Deux mois et 10 homicides plus tard, l’impunité règne

L’incapacité des autorités bangladaises à prendre des mesures décisives contre les groupes violents responsables d’au moins 10 homicides au cours des deux derniers mois crée un climat d’impunité, a déclaré Amnesty International mardi 7 juin 2016.

«  Ces groupes violents ont annoncé qu’ils continueraient de s’en prendre à ceux qui, selon eux, " insultent l’islam ", et cela devrait faire sortir les autorités bangladaises de leur léthargie, a déclaré Champa Patel, directrice régionale pour l’Asie du Sud à Amnesty International.

«  Ignorer le problème n’est pas la solution. Les autorités doivent condamner fermement ces homicides, diligenter sans délai une enquête approfondie, impartiale et transparente, rendre justice aux victimes, amener les responsables à rendre des comptes et protéger ceux qui sont menacés. »

Dimanche 5 juin, Sunil Gomes, chrétien de 65 ans originaire du village de Bonpara, a été tué à la machette : c’est le 10e cas au Bangladesh en deux mois. Il a été attaqué dans son épicerie, près d’une église, peu après l’office du dimanche.

Le groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI) a revendiqué cette attaque, déclarant sur un site Internet qu’elle « s’inscrivait dans le cadre d’une série d’opérations » qu’il s’apprête à mener au Bangladesh.

La veille, samedi 4 juin, Mahmuda Akter, l’épouse de Babul Akter, haut responsable de la lutte contre le terrorisme, a été assassinée dans la ville de Chittagong dans des circonstances tout aussi terribles. Le ministre bangladais de l’Intérieur, Asaduzzaman Khan Kamal, a déclaré que cet assassinat était probablement lié au travail d’enquête du responsable antiterroriste sur les précédents homicides.

Depuis avril, Amnesty International a recensé des homicides ciblant des blogueurs laïcs, des militants LGBTI (lesbiennes, gays et personnes bisexuelles, transgenres et intersexuées), un professeur d’université, un médecin et des membres de minorités religieuses.

« Le gouvernement bangladais assure souvent être un rempart contre l’intolérance, mais ses actes indiquent le contraire, a déclaré Champa Patel.

«  Au lieu de consacrer son énergie à mettre fin à cette vague d’homicides, il rejette les demandes de protection et a même tenté de blâmer les victimes pour les menaces qui planent sur elles. Il viole ainsi les obligations internationales qui lui incombent de protéger et de promouvoir le droit à la liberté d’expression et de religion. »

Dans le climat d’impunité qui règne actuellement au Bangladesh, un nombre croissant de personnes signalent avoir reçu des menaces que les autorités ne font rien pour contrer.

En réaction aux demandes de protection, de hauts responsables ont conseillé aux militants laïcs et LGBTI d’éviter de provoquer les groupes violents qui les menacent. Dans certains cas, ils les ont même accusés de susciter ces attaques.

À la suite du meurtre le 14 avril de Xulhaz Mannan, rédacteur en chef de Roopban, seul magazine LGBTI du Bangladesh, le ministre de l’Intérieur a déclaré : «  Notre société n’autorise aucun mouvement qui promeut le sexe contre nature. »

« Personne ne devrait faire l’objet de discriminations sur la base de sa sexualité ou de sa religion, a déclaré Champa Patel. Ce n’est qu’en protégeant ces droits et d’autres droits fondamentaux que les autorités bangladaises pourront se targuer de défendre la tolérance. »

Chronologie
7 avril 2016 : Nazimuddin Samad, 28 ans, étudiant en droit et militant pour la laïcité, est tué à coups de machette à Dacca. Ansar al Islam, affilié à al Qaïda, revendique cette attaque.

23 avril 2016 : Rezaul Karim Siddique, 58 ans, professeur d’université, est tué alors qu’il rentre chez lui à Rajashahi. Le groupe armé se désignant sous le nom d’État islamique (EI) revendique cette attaque.

25 avril 2016 : Xulhaz Mannan, militant LGBTI et employé de l’USAID (Agence des États-Unis pour le développement international), et son ami Tanoy Mujhumdar, acteur, sont poignardés à mort dans l’appartement de Xulhaz Mannan, à Dacca. L’EI revendique cette attaque.

30 avril 2016 : Nikhil Joarder, tailleur hindou, est tué à coups de machette par des assaillants à moto. L’EI revendique cette attaque.

14 mai 2016 : Maung Shue U Chak, 75 ans, moine bouddhiste, est massacré à la machette dans le district de Bandarban. L’EI revendique cette attaque.

20 mai 2016 : Mir Sanaur Rahman, 55 ans, médecin, est tué à coups de machette. Son ami, Saifuzzaman, 45 ans, maître de conférences, est grièvement blessé.

25 mai 2016 : Debesh Chandra Pramanik, Hindou de 68 ans, est tué dans sa boutique à Gaibandha. L’EI revendique cette attaque.

4 juin 2016 : Mahmuda Akter, épouse d’un haut responsable de la lutte contre le terrorisme, est assassinée devant son appartement à Chittagong. Le ministre bangladais de l’Intérieur a déclaré que cette attaque était liée à l’enquête que menait son époux sur la vague d’homicides à la machette.

5 juin 2016 : Sunil Gomes, commerçant chrétien de 65 ans, est tué à coups de machette dans son épicerie, dans le village de Bonpara.

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