Des villageois torturés et exécutés « de sang froid »

Les autorités irakiennes doivent enquêter de toute urgence sur les allégations selon lesquelles des combattants en uniforme de la police fédérale irakienne ont torturé et exécuté de façon extrajudiciaire des villageois qu’ils avaient faits prisonniers dans le sud de Mossoul, a déclaré Amnesty International.

Des chercheurs de l’organisation se sont rendus dans plusieurs villages des sous-districts d’Al Choura et de Qayyara, dans la province de Ninive, au sud-ouest et au sud de Mossoul. Ils y ont recueilli des éléments de preuve indiquant que jusqu’à six personnes avaient été victimes d’exécutions extrajudiciaires fin octobre 2016, semble-t-il parce qu’elles étaient soupçonnées de liens avec le groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI).

« Des hommes en uniforme de la police fédérale se sont rendus coupables de plusieurs homicides illégaux. Ils ont arrêté puis tué délibérément de sang froid des habitants de villages situés au sud de Mossoul. Dans certains cas, ces villageois ont été torturés avant d’être exécutés par balle », a déclaré Lynn Maalouf, directrice adjointe pour la recherche au bureau régional d’Amnesty International à Beyrouth.

« L’homicide délibéré de prisonniers ou d’autres personnes sans défense est interdit par le droit international humanitaire et constitue un crime de guerre. Il est indispensable que les autorités irakiennes ouvrent sans délai une enquête indépendante, exhaustive et impartiale sur ces crimes aux termes du droit international, et en traduisent les responsables présumés en justice. Si rien n’est fait pour empêcher et punir ces graves violations, le risque est grand de voir de tels crimes de guerre se reproduire dans d’autres villes et villages irakiens durant l’offensive contre Mossoul. »

Ces homicides ont été commis dans le contexte d’affrontements armés entre l’EI et les forces irakiennes dans le sous-district de Choura, le 21 octobre 2016. Cette zone étant en grande partie vidée de sa population, et les forces irakiennes ayant eu à déplorer au moins un mort dans la matinée ce jour-là, il semble qu’elles aient considéré que toutes les personnes restantes étaient des combattants de l’EI.

Amnesty International demande non seulement aux autorités irakiennes de diligenter une enquête, mais aussi de veiller à ce que les témoins de ces crimes et leurs familles soient protégés de toute attaque de représailles ou manœuvre d’intimidation.

Différentes forces irakiennes participant aux combats contre l’EI, notamment des unités de l’armée, des combattants de deux milices locales de la « Mobilisation tribale » et des agents de la police fédérale et de la police locale, étaient semble-t-il présentes dans les villages ou les ont traversés au moment où les actes de torture et les exécutions extrajudiciaires ont été commis. Certains témoignages tendent à indiquer qu’un commandant haut-gradé des « opérations de libération de Ninive » se trouvait à proximité à ce moment-là.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, le matin du 21 octobre, une dizaine d’hommes et un garçon de 16 ans, principalement originaires des villages de Nanaa et d’Al Raseef, ont été torturés et maltraités après s’être rendus à un petit groupe d’hommes en uniforme de la police fédérale, dans une zone connue sous le nom de Nus Tal. Ils avaient agité un tissu blanc et soulevé leurs chemises pour montrer qu’ils ne portaient pas de ceintures d’explosifs et ne constituaient pas une menace.

Peu après, des renforts sont arrivés et les hommes ont été emmenés à pied dans une zone désertique, à environ un kilomètre de là, entre la ville de Qayyarah et le sous-district d’Al Choura, à un endroit reconnaissable par la présence d’une caravane abandonnée. Des combattants en uniforme de la police fédérale les ont alors frappés à coups de câble et de crosse de fusil, leur ont donné des coups de poing et des coups de pied, et leur ont tiré violemment la barbe – ils ont même mis le feu à la barbe de l’un d’entre eux.
Ils les ont contraints à s’allonger sur le ventre et leur ont tiré des coups de feu entre les jambes, tout en les couvrant d’insultes, souvent en lien avec la religion, et en les accusant d’être membres de « Daesh » (l’acronyme arabe de l’EI).

Ahmed Mahmoud Dakhil et Rashid Ali Khalaf, du village de Nanaa, ainsi qu’un troisième homme du village de Tulul Nasser, ont ensuite été séparés du reste du groupe. Des hommes en uniforme de la police fédérale les ont alors littéralement passés à tabac avant de les abattre.

Leurs cadavres en décomposition ont été retrouvés non loin de là quelque cinq jours plus tard. Le corps de Rashid Ali Khalaf avait été décapité.

Un autre villageois d’Al Raseef, Hussein Ahmed Hussein, a été vu en vie pour la dernière fois le 21 octobre. Un groupe d’hommes en uniforme de la police fédérale l’emmenait, menotté, près de la caravane, après l’avoir frappé à coups de crosse de fusil et de poing et l’avoir insulté. Son corps a été retrouvé à proximité près d’une semaine plus tard.

Dans leur retraite, les combattants de l’EI ont emmené de force à Hammam al Alil plusieurs centaines de femmes, d’enfants et de vieillards des villages de Nanaa et d’Al Raseef, semble-t-il dans l’idée de les utiliser comme boucliers humains. Le 19 octobre, ils ont utilisé les haut-parleurs des mosquées pour faire des annonces publiques ordonnant aux villageois de quitter leurs maisons. Cependant, quelques jeunes hommes sont semble-t-il parvenus à rester en se cachant dans des bâtiments en construction ou abandonnés.
Hussein Dakhil fait partie des quelques personnes qui ont désobéi aux ordres de l’EI.

Deux jours plus tard, le 21 octobre, après l’arrivée des forces gouvernementales dans le village, il a été retrouvé mort, une balle dans la poitrine et une autre dans le menton.

Il avait quitté peu avant une maison située à proximité des locaux de la compagnie exploitant le gisement de soufre de Mishraq, dans le sous-district d’Al Choura, auxquels les combattants avaient mis le feu en quittant le village. Le jeune homme avait les yeux bandés et le torse nu, ce qui porte à croire qu’il avait été fait prisonnier avant d’être abattu.

Le même jour, un autre homme, Bashar Hamadi, a semble-t-il été lui aussi abattu alors qu’il se dirigeait en courant vers des forces composées, entre autres, d’hommes en uniforme de la police fédérale, tout en soulevant ses vêtements pour montrer qu’il n’avait pas d’explosifs. Selon les informations parvenues à Amnesty International, le coup de feu a été tiré d’une distance d’environ 50 mètres et le corps a été abandonné sur place. Il a été retrouvé environ une semaine plus tard.

Les cadavres qui ont été retrouvés ont tous été enterrés sans autopsie.
« Quand l’opération militaire contre Mossoul a débuté, le Premier ministre Haïder al Abadi a clairement affirmé qu’aucune violation de la part des forces armées irakiennes et de leurs alliés ne serait tolérée. Il est désormais temps pour lui de joindre le geste à la parole », a déclaré Lynn Maalouf.

« Les autorités irakiennes doivent enquêter immédiatement sur ces informations très préoccupantes faisant état d’exécutions extrajudiciaires et de torture. Elles doivent relever de leurs fonctions toutes les personnes soupçonnées d’avoir commis des crimes de guerre ou d’autres violations graves des droits humains, dans l’attente des résultats de l’enquête judiciaire.  »

Complément d’information

Ce n’est pas la première fois qu’Amnesty International a connaissance d’exécutions extrajudiciaires commises par des hommes en uniforme de la police fédérale irakienne. Le 27 mai 2016, lors des opérations destinées à reprendre Fallouja et ses environs, au moins 16 hommes et garçons de la tribu jumaili ont été abattus près de Sijir, après s’être rendus à des combattants dont certains portaient des uniformes de la police fédérale.
La police fédérale dépend du ministère de l’Intérieur et participe aux opérations anti-insurrectionnelles.

Toutes les infos

Infos liées

Toutes les actions

Actions liées

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse