Égypte, les arrestations liées à manifester soulignent la crise des droits humains

L’arrestation par les autorités égyptiennes de centaines de personnes ces deux dernières semaines, en relation avec des appels en faveur de l’organisation de manifestations à l’occasion de la 27e Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP27), rappelle la sombre réalité de la politique de détention arbitraire de masse employée par l’Égypte afin d’étouffer l’opposition.

Le service du procureur général de la sûreté de l’État a ouvert des enquêtes sur au moins 151 détenu·e·s, tandis que des centaines d’autres personnes ont été brièvement incarcérées et interrogées.

« L’arrestation de centaines de personnes, au seul motif qu’elles sont soupçonnées d’avoir soutenu l’appel en faveur de manifestations pacifiques, soulève de graves inquiétudes sur la manière dont les autorités réagiront face aux personnes souhaitant manifester durant la COP27 - une caractéristique essentielle des conférences des Nations unies sur le climat. Les autorités égyptiennes doivent permettre aux manifestant·e·s pacifiques de se réunir librement, et s’abstenir de recourir à une force illégale ou à des arrestations arbitraires afin d’empêcher les manifestations », a déclaré Philip Luther, directeur des recherches et des actions de plaidoyer du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

« Les dirigeants mondiaux arrivant à Charm El Sheikh pour la COP 27 ne doivent pas être dupes de la campagne de communication de l’Égypte. Loin des hôtels de luxe, des milliers de personnes, parmi lesquelles des défenseur·e·s des droits humains, des journalistes, des manifestant·e·s pacifiques, et des membres de l’opposition politique sont injustement maintenus en détention. Ils doivent exhorter le président Abdelfattah al Sisi à relâcher toutes les personnes détenues arbitrairement pour avoir exercé leurs droits fondamentaux. Il faut notamment libérer de toute urgence le militant Alaa Abdel Fattah, qui vient d’intensifier sa grève de la faim et a cessé de boire de l’eau. »

Avant la COP27, les autorités égyptiennes ont libéré 766 détenu·e·s à la suite de la décision du président al Sisi de réactiver la Commission des grâces présidentielles, en avril. Le nombre d’arrestations recensé par Amnesty International durant cette même période a cependant été deux fois supérieure, soit 1 540 personnes qui ont été interrogées au sujet de leur exercice de la liberté d’expression et d’association.

Ces six derniers mois, Amnesty International a recueilli des informations auprès de dizaines d’avocat·e·s assistant régulièrement à des interrogatoires et des audiences de renouvellement de placement en détention, examiné des décisions de justice et d’autres documents officiels, et recueilli les propos d’anciens détenu·e·s, ainsi que de parents de détenu·e·s.

Arrêtés en prévision de la COP27

Ces dernières semaines, les forces de sécurité ont arrêté des centaines de personnes dans le centre du Caire et sur des places publiques à travers des villes égyptiennes, en raison du contenu de leurs téléphones - une tactique souvent employée avant de possibles manifestations. Si la plupart de ces personnes ont été remises en liberté au bout de quelques heures, voire quelques jours, certaines ont été conduites devant le parquet, tandis que d’autres ont été soumises à des disparitions forcées, selon 11 avocats du Caire, d’Alexandrie, de Sharqiya et de Dakahliya.

En septembre, Abdelsalam Abdelghani, 55 ans, a été arrêté à son domicile aux abords du Caire. Le ministère public l’a interrogé au sujet d’une page Facebook nommée « Notre droit », contenant des publications appelant à des manifestations le 11 novembre. Le procureur lui a posé des questions au sujet d’accusations de diffusion de « fausses informations » et d’« appartenance à un groupe terroriste » avant d’ordonner son placement en détention pour la durée de l’enquête.

Crise de l’incarcération

Les agences égyptiennes de sécurité continuent à user de pouvoirs extrajudiciaires afin de déterminer quels prisonniers sont relâchés, et ont bloqué la libération de milliers de personnes détenues arbitrairement pour avoir exercé leurs droits humains.

La santé d’Abdelmoneim Aboulfotoh, ancien candidat à l’élection présidentielle et dirigeant politique, est également menacée. L’avocate Hoda Abdelmoniem et son collègue Mohamed Baker se trouvent toujours en détention, simplement en raison de leur travail de défense de victimes de violations des droits humains. Les autorités ont largement exclu [1] les personnes perçues comme des membres ou des collaborateurs des Frères musulmans.

Les autorités ont par ailleurs continué à ignorer les ordres de libération de détenu·e·s, pratique connue sous le nom de rotation. Depuis le mois d’avril, les agences égyptiennes de sécurité ont également refusé d’appliquer les décisions de justice en faveur de la libération d’au moins 60 détenu·e·s. Au lieu de cela, des membres de l’Agence de sécurité nationale ont emmené ces individus en prison sans notifier leur famille. Un grand nombre de personnes ont été soumises à une disparition forcée pendant plusieurs jours avant d’être conduites devant le ministère public afin de répondre de fausses accusations de terrorisme ou d’autres charges liées à la sécurité nationale forgées de toutes pièces.

La plupart des personnes relâchées après la réactivation de la Commission des grâces présidentielles continuent à voir leur expression et leur liberté restreintes. Sept personnes libérées récemment ont déclaré à Amnesty International que l’Agence de sécurité nationale a ordonné qu’elles retirent des propos critiques qu’elles avaient publiés sur leurs réseaux sociaux, ou menacé de les arrêter quand la COP27 s’achèvera. Certaines n’ayant pas suivi ces ordres ont déjà été de nouveau arrêtées, à l’instar de Sherif al-Roubi, un militant libéré en juin puis appréhendé de nouveau en septembre après avoir accordé un entretien aux médias sur les difficultés traversées par les anciens détenus. D’autres personnes récemment remises en liberté se trouvent toujours sous surveillance policière, tandis que de nombreuses autres font l’objet d’une interdiction arbitraire de voyager.

Restrictions et manifestations à Charm el Cheikh

Selon le site Internet [2] de la présidence égyptienne de la COP27, chaque personne souhaitant organiser des manifestations à Charm el Cheikh doit en informer les autorités 36 heures à l’avance et leur présenter un badge de la COP27. Les manifestations seront uniquement autorisées entre 10 et 17 heures dans une zone éloignée de la conférence et surveillée à l’aide de caméras. Les autorités ont par ailleurs limité les revendications exprimées lors des manifestations aux seules questions liées au climat.

Amnesty International estime que ces mesures sont injustifiées et disproportionnées, et visent à restreindre la capacité des personnes à manifester en toute sécurité et d’une façon qui leur permette d’être vues et entendues. Les autorités doivent veiller à ce que la condition de notification préalable serve uniquement à faciliter les manifestations et ne constitue pas une autorisation, et s’abstenir de disperser ou de réprimer d’une autre manière les manifestations ne respectant pas cette condition.

Des mesures arbitraires et disproportionnées ont également été prises contre les Égyptien·ne·s, puisque l’accès à Charm el Cheikh est limité au moyen de laissez-passer et de réservations d’hôtels. Les mouvements des personnes travaillant à Charm el Cheikh sont par ailleurs très restreints.

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