Des documents officiels révèlent de graves violations dans des centres de détention pour mineurs

L’Australie doit mettre en place des instances indépendantes chargées d’enquêter sur les violences perpétrées contre des mineurs dans des centres de détention à travers le pays, a déclaré Amnesty International jeudi 18 août après avoir pris connaissance de plus de 1 000 pages de documents gouvernementaux révélant des abus dans deux nouveaux centres.

Ces documents - obtenus par Amnesty International par le biais d’une requête relative à la liberté d’information - ont mis en évidence un certain nombre d’épisodes graves ; des membres du personnel dans des centres de l’État du Queensland ont ainsi placé des détenus mineurs à l’isolement, ont utilisé un chien de protection alors qu’un mineur menaçait de se suicider, ont causé des fractures osseuses en usant de techniques de contrainte et de contrôle, et effectué des fouilles au corps partielles en recourant à des méthodes humiliantes.

« Ces documents officiels braquent les projecteurs sur les recoins les plus sombres de ces centres de détention, et mettent en évidence des cas, et parfois des politiques, susceptibles de constituer des traitements ou des châtiments cruels, inhumains ou dégradants, ce qui est contraire aux obligations incombant à l’Australie en vertu du droit international  », a déclaré Champa Patel, principale conseillère d’Amnesty International pour les recherches sur l’Asie du Sud-Est et le Pacifique.

Ces documents - obtenus par Amnesty International Australie à la suite d’une requête relative à la liberté d’information - décrivent des faits survenus au centre de détention pour mineurs de Cleveland (CYDC), à Townsville, et au centre de détention pour mineurs de Brisbane (BYDC) entre 2010 et 2015. La majorité des personnes détenues dans ces centres sont des Australiens autochtones - en moyenne 89 % des mineurs se trouvant au CYDC en 2015.

En janvier 2013 au CYDC, un garçon de 17 ans présentant un risque suicidaire élevé a été maîtrisé par plusieurs membres du personnel, qui l’ont plaqué à terre, puis lui ont mis des menottes aux poignets et des entraves aux jambes lorsqu’il a refusé de retourner dans sa chambre.

Ils l’ont ensuite emmené dans une petite cellule d’isolement où ils lui ont retiré ses vêtements et sous-vêtements en les déchirant avec un couteau. Il a été laissé nu dans cette cellule pendant plus d’une heure avant qu’on ne lui donne une tenue à porter.

Cet aperçu de la vie dans les centres du Queensland a émergé après que l’Australian Broadcasting Corporation, le service audiovisuel public du pays, a dénoncé les mauvais traitements infligés à six garçons placés à l’isolement dans un centre de détention de la ville de Darwin, dans le Territoire du Nord.

Ces garçons ont été violemment agressés - des bombes lacrymogènes ont notamment été utilisées - au centre de détention de Don Dale. Dylan Voller, alors âgé de 13 ans, avait été mis nu et frappé par des gardiens. Des images insoutenables datant de 2015 le montraient ensuite à l’âge de 17 ans, attaché à une chaise d’immobilisation et affublé d’une cagoule pendant plusieurs heures, semble-t-il parce qu’il présentait un risque suicidaire.

Une Commission royale sur la protection de l’enfance et la détention des mineurs dans le Territoire du Nord au cours de la décennie écoulée a été établie après que l’affaire a été rendue publique.

« L’Australie doit mettre fin à ces pratiques cruelles, inhumaines et dégradantes, et cesser de passer ces violations des droits humains sous silence. Nous avons pris connaissance d’éléments solides selon lesquels ces abus ont lieu dans plusieurs États - ce qui s’est passé est manifeste et une réponse doit être apportée de toute urgence », a déclaré Champa Patel.

Amnesty International demande à l’Australie de faire en sorte que tout membre du personnel soupçonné d’avoir pris part à des abus soit suspendu le temps qu’une enquête indépendante soit effectuée. Le gouvernement fédéral doit également garantir la mise en place de mécanismes de surveillance indépendants dans chaque État et Territoire, en ratifiant immédiatement le Protocole facultatif se rapportant à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.

D’autres faits décrits dans ces documents incluent :

● L’utilisation de chiens. En 2014, un mineur monté sur un toit a menacé de s’automutiler ou de se pendre. Un garde de sécurité et son chien ont été dépêchés sur place, ce qui a amplifié l’angoisse du mineur. En août 2015, un gardien a permis à un chien non muselé de s’approcher « avec agressivité » d’une jeune fille autochtone alors que celle-ci voulait sortir d’une piscine. Amnesty International a appris avec satisfaction que la pratique consistant à utiliser des chiens a cessé par la suite, car le recours à des chiens dans le but de susciter la peur chez des prisonniers est une méthode de torture utilisée à travers le monde.

● Isolement cellulaire. En mars 2012, huit mineurs autochtones ont été maintenus à l’isolement pendant 10 jours de manière « quasi-continue » (environ 22 heures par jour). Les deux premiers jours, ils n’ont été autorisés à quitter leurs cellules à aucun moment.

● Fréquentes tentatives d’automutilation ou de suicide, en particulier au CYDC. Selon les documents, 31 mineurs ont tenté de se suicider en « se nouant un lien autour du cou » en 2015 au CYDC. Vingt cas avaient été recensés au CYDC en 2014.

● Recours injustifié ou excessif à la force. Par exemple, en 2010 au CYDC, quatre mineurs ont eu le poignet fracturé lorsque des techniques de contrainte et de contrôle ont été utilisées contre eux.

● Fouilles sur des personnes partiellement dévêtues, durant lesquelles on a demandé à des mineurs de s’accroupir, à des jeunes filles de soulever leurs seins et à des jeunes garçons de soulever leurs parties génitales avant de s’accroupir - bien que ces pratiques soient interdites dans les prisons pour adultes.

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