aux détenus leur passeport et entre 50 et 200 hryvnas (entre 1,75 et 7 euros) « pour frais de transport ». Ils les ont explicitement avertis de garder le silence sur leur détention secrète aux mains du SBU et les ont menacés de graves répercussions s’ils parlaient publiquement de ce qu’ils avaient subi.

Amnesty International et Human Rights Watch demandent aux autorités ukrainiennes de s’engager à mener une enquête approfondie, indépendante et efficace sur ces cas et à assurer la sécurité des prisonniers relâchés.

Cinq personnes se trouvent toujours en détention secrète

D’après les personnes interrogées par Amnesty International et Human Rights Watch, au moins cinq autres prisonniers se trouvent toujours en détention secrète : deux Russes et deux Ukrainiens de Kharkiv. Selon certaines informations, le cinquième souffre de troubles mentaux, mais les prisonniers libérés récemment n’ont pas pu fournir d’informations sur son identité.

L’une des personnes maintenues en détention secrète est le Russe Vladimir Bezobrazov. Il a été arrêté alors qu’il se trouvait en vacances avec sa famille à Karolino-Bougaz, dans la région d’Odessa, en mai 2014. Le responsable de l’unité locale des gardes-frontières l’a entendu tenir des propos en faveur des séparatistes pro-Russes dans un café et l’a arrêté sur-le-champ. Après avoir passé deux jours à la base des gardes-frontières de Karolino-Bougaz, Vladimir Bezobrazov a « avoué » être venu en Ukraine pour recruter des combattants séparatistes pro-Russes. Il a rapidement été inculpé de tentative de violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine (article 110 du Code pénal). Il est revenu sur ses « aveux » devant le tribunal, affirmant qu’ils lui avaient été extorqués sous la contrainte.

En mars 2015, des médiateurs ukrainiens chargés de l’échange de prisonniers ont contacté l’avocat de Vladimir Bezobrazov et ont proposé de le libérer en échange d’un combattant ukrainien capturé par des séparatistes pro-Russes à Louhansk, s’il confirmait ses « aveux » au tribunal. Il a accepté, et le 6 mars 2015, le tribunal du district d’Ovidiopol l’a condamné à une peine de trois ans avec sursis. Alors que Vladimir Bezobrazov quittait le tribunal, une camionnette est arrivée devant l’entrée. Plusieurs hommes sont descendus et l’ont poussé à l’intérieur, avant de repartir. On ignore où il se trouve depuis. Deux mois plus tard, en mai 2015, un homme qui avait été libéré de détention secrète dans les locaux du SBU à Kharkiv a appris à la mère de Vladimir Bezobrazov, Lioudmila Korobova, que son fils y était détenu. Entre mai 2015 et août 2016, Lioudmila Korobova a reçu un appel téléphonique de son fils et plusieurs coups de téléphone de ses compagnons de cellule libérés confirmant sa détention au centre de Kharkiv.

« L’état de droit est déjà affaibli en Ukraine. Les autorités ukrainiennes ne peuvent espérer restructurer leur système judiciaire défaillant tant que des secteurs des forces d’application des lois se livrent à des pratiques aussi nuisibles en toute impunité. Les intérêts de l’Ukraine seront bien mieux servis en faisant face à ce problème qu’en le niant », a déclaré John Dalhuisen.

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