Des dizaines de milliers de réfugiés bloqués à la frontière

Les autorités jordaniennes ont annoncé qu’elles répondraient d’une « main de fer » à l’attentat à la voiture piégée perpétré contre un avant-poste militaire le long de la frontière avec la Syrie. Toutefois, leur réaction ne doit pas se traduire par la fermeture des frontières ni le blocage de l’aide humanitaire destinée aux dizaines de milliers de réfugiés syriens qui fuient la guerre, a déclaré Amnesty International mercredi 22 juin 2016.
Aucun groupe n’a encore revendiqué cette attaque bien coordonnée, qui a fait six morts et plusieurs blessés parmi les garde-frontières militaires.
Plus de 70 000 personnes sont bloquées dans une zone désertique connue sous le nom de « berme », qui est un mur de sable marquant la limite côté jordanien de la frontière entre la Jordanie et la Syrie, près des points de passage de Rukban et Hadalat. La fermeture totale de la frontière et la privation d’aide humanitaire dans le secteur seraient synonymes de difficultés extrêmes pour ceux qui n’ont pas la possibilité de se mettre en sécurité et mettraient leurs vies en danger.

« Des dizaines de milliers de réfugiés sont bloqués non loin de l’endroit où a eu lieu l’attentat. Beaucoup ont fui les régions les plus touchées par la guerre en Syrie, notamment Alep, Deyr al Zur, Homs, Hama et Raqqa. Leurs vies sont toujours en péril à la frontière, a déclaré Sherif Elsayed-Ali, responsable du programme Droits des réfugiés et des migrants à Amnesty International.

« Si la Jordanie a le devoir de protéger les civils contre les attaques armées, les mesures de sécurité mises en œuvre ne doivent pas violer ses obligations juridiques internationales, à savoir fournir protection et assistance aux réfugiés qui fuient ce même type de violences. Les empêcher d’entrer en Jordanie constitue une violation du droit international. »

L’attentat perpétré le 21 juin visait le point de passage de Rukban dans une zone reculée et désertique, non loin des frontières entre la Jordanie, la Syrie et l’Irak. Mi-2014, la Jordanie a fermé ses frontières à l’est aux Syriens fuyant le conflit, et ils se sont peu à peu entassés aux points de passage de Rukban et Hadalat.

En novembre 2015, environ 9 000 Syriens étaient bloqués, et ce chiffre continuait d’augmenter. Aujourd’hui, on compte plus de 60 000 personnes bloquées dans des conditions très difficiles près du passage de Rukban et plus de 10 000 près de Hadalat, attendant l’autorisation de se réfugier en Jordanie.

En mars 2016, la Jordanie aurait accepté d’accueillir dans le camp d’Azraq jusqu’à 20 000 réfugies bloqués à la frontière. Cependant, ils ont été installés dans une zone du camp fermée par une clôture, appelée « Village 5 » . Selon les travailleurs humanitaires, si la situation se prolonge, 100 000 Syriens vont se retrouver bloqués dans la zone de la « berme » d’ici la fin de l’année.

Répondre avec « une main de fer »

Les autorités jordaniennes ont rapidement réagi à l’attentat perpétré le 21 juin. Le roi Abdullah II a déclaré que son gouvernement allait frapper avec « une main de fer » et fermer les points de passage.

« Nous prenons des mesures immédiates précises. La première consiste à fermer ce… point de passage … et décréter ce secteur " zone militaire fermée ". Nous avons également décidé de ne pas construire de camp de réfugiés, et de ne pas agrandir les camp existants  », a déclaré aux médias le ministre jordanien de l’Information, Mohammed Momani.

La Jordanie accueille actuellement plus de 650 000 réfugiés syriens enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). Amnesty International a déjà demandé à la communauté internationale de renforcer son soutien à la Jordanie, l’un des principaux pays d’accueil des réfugiés, notamment en finançant totalement le plan d’action de la Jordanie pour 2016 et en augmentant le nombre de places de réinstallation. Au 12 juin 2016, ce plan n’était financé qu’à hauteur de 6,2 %.

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