Communiqué de presse

Deux arrêts historiques révèlent le rôle de la Pologne dans les détentions secrètes et les actes de torture de la CIA

La Pologne est le premier pays de l’Union européenne (UE) à être déclaré complice des États-Unis concernant la restitution, la détention secrète et la torture de personnes soupçonnées d’actes terroristes, a déclaré Amnesty International jeudi 24 juillet, accueillant avec satisfaction deux arrêts historiques rendus ce jour en faveur des droits humains.

La Cour européenne des droits de l’homme a estimé que le gouvernement polonais avait collaboré avec l’Agence centrale du renseignement (CIA) des États-Unis pour établir, à Stare Kiejkuty, une prison secrète qui est restée en service de 2002 à 2005. Là, à 180 km au nord de Varsovie, des personnes étaient maintenues en détention secrète et torturées.

« Les arrêts rendus aujourd’hui font enfin connaître la vérité sur une période sombre de l’histoire récente de la Pologne, et marquent une étape importante dans la lutte contre l’impunité. La Pologne a accepté en toute connaissance de cause de faire partie du réseau illégal de sites noirs utilisés par les États-Unis pour détenir et torturer des personnes arrêtées lors d’opérations anti-terroristes », a déclaré Julia Hall, spécialiste de la question de la lutte contre le terrorisme et des droits humains au sein d’Amnesty International.

La Cour a estimé que la Pologne avait violé la Convention des droits de l’homme concernant, entre autres, l’absence d’enquête sur les affirmations des deux hommes, les actes de torture et autres mauvais traitements qu’ils ont subis, leur détention secrète et leur transfert vers d’autres lieux où ils risquaient de subir d’autres violations des droits humains, y compris la torture et d’autres mauvais traitements. La cour a également réaffirmé le droit des victimes et du public à connaître la vérité.

Les deux plaignants avaient saisi la Cour européenne de leurs cas en 2011 et 2013, respectivement. Tous deux sont actuellement détenus au centre de détention de la base navale américaine de Guantánamo Bay, à Cuba.

Le premier est Abd al Rahim al Nashiri, un ressortissant saoudien soupçonné d’avoir fomenté l’attentat à la bombe ayant visé l’USS Cole au large du Yémen en 2000. Il a affirmé avoir été interrogé dans un centre secret en Pologne et soumis à des « techniques d’interrogatoire poussé » et d’autres violations des droits humains, notamment un « simulacre d’exécution » avec un pistolet et des menaces d’agression sexuelle visant les membres de sa famille.

Le second, Zayn al Abidin Muhammad Husayn (aussi connu sous le nom d’Abu Zubaydah), un Palestinien apatride né en Arabie saoudite, aurait également été détenu en Pologne, où il affirme avoir subi une souffrance physique et psychologique extrême. L’ancien président américain George W. Bush avait affirmé dans ses mémoires, en 2010, qu’il avait autorisé le recours à des « techniques d’interrogatoire poussé », y compris au waterboarding (simulacre de noyade), contre Abu Zubaydah lorsque celui-ci était détenu secrètement par la CIA.

Abd al Rahim al Nashiri risque d’être jugé par une commission militaire à Guantánamo et encourt la peine de mort. Plus de 12 ans après l’avoir placé en détention, les autorités américaines n’ont toujours pas inculpé Abu Zubaydah.

À ce jour, les États-Unis n’ont jamais été amenés à rendre des comptes pour la torture et les disparitions forcées qui sont allées de pair avec les programmes de restitution et de détention secrète de la CIA.

Des résolutions prises en 2012 et 2013 par le Parlement européen désignaient nommément la Pologne comme complice des programmes de la CIA, Abd al Rahim al Nashiri et Abu Zubaydah comme victimes de torture et de disparition forcée, et appelaient la Pologne à rendre justice à ces deux hommes.

« La Pologne s’est rendue complice de la CIA et a aidé les États-Unis à torturer ces deux hommes et à les soumettre à une disparition forcée. Les autorités polonaises doivent maintenant mener avec efficacité l’enquête qu’elles ont retardée et à laquelle elles ont fait obstruction pendant des années », a noté Julia Hall.

À la suite des décisions rendues par la Cour européenne, Amnesty International appelle le gouvernement polonais à mener une enquête efficace et à veiller à ce que les responsables de crimes relevant du droit international, comme la torture ou la disparition forcée, soient traduits en justice. D’autres États membres de l’UE soupçonnés d’avoir joué un rôle dans les programmes de restitution et de détention secrète de la CIA doivent faire plus d’efforts pour révéler la vérité.

« Il n’y a pas que la Pologne. De nombreux autres gouvernements européens ont coopéré avec les États-Unis dans le cadre des opérations de “restitutions”, qui se sont traduites par des enlèvements, des transferts, des “disparitions” et des actes de torture. Si les arrêts rendus aujourd’hui représentent un important pas en avant, il y a encore beaucoup à faire pour veiller au respect de l’obligation de rendre des comptes en Europe »
, a affirmé Julia Hall.

Amnesty International réclame des enquêtes sur des allégations similaires dans différents pays d’Europe, notamment en Italie, en Lituanie, en Roumanie, au Royaume-Uni et en Suède, et appelle ces pays à rendre des comptes.

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