Déclaration à l’occasion de la Journée internationale de lutte contre la pauvreté

ÉFAI

Vendredi 17 octobre 2003

DÉCLARATION PUBLIQUE

La persistance de la pauvreté, le fait, en particulier, que plus d’un milliard de personnes vivent dans des conditions d’extrême pauvreté, constitue la plus grave crise des droits humains de notre époque.

La Déclaration universelle des droits de l’homme et les engagements internationaux ultérieurs relatifs aux droits humains contiennent la promesse d’une vie dans la dignité, où toute personne a droit à un niveau de vie suffisant[1] et accès aux choses essentielles pour donner un sens concret à cette promesse - l’alimentation, l’eau, le logement, l’éducation, le travail et les soins médicaux. La persistance de la pauvreté constitue un déni de ces droits et, par conséquent, un déni de la dignité inhérente à tout être humain.

Les personnes vivant dans des conditions d’extrême pauvreté souffrent par ailleurs de violations de leurs droits fondamentaux, conséquence de la marginalisation et de l’exclusion caractéristiques de la pauvreté dans tous les pays. La relative impuissance des pauvres perpétue les échecs systématiques des gouvernements pour améliorer leur situation. Elle les laisse également à la merci de l’exercice arbitraire du pouvoir de l’État, ce qui conduit à des atteintes à toute une série de droits humains fondamentaux. Pour défendre leurs droits, les personnes doivent avoir accès aux tribunaux, à la police ainsi qu’aux administrations chargées des différents services et y être traitées à égalité. Trop souvent, les pauvres se voient refuser l’accès à ces institutions et, dans de trop nombreux cas, sont traités de façon discriminatoire par elles.

La pauvreté constitue une violation des droits humains fondamentaux ; sa persistance génère de nouvelles violations, la marginalisation augmentant la vulnérabilité aux atteintes aux droits humains et sapant les efforts entrepris pour établir et défendre ces droits.

Un autre débat sur la question des droits humains apparaît de façon sous-jacente dans les statistiques sur la pauvreté. La Déclaration universelle des droits de l’homme précise que tous les êtres humains « ...naissent libres et égaux en dignité et en droits. »[2] Dans un monde globalisé, le fait qu’un nombre important de gens vivent dans des conditions qui les privent de leur dignité, alors même que le fossé entre riches et pauvres s’élargit, à la fois entre pays mais également à l’intérieur d’un même pays, est une contradiction directe apportée à cette notion de dignité et d’égalité de tous.

Amnesty International a grandi en tant qu’organisation en se donnant pour but de dénoncer les injustices. Nous pensons que la défense des droits humains peut et doit passer par la lutte contre les injustices sociales qu’il faut dénoncer avec la même rigueur que les injustices portant sur les droits civils et politiques des personnes. C’est ce que compte faire Amnesty International, en mettant en lumière le déni des droits fondamentaux des personnes qui se cachent dans les statistiques sur la pauvreté, en veillant à ce que les communautés marginalisées et exclues aient un plus grand accès aux institutions pouvant leur permettre de faire valoir leurs droits - et en dénonçant la discrimination dont ces institutions font preuve à leur endroit - en insistant aussi pour qu’au niveau mondial tous les gouvernements reconnaissent et remplissent leurs obligations en matière d’éradication de l’extrême pauvreté.

[1] L’article 25 (i) de la Déclaration universelle des droits de l’homme énonce que : « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l’alimentation, l’habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d’invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté. »

[2] Article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. »

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