Des centaines de personnes se retrouvent sans abri à la suite d’opérations massives d’expulsions forcées au Kenya

Communiqué de presse

15 juillet 2010 -
Index AI : PRE01/002/2010

Amnesty International demande aux autorités kenyanes de mettre fin aux expulsions forcées qui jettent à la rue des centaines de familles habitant un quartier informel de Nairobi, les condamnant au dénuement.

Un bulldozer de la municipalité de Nairobi a rasé des étals de marché dans le quartier de Kabete NITD dans la nuit du mardi 13 juillet 2010, pour la deuxième fois cette semaine. Samedi 10 juillet, les autorités avaient démoli une centaine de maisons et 470 étals de marché.

Bien que des rumeurs circulaient dans le quartier quant à l’imminence d’expulsions forcées, les autorités n’ont pas averti les habitants ni les commerçants.

« Les habitants de Kabete NITD, qui vivaient déjà dans la pauvreté, ont vu leurs logements et leurs moyens de subsistance réduits à néant sans avertissement. Ces démolitions de masse doivent cesser immédiatement », a déclaré Justus Nyan’aya, directeur de la section kenyane d’Amnesty International.

Parce que certains marchands ont continué à travailler sur les décombres de leurs étals, le bulldozer est revenu juste avant minuit, mardi 13 juillet, pour raser une nouvelle fois le site.

Une installation sanitaire partiellement détruite samedi, puis reconstruite par des habitants, a été entièrement rasée dans la nuit de mardi. Les policiers et les responsables municipaux ont alors comblé les latrines à fosse restantes avec des gravats afin de les rendre inutilisables.

Des habitants en colère auraient affronté les policiers armés mercredi 14 juillet, des violences ayant éclaté dans le quartier.

De nombreux habitants se trouvaient encore chez eux lorsque les bulldozers sont arrivés, ne leur laissant que quelques minutes pour évacuer.


« Je me suis réveillée en sursaut et j’ai entendu le bulldozer qui démolissait tout. Nous n’avons pas été avertis que nous allions être expulsés. Nous avons tenté de sauver quelques affaires, mais tout s’est déroulé si vite. Nous avons même perdu nos vêtements et nos lits. Je n’ai nulle part où aller, nulle part où me réfugier. Le gouvernement doit nous donner des terres où nous pourrons construire des logements »,
a raconté à Amnesty International Beverly, 61 ans, habitante de Kabete NITD.

Les expulsions ont laissé sans abri des centaines de personnes, principalement des femmes et des enfants. Nombre d’entre elles dorment dehors, sans couvertures ni vêtements chauds, sans argent pour se procurer de la nourriture ni des biens de première nécessité. C’est l’hiver en ce moment à Nairobi, et les nuits sont froides.

La majorité des commerçants, des femmes pour la plupart, ont perdu toutes leurs marchandises et ont vu leurs moyens de subsistance réduits à néant. Selon les habitants, un autre secteur du quartier informel de Kabete risque également d’être démoli.

«  Le gouvernement nous traite comme des chiens. Pour eux, nous ne sommes pas des êtres humains. Ils disent qu’ils luttent contre la pauvreté, mais en fait ils la renforcent en nous expulsant de cette manière », s’est insurgée Sella, 78 ans, qui habite un secteur de Kabete NITD menacé de faire l’objet d’expulsions forcées.

Kabete NITD (Native Industrial Training Department) a été fondé en 1974 par des ouvriers qui construisaient une route. Les terres appartiennent au Département vétérinaire du gouvernement du Kenya – même si elles ont fait l’objet d’autres revendications foncières et de menaces répétées d’expulsion.

En mai 2010, les commerçants établis sur la route de Kangemi ont été réinstallés par l’administration provinciale sur des terres inoccupées de Kabete NITD. Cette réinstallation s’est déroulée, sans violence, au terme de plusieurs mois de consultation et de négociation.

En revanche, les expulsions forcées ont été menées à Kabete NITD sans aucune garantie et en négligeant totalement le projet de relogement auparavant accepté par les habitants.


Complément d’information

Aux termes du droit international relatif aux droits humains, les expulsions ne doivent être pratiquées qu’en dernier ressort et seulement après examen de toutes les alternatives possibles, en réelle consultation avec les populations touchées. Les gouvernements ont également l’obligation de veiller à ce que personne ne se retrouve sans domicile ou exposé à d’autres atteintes aux droits humains à la suite d’une expulsion.

Depuis des années, les organes internationaux chargés de surveiller la situation des droits fondamentaux et les organisations non gouvernementales (ONG) mettent en lumière les préoccupations liées aux politiques d’expulsions forcées et de menaces d’expulsions massives au Kenya.

En novembre 2008, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels des Nations unies a recommandé au Kenya d’inclure la protection contre les expulsions forcées dans sa nouvelle Constitution. En 2009, le Comité a demandé que soit défini, pour les expulsions, un cadre légal s’appuyant sur des lignes directrices acceptables aux yeux de la communauté internationale.

Le gouvernement kenyan s’est engagé à fixer à l’échelon national des lignes directrices relatives aux expulsions qui assureraient la mise en œuvre de garanties appropriées. Mais il n’a encore rien fait de tel.

En l’absence de ces lignes directrices, d’importantes opérations d’expulsions forcées visant les habitants des quartiers informels sont régulièrement menées, dans des conditions contraires aux normes internationales relatives aux droits humains.

Ce rapport s’inscrit dans le cadre de la campagne mondiale d’Amnesty International Exigeons la dignité, qui vise à mettre fin aux atteintes aux droits humains qui alimentent et aggravent la pauvreté. Cette campagne mobilise des sympathisants dans le monde entier pour demander que les gouvernements, les grandes entreprises et les détenteurs du pouvoir écoutent la voix de ceux qui vivent dans la pauvreté et reconnaissent leurs droits pour mieux les protéger. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Demand Dignity website.

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