Egypte : Demande d’éclaircissement sur des actes de torture

Il faut que les autorités égyptiennes diligentent une enquête indépendante, approfondie et impartiale sur les allégations selon lesquelles des policiers auraient torturé un homme à mort au cours de la semaine du 17 juillet 2017 dans un poste de police du Caire, a déclaré Amnesty International vendredi 21 juillet, en demandant aux pouvoirs publics de veiller à ce que les témoins qui ont fait des dépositions à charge soient protégés de toute forme de menace ou de harcèlement.

Le 18 juillet, des policiers ont arrêté Gamal Aweida, un chrétien copte de 43 ans, et l’un de ses amis dans un café et les ont emmenés au poste de police de Manshiet Nasser pour les interroger au sujet d’une infraction mineure. Une quinzaine d’heures plus tard, la famille de Gamal Aweida a reçu un appel téléphonique les informant de sa mort.

« Tout porte à croire que Gamal Aweida a été torturé à mort par la police égyptienne. Ces brutalités sont choquantes et bien trop répandues. Des années d’impunité ont enhardi les auteurs de ce type de violences en Égypte, donnant aux forces de sécurité un blanc seing pour infliger des actes de torture et d’autres mauvais traitements à des détenus sans craindre d’être inquiétées, a déclaré Najia Bounaim, responsable du travail de campagne pour l’Afrique du Nord à Amnesty International.

«  Il faut que les autorités diligentent immédiatement une enquête afin de faire la lumière sur les circonstances de ce décès. »

Le recours à la torture et à d’autres formes de mauvais traitements est généralisé au sein des forces de sécurité égyptiennes, le but étant le plus souvent d’obliger des personnes soupçonnées d’infractions pénales à « avouer  ». Les morts en détention consécutives à des actes de torture sont fréquentes.

Quelques jours seulement avant le décès de Gamal Aweida, un rapport de l’Union européenne (UE) sur l’Égypte, publié à la veille des discussions de haut niveau qui se dérouleront à Bruxelles la semaine du 24 juillet, a mis en évidence des actes de torture et des morts en garde à vue.

« Il est honteux que, au moment même où l’Égypte et l’UE s’apprêtent à engager des débats à un niveau jamais atteint depuis des années, les autorités n’aient pas pu faire cesser la torture et les morts en détention. Il faut que l’UE soulève la question auprès des représentants de l’État égyptien à la réunion de Bruxelles, qui se tiendra la semaine du 24 juillet, et exige que ces violations fassent l’objet d’enquêtes efficaces et soient sanctionnées », a déclaré Najia Bounaim.

Des délégués d’Amnesty International se sont entretenus avec trois proches de Gamal Aweida, l’avocat de la famille et un avocat spécialiste des droits humains qui a assisté à l’audition des témoins par le procureur. Selon les informations recueillies, il est fort probable que Gamal Aweida ait été torturé à mort et que la police ait tenté de maquiller ce décès en suicide.

Les agents qui l’ont arrêté l’ont accusé de fournir illégalement des permis de conduire frauduleux à des routiers. Ils en ont trouvé deux en le fouillant et ont convoqué immédiatement les hommes dont les noms y étaient inscrits afin de les interroger.

Des proches ont parlé à l’ami interpellé en même temps que Gamal Aweida et aux deux autres témoins qui avaient été arrêtés plus tard et placés en garde à vue avec lui. Ces trois hommes ont indiqué que la police avait tenté de les contraindre à témoigner contre Gamal Aweida. Ils ont déclaré que des agents avaient commencé à les battre parce qu’ils avaient nié toute infraction de la part de cet homme ; la police voulait que Gamal Aweida « avoue » et qu’eux témoignent contre lui.

Gamal Aweida a eu une altercation verbale avec le policier responsable parce qu’il l’insultait et maudissait sa religion tout en lui assénant des coups. Il a alors été emmené dans une autre partie du poste de police. Le lendemain matin, quand il a été accompagné aux toilettes, l’un des témoins a vu Gamal Aweida gisant sur le sol d’une salle voisine. Il ignorait s’il était toujours en vie.

Le 19 juillet vers 13 heures, les proches de Gamal Aweida ont appris son décès par un voisin qui se trouvait au poste de police au même moment. Lorsqu’ils ont demandé au poste de police où il se trouvait, on leur a d’abord répondu qu’on s’apprêtait à l’emmener au ministère public pour un interrogatoire. Environ une heure plus tard, on leur a dit qu’il s’était suicidé par pendaison.

Le procureur a ensuite informé la famille que, selon le rapport du médecin-légiste, la cause du décès était « un acte possiblement criminel ayant entraîné un ralentissement important de la circulation sanguine ».

Un membre de la famille de Gamal Aweida a aussi indiqué à Amnesty International qu’il avait vu des ecchymoses sur la partie supérieure de son corps et ses jambes, ce qui tendrait à prouver qu’il a été torturé. Cet homme a aussi émis de sérieux doutes quant aux allégations selon lesquelles Gamal Aweida se serait procuré une corde, étant donné que celui-ci avait été fouillé et que toutes ses affaires avaient été saisies à son arrivée au poste de police.

Le frère de Gamal Aweida a expliqué à Amnesty International : « Gamal avait une bonne situation financière, il était heureux dans sa vie et père de deux enfants, il est absolument impensable qu’il se soit suicidé. Nous voulons obtenir justice en son nom et nous voulons que les personnes responsables de sa mort soient punies. »

Le procureur et la police avaient tenté de faire pression sur la famille afin qu’elle récupère le corps, ce qu’elle avait refusé de faire tant que les causes du décès ne seraient pas connues car l’église n’organiserait pas de prière si le suicide était établi. La famille a reçu le corps jeudi 20 juillet et une cérémonie funéraire a eu lieu dans une église.

Les trois témoins ont été libérés le 19 juillet au soir, après avoir fait des dépositions au sujet du décès devant le ministère public, à l’instar des policiers concernés. Plus tard dans la soirée, ils ont été rappelés au poste de police pour un nouvel interrogatoire, auquel ils ne se sont pas présentés, craignant qu’il ne s’agisse d’une manœuvre pour les contraindre à modifier leur témoignage. Par ailleurs, la famille a déposé une plainte auprès du ministère public pour torture ayant entraîné la mort.

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